‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 19 sur 77 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

névroses et psychoses sont des aberrations pathologiques (J étais physiologiques ou psy( liologi(|ues normaux. La suggesLibilité en elle- nit^me est, par contre, une pari icuiarité plus ou moins développée de tout cerveau normal.

14. Langage. — Avanl d'abandonner la psychologie, il nous faut encore examiner ce que c est que le langage^ par lequel rhomme se distingue si spécialemcntdes autres ôlres vivants. Le langage est la monnaie de la pensée. 11 existe un langage mimé (langage des signes), un langage oral et un langage écrit. De môme que la monnaie sous toutes ses formes symbolise une valeur matérielle, de même les mots et les autres formes du langage symbolisent les id(^es, (•'csl-à-dire les notions abstraites, les perceptions, les i t'présentations générales, les sentiments, etc., en un mot, tant les états de conscience pris isolément que les synthèses de leurs groupements. Le mot « avec » symbolise la liaison de deux ou plusieurs objets, le mot « bleu » est la monnaie d'une sensation de couleur, le mot «r oiseau » celle de toute une classe d*animaux, le mot « courir » la monnaie de tout un groupement de mouvements, le mot « amour » eelle de toute une catégorie de sentiments, etc. Le même mol, par exemple <* amour », peut être désigné par un symbole vocal, par différents signes écrits ou par une pantomime, tout comme la^valeur de vingt francs peut être représentée par un billet de banque, par une pièce d*or ou par de la monnaie d'argent ou de cuivre. Le langage est donc un svmbolisme, et son étude est celle des symboles de la pensée. Comme le perroiiuet, dans son « langage », ne symbolise aucune pensée, son pseudo-langage n'est pas un langage. Malheureusement, l'homme abuse beaucoup de son langage, à la façon du perroquet, en ce sens, que, dans le cerveau de ceux qui parlent, il n'existe souvent pas de pensée correspondant au mot enq)loyé. Et ce n'est pas sans raison que (jœthe, dans Faust, fait dire par Méphistophélès à l'étudiant, à propos de la théologie :

• 38 PSYCllOI.Ut.lK (SCihNGE DE l'aME)

« Là où les Dotions font défaut, un mot arrive à temps pour les remplacer, etc. w

De même <jiie la jiciiséoost coordonnée dans ses associations, de môme le lan^ai^^e doit pouvoir associer ses mots de fa<;on à pouvoir coordonner leur sens. 11 s'ensuit que toute linguistique comprend trois parties : la grammaire ou flexion des mots, la syntaxe ou leur combinaison en phrases, et le style ou 1 expression logique et formelle en même temps de la pensée en général parla tournure et la combinaison des phrases.

Tout cela exige un travail psychique i Cérébral) très compliqué et voué uniquement uu symbolisme ou à la forme du langage. Mais c*est ce travail compliqué seul qui rend possible la complication encore bien plus grande d*une pensée supérieure harmonique et des sentiments et volitions correspondants^ Les hiéroglyphes des anciens, les monuments, les signes comménioratifs, tous les signes arilhmcticpies. iiialhématiqnes. algébriques, chiniitjues et autres de la science, signes qui symbolisent couventionnellement certaines synthèses el abstractions 4e la pensée, font tous partie du langage. Le langage est donc presque en entier un produit artificiel et conventionnel. Mais ce produit s'est formé sous Tempire du besoin des hommes de 8*entendre el de se faire comprendre muluellcnicnl. Psycliolot^iqucnuMil . le langage est si intimement associe aux contenus de nos ctals de conscience, (pie nous ne pouvoirs pi us penser sanb lui. i\ous parlons, écoutons, lisons ou écrivons en esprit, quand nous pensons. La notion abstraite « quatre », est par exemple liée au mot « quatre >» parlé, écrit, entendu ou lu, au signe arithmétique « 4i » ou encore à ({uatre points représentés dans lespace ou à quatre oijjels quelcon(jues.

Donc tout langage oral, écrit ou mimé, quelle que soit son espèce, a deux côtés : l'expression et la compréhension. L'expression du langage se produit en trois phases ou périodes psychologiques subséquentes : i** la préparation; 2» la diction; 3** Tarticulation.

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a) L*BXPREssioN :

La prépiiration du Utngaye nVst en réalité que rassocialion (les idées psycliofuj^os, c'est-à-dire de celles qu'on veut exprimer. C est la volilion dans le domaine de Texpression par le langage. Elle constitue la conceptioo de ce qui s'exprime par le style. Nous n'avons pas à y revenir et nous rappelons seulement le vers de Boileau : .

Ce que Ton conçoit bien 8*énonce clairement Et les mots pour le dire arrivent aisément.

quoique ce vers ne soit pas toujours vrai.

La diction. — Par diction, on entend le symbolisme proj)remenl dit du lan^a^e dans notre Ame, c'esl-à-dire le choix de la monnaie de la pensée. Avant de nous exprimer oralement ou. d'écrire, il nous faut choisir dans notre cerveau les expressions coordonnées de ce que nous voulons dire, et nous cherchons ces expressions dans la provision de mots et de phrases toutes faites que nous possédons déjà sous forme d'enij^ramnu^s cérébraux acoustiques ou optiques des sons ou des lettres qui composent les mots. On comprend qu'il est plus facile de dire ou d'écrire les cinq lettres qui composent le mot (c chien » que de représenter tels quels tous les chiens qu*on a vus ou entendus dans sa vie, et Ton voit par là à quel point la diction (le lang^age) simplifie la pensée. La diction consiste <lans l'éveil de la représentation motrice nécessaire au (léclancbement du mot parlé ou écrit qui doit être articulé. Le matériel de la diction est donc formé par les cngrammes subconscients d'impulsions motrices de mots (volitions de termes) coordonnées dans le cerveau. Nous allons voir que c'est là un fait strictement prouvé.

L'expression une fois choisie, l'Aine (le cerveau) n'a plus qu'à donner l'ordre moteur aux mouvements coordonnés de ce qu'on appelle son articulation, L articulation du langage se

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passe cTiine façon absolument subconsciente (inconsciente h notre conscience supérieure ;i lYtal do veille) dans les centres nerveux inférieurs, à l'aide des muscles et d'autres appareils périphériques du corps (langue, larynx, mains, etc.) mis en mouvement par le canal des nerfs moteurs. Certaines lésions des centres nerveux inférieurs dits de Tarticulation du langage peuvent déranger cette articulation, et, aussi bien que les paralysies musculaires, la défectuosité du voile du palais, etc., produire le bredouillenienl, le balbutiement, le nasillement ou récriture tremblante. L'importance minime de Tagencement des muscles eux-mêmes dans le langage se démontre entre autres par le fait suivant : j'ai vu un cul-dejatte écrire d'une belle écriture moulée et rapide avec le moignon de son épaule, seul reste de son bras, appliqué contre sa joue, et uiaiulenant ainsi sa plume.

b) La compréhension :

Pour comprendre la langue de quelqu'un, il faut que les symboles vocaux, écrits ou mimés qu'il articule, puissent : 1* impressionner les sens correspondants de celui qui doit

comprendre ; 9° éveiller par association dans son cerveau des engrannnes qui correspondent h la pensée de celui qui parle. Cela suppose que dans le cerveau-âme des deux individus les mêmes symboles (mots, phrases, etc., sous forme parlée, écrite ou mimée) appellent les mêmes idées. Quoique au fond fort téméraire, la supposition qu'on se comprend mutuellement par le langage est admise généralement & la légère et sans autre. En réalité, elle ne se réalise que fort iniparfaileiiient et parti<'llenient. Le langage provoque parfois entre les hommes plus de malentendus que de vraie compréhension mutuelle, même lorsqulls parlent la même langue, voire le même dialecte;

L'identité du cerveau et de l'flme, dont nous parlerons plus tard, ne se montre nulle part d'une façon plus évidente

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