SECOND GROUPE
Maladies mentales et nerveuses héréditaires (lésions de la phylogénie récente .
Les maladies de ce groupe, qu'on peut désigner du nom d'anomalies constitutionnelles, font, en partie, transition à celles du précédent, en particulier à l'imbécillité, sans limites distinctes. Koch les a appelées « moins valeurs » psychopathiques. Parmi elles, il existe cependant quelques « plus-values » dans certaines directions spéciales. Disons d'emblée, pour éviter des répétitions, que nous comprenons dans cette catégorie toutes les formes de faiblesse mentale congénitale qui ne sont pas dues à des maladies de l'enfance ou de la période embryonnaire, mais à des anomalies héritées par les dispositions des germes. Il est, du reste, presque impossible de séparer dans chacun de ces cas ce qui est purement hérité de ce qui est acquis dans l'ontogénie. Les deux groupes de facteurs agissent ordinairement combinés pour créer un produit généralement manqué tant au point de vue individuel qu'au point de vue social. Ce qui est anormal ici, c'est donc la prédisposition pathologique. Par l'éducation et les circonstances
delà vie, elle peut être renforcée, c'est-à-dire empirée, ou, au contraire, quand elle n'est pas trop puissante ni trop exclu sive, combattue et endiguée avec un certain succès. Examinons, en quelques mots, les plus importants de ces « carac tères pathologiques», car c'est là ce dont il s'agit.
L'imbécillité caractérisée dans l'un des trois domaines principaux de l'âme, l'intelligence, le sentiment ou la volonté, détermine un caractère pathologique correspondant. Nous avons déjà appris à connaître, à propos de l'imbécillité, ses formes intellectuelles, amorales, abouliques et impulsives, ainsi que la faiblesse asthénique de la volonté et du sentiment.
I He disposition pathologique particulière, opposée à l'idiotisme moral, est l'hypertrophie de la conscience morale ou de l'altruisme, le scrupule de conscience exagéré, le désintéressement maladif. 11 y a des hommes dont le sentiment du devoir s'exagère d'une façon maladive au point de négliger abominablement tous leurs devoirs envers eux-mêmes, dans l'anxiété perpétuelle de ne pas remplir ceux envers leur prochain. Pour faire du bien aux autres, ils se maltraitent euxmêmes de corps et d'esprit, ne se permettent plus de dormir ni de manger et s'abaissent souvent devant d'autres individus qui en profitent généralement pour les exploiter et les ruiner. Ils sont les victimes de leur altruisme pathologique. D'autres dégénèrent en fanatiques de la religion et delà morale, sacrilienl leur santé et leur fortune à un idéal mal placé ou inaccessible à l'homme, et finissent, soit par l'aliénation mentale, soit par la ruine économique. A l'occasion, l'altruisme de cederniers dégénère en intolérance crasse. Ils appliquent aux autres leur sévérité exagérée envers eux-mêmes. Et voilà comment, par une ironie du sort, l'altruisme pathologique peut se transformer inconsciemment, et sans qu'on s'en aperçoive, en perversion morale. Chez certains individus, par exemple, qu'on tient d'ordinaire à tort pour de- hypocrites conscients, l'ascétisme exagéré envers soi-même ci l'altruisme pathologique se combinent parfois avec des perversions cl
IMBECILLITE 01 FAIBLESSE D ESPRIT 1 Jl
même avec des excès de certains appétits qu'ils veulent réfréner, en particulier de l'appétit sexuel.
On désigne du terme de déséquilibrées les mentalités pathologiques auxquelles l'équilibre de l'âme fait défaut à certains égards ou à tous les égards, et qui sont incohérentes et inconstantes dans leur manière de penser, de sentir et de vouloir. On peut leur appliquer aussi le néologisme de « psychasthénie » (faiblesse irritable de l'âme).
Les anomalies sexuelles ne dépendent que dans les cas les plus rares de troubles des organes sexuels eux-mêmes (spécialement des glandes sexuelles). Leur siège ordinaire est le cerveau, avec ses dispositions héréditaires sexuelles plus ou moins normales et plus ou moins fortes, et avec ses habitudes acquises dans l'accomplissement de l'acte sexuel. Sans doute, quand on enlève les glandes sexuelles du nouveau-né (castration), le développement de l'appétit sexuel corrélatif dans le cerveau en est entièrement arrêté ; mais ce n'est plus le cas quand la castration a lieu après la puberté. Les individus châtrés comme enfants prennent dans leur développement un caractère féminin, conservent une voix haute d'enfant, ne deviennent que peu ou pas barbus, etc. Il existe un grand nombre de dispositions sexuelles anormales héritées ; en voici les groupes principaux :
a) Exaltation et précocité de l'appétit sexuel (chez l'homme et la femme). — En cas pareil, on voit se développer très tôt, même chez des enfants de sept à neuf ans, des représentations sexuelles intenses et un appétit sexuel correspondant.
6) Absence ou faiblesse de l'appétit sexuel (aneslhésie sexuelle,. — Malgré l'existence d'organes sexuels entièrement normaux, il arrive qu'aucun appétit correspondant ne se développe. En pareil cas, il ne se produit pas de représentations (d'engrammes) correspondantes dans le cerveau. Chez l'homme, le fait est rare. Chez la femme, naturellement passive dans l'acte sexuel, le cas est fréquent et peut à peine être taxé d'anormal.
On désigne du terme de perversions sexuelles les cas dans lesquels l'objel de l'appétit sexuel est anormal. Citons en première Ligne l'amour homosexuel (l'amour d'un individu d'un sexe pour un autre du même sexe;, puis l'appétit dirigé sur toute sorte de fétiches (tresses de femmes, mouchoirs de poche, bottines, etc.), puis les anomalies dans la manière de satisfaire l'appétit sexuel, eomme par exemple celle de se satisfaire en se faisant maltraiter et humilier, ou au contraire en humiliant et maltraitant les autres (masochisme et sadisme) : puis l'appétit dirigé sur des enfants, sur des animaux, celui qui pousse à l'exhibition des organes sexuels, etc.
La masturbation ou onanisme ne repose pas toujours sur une anomalie ; elle n'est le plus souvent qu'une compensation à l'appétit sexuel, compensation provoquée par l'imitation on par une mauvaise habitude, lorsque l'occasion de satisfaire normalement cet appétit fait défaut. Bien plus rarement elle repose sur des instincts pathologiques héréditaires, surtout homosexuels.
Toutes les anomalies et tous les faibles dans l'accomplie ment de l'acte sexuel (par exemple les érections incomplètes) ont une forte tendance à se renforcer par l'habitude et la répétition. Ils peuvent même naître sous l'influence de l'usage et de la séduction, par l'excitation de l'érotisme. L'irritation sexuelle exagérée a des suites bien plus néfastes que la faiblesse ou l'absence de l'appétit sexuel. 11 s'ensuit qu'il est de bonne règle hygiénique de réprimer autant que possible l'appétit sexuel, de le satisfaire avec modération et d'en détourner autant que possible son activité cérébrale, en |;) dirigeant sur des objets plus utiles.
Il va sans dire que nous ne nions pas l'action concomitante de certaines lésions du mécanisme des centre- nerveux inférieurs 'les organes sexuels et de ceux-ci eux-mêmes ; mais il s'agit là de ca< exceptionnels, -;\uï les lésions des glandes sexuelles.
L'hypocondrie se greffe sur une tendance héréditaire
IMBÉCILLITÉ OU FAIBLESSE d'eSPRIT 173
obsessionnelle à l'observation anxieuse et agitée de soi-même, en particulier de son propre corps. Il en résulte une foule d'autosuggestions qui font ressentir au malade les symptômes d'affections qu'il n'a pas. L'hypocondriaque s'occupe perpétuellement de sa santé et de ses sensations. Son cerveau crée ainsi des produits morbides artificiels propres, des engrammes de l'activité neurocymique, sous forme de douleurs, de paresthésies de toute espèce, d'inhibitions des mouvements, de crampes, bref de troubles dans tout le domaine de l'activité nerveuse. Il croit être atteint de toute sorte de maladies corporelles, parce qu'il sent ces symptômes et les vit, tout comme si une affection organique existait réellement (voir au chapitre VI, Troubles nerveux, etc.). Tout traitement spécial des symptômes particuliers que ressent l'hypocondriaque, les renforce et les fait empirer en concentrant l'attention du malade sur eux. Un seul pourrait avoir un effet curatif : faire dériver l'activité cérébrale sur une occupation agréable, utile et intéressante. Lorsque l'hypocondrie n'est pas trop ancienne, ni trop profondément héréditaire, on peut par ce moyen l'améliorer ou, plus rarement, la guérir. Malheureusement, l'agitation anxieuse de l'hypocondriaque l'entraîne sans relâche d'un sanatorium à un autre, d'un système curatif au suivant, de sorte qu'il devient la vache à lait la plus docile de tous les charlatans, patentés ou non. L'hypocondrie constitue la pièce de résistance du pêlemêle nosologique qu'on jette aujourd'hui dans un même sac sous le titre commode de neurasthénie. C'est une maladie éminemment héréditaire, reposant sur des dispositions pathologiques des germes, lors même qu'elle ne se déclare souvent complètement qu'à un âge plus ou moins avancé.
Obsessions et phobies. — Certaines idées ou représentations s'imposent parfois avec persistance au cerveau d'un homme, du reste raisonnable, et viennent le tourmenter jusqu'au dégoût de l'existence ; telle l'idée d'avoir mis sa signature en blanc sur un papier qui s'est perdu, celle de poils
\~\ MALADIES m ANOMALIES MENTALES ET NERVEUSES
qui le dégoûtent et qui s'altachcnl à ses habits, telle encore l'<'l cession de certaines mélodies <>u chansons dont il ne peut se débarrasser, etc. S'il s'agit «le représentations motrices, L'idée obsédante devient impulsion ou acte impulsif; tel le besoin impérieux de briser des objets, de souffleter quelqu'un, etc. S'il s'agit d'un sentiment de frayeur ou de vertige, on le désigne du nom de phobie peur des pinces vides ou agoraphobie, terreur de- araignées, des souris, etc.). J'ai connu une malade qui avait la phobie des poupées et s'enfuyait en criant dès qu'elle en voyait une, comme si c'eûl été le diable en personne. D'une façon plus générale, lorsqu'il s'agit de dégoûts ou de désirs individuels, relatifs à certains objets, et ayant un caractère moins maladif, on se sert du terme d'idiosyncrasie. L'idiosyncrasie peut consister en dégoût ou en réaction nerveuse subconsciente, sans angoisse ni obsession.
Emotivité constitutionnelle. — Beaucoup de personnes sont perpétuellement sous l'influence prépondérante d'une humeur ou d'un sentiment tel que la tristesse, le dégoût pessimiste de l'existence, l'irritabilité, la haine, la jalousie, la méfiance, ou au contraire l'exaltation, la joie exagérée jusqu'à l'optimisme le moins fondé, etc. Ces sentiments émotifs reposent sur une disposition héréditaire pathologique: ils sont tout à fait exagérés, ne répondant pas à une cause adéquate, c'est-à-dire n'étant la plupart du temps nullement motivés par des événements extérieurs ou intérieurs correspondants. \\- ne sonl en un mot pas adaptés à la réalité. Quiconque rit au moment d'un profond malheur et n'en est nullement affecté ; quiconque soupire d'un air soucieux et chagrin, pleine même on se désespère au milieu du plus grand bonheur; quiconque répond à l'affection et à l'amabilité par une méfiance ou par une
jalousie perpétuelles, n'est pas un hoi e normal. Dans Pémo-
tivité constitutionnelle, de pareilles réactions font partie du caractère et en constituent principalement la pathologie. Il existe en outre une simple exagération de l'émc4:vité à tous