IMBECILLITE OU FAIBLESSE D ESPRIT 1JO
les égards, exagération qui s'exprime entre autres par une grande susceptibilité. Inversement, nous observons une indifférence apathique que nous avons déjà signalée à propos de la svmptomatologie générale. Enfin l'on observe souvent une périodicité régulière d'étals opposés du sentiment, périodicité qui ressemble beaucoup à celle de la maladie mentale appelée folie circulaire, sans que l'exaltation et la dépression qui se succèdent en arrivent à empêcher le malade de se conduire raisonnablement. Pendant sixmoisparexemple il est gai, optimiste, entreprenant et actif, pendant les six mois suivants in hibé, triste, pessimiste et inactif. Nous pourrions citer encore toute une série d'anomalies du caractèrequi sont plusou moins répandues et bien connues dans la société humaine. Lorsqu'elles sont peu accentuées, elles ne sortent pas encore du domaine élastique de la vie mentale dite normale, mais elles deviennent pathologiques dès qu'elles s'exagèrent et s'accentuent dans un sens exclusif. Je citerai le prodigue, l'avare, le fanatique, l'ombrageux, le jaloux, l'enthousiaste, le raisonneur entêté qui dit « non » par esprit d'opposition, l'irascible, le flegmatique, le vagabond, le médisant, le fauteur d'intrigues, le poseur vaniteux, le snob, etc. La liste pourrait être encore fortement allongée, si l'on voulait y ajouter tous les travers accentués de caractère qui nous entourent.
L'escroc pathologique ou menteur par imagination mérite une mentionspéciale. L'hominequise mentà lui-même est celui qui ment le mieux, car il confond les produits de son imagination avec la réalité. Il croit à ses mensonges, en toutou en partie, durablement ou passagèrement, comme le célèbre Tartarin de Tarascon d'Alphonse Daudet. Les illusions du souvenir viennent perpétuellement troubler les engrammes de sa mémoire et leur reproduction. Comme toute son attention, tout son moi, s'identifient avec les mirages trompeurs créés par son imagination, au point qu'ils deviennent pour lui réalité, il impose ses fanfaronnades et ses impostures aux autres avec un tel aplomb, avec une telle assurance, avec un tel naturel,
avec une expression si naïve el si honnête, avec un enthousiasme de si belle allure, qu'il réussit toujours de nouveau à ci .il vaincre ses semblables là où un menteur conscient, qui mesure ses paroles froidement et calmement et qui a toujours peur d'être attrapé en se contredisant . éveille instinctivement la défiance. Dans l'âme consciente du menteur normal ordinaire, deux chaînes de pensées se pressent alternativement ou même à côté l'une de l'autre, celle de la vérité et celle du mensonge, el elles se dérangent, se troublent mutuellement. Daus la conscience, c'est-à-dire dans le cerveau du menteur par imagination, tout s'unifie au contraire. L'escroc pathologique ou menteur par imagination peut se rendre coupable des escroqueries les plus formidables en y mettant un art, une persuasion et un enthousiasme qui déroutent même les limiers les plus madrés du barreau. Il entraîne à sa suite toute une foule d'âmes crédules et les conduit à leur ruine. Le public croitaveuglément à ses descriptions enthousiastes, àsesélégies poétiques jusqu'à ce que finalement un hasard quelconque ou la réflexion de quelque personne de sens plus rassis, vienne subitement hâter le dénouement fatal, souvent tragi-comique, de tous ses châteaux eu Espagne. Cedénouement est fréquemment un procès à sensation (1). Gomme au réveil d'un rêve, l'escroc pathologique s'affaisse alors d'ordinaire presque aussi accablé momentanément que ses victimes. Mais cela ne dure pas, et bientôt après il recommence, car il ne peut pas taire autrement. Pendant toute son existence, un mirage remplace l'autre dans l'heureux paradis de son introspection subjective, si bien dépeinte par Daudet (/. c).
Mentionnons en terminant l'hystérie qui n'a rien de commun avec la matrice, m;ii^ au contraire tout avec les dispositions héréditaires du cerveau. L'hystérique est l'homme des deux sexes) dont les associations psychiques, d'ordinaire très
1 La célèbre Thérèse Humbert, donl tout le monde ae souvient encore, appartient sans aucun duutf à ce groupe pathologique d'individus.