EFFETS DE L'BXTIBPATION DU GRAND CERVEAU 9I
veau) vivre pendaai quelques heures, crier, se mouvoir, et même réagir à des irritations cutanées.
Les faits ci-dessus nous prouvent ce qui suit :
a) Des instincts, ou loul au moins des aiiloinalisnios forl compliqués et bien associés, peuvent exister sans ^rand cerveau. Les centres cérébraux subordonnés, y compris la moelle épinière, peuvent utiliser des impressions sensorielles et les Iransformer en mouvements coordonnés utiles. Ils peuvent donc sentir, entendre, etc., et agir d'une façon dite instinctive.
b) Chez les animaux qui possèdent un grand cerveau fortement prédominant, les automatismes en question perdent leur connexion commune, c'est-à-dire la faculté de coopérer ensemble pour entretenir la vie de l'individu entier, dès qu'on enlève le grand cerveau. Un animal pareil devient comme idiot et cesse d'accomplir par lui-même les actes nécessaires ou utiles à son existence, tels (jue manger, boire, fuir, s'accoupler, etc. Les pigeons de Flourens, le chien de Gollz, les grillons de Yersin, mes fourmis à grand cerveau détruit, le nouveau-né acéphale, montrent qu'il s'agit là d'un fait général. Nous pouvons même y ajouter certains êtres humains atteints d'un haut degré d'idiotisme (microcéphalie, etc)., et chez les(|uels le grand cerveau est alro|)hié.
c) Lorsque le cerveau antérieur est plus petit (ju'un des autres centres cérébraux, c'est ce dernier qui devient grand cerveau et qui prend le commandement des automatismes et la direction spontanée de la vie individuelle de l'animal (poisson à cerveau antérieur extirpé deSteiner). Un physiologiste du système nerveux ne peut pas commettre une erreur de Jugement plus grave que celle de confondre la notion de conscience ou d'introspection psychologique avec celle des fonctions physiologiques. // ne peut pas y avoir d'organe de la conscience, tout simplement parce que la conscience n'est pas une notion organi(jue ou physiologicpic et n*a rien à voir avecla notion physique et physiologique de l'énergie neurocymique, dont elle ne représente que le côté intérieur vu par
introspection directe. Les physiologistes Munk et Goltz ne se sont donc disputés que sur des mots en agitant la question de savoir si le fameux chien sans grand cerveau de Goltz avait une conscience ou n'en avait pas. Nous sommes obligés d'admettre au contraire, avec Volkmann et Pffli'i^er, que la moelle épinière et les centres nerveux cérélu aux subordonnés de ce chien possédaient leur subconscience ou âme iul'érieure, ce qui se conGrme du reste indirectement, si nous tenons compte des signes de plaisir et de douleur fournis par ranimai ainsi opéré. Goltz prétend, il est vrai, que son chien témoignait de la colère, niais jamais de la joie. Nous sommes, à mon avis, en tlroilde <lire que rappétit féroce avec lequel il dévorait était un témoignage de joie de la part de Tâme subordonnée de sescentres inférieurs. Somme toute, nous devons considérer les automatismes, dont la coopération constitue sous le titre d'instinct la vie mentale on nerveuse principale de la plupart des animaux inférieurs et moyens, comme une forme plus inférieure de la vie mentale. Chez l'homme, celte vie mentale inférieure a son siège principal dans les centres cérébraux inférieurs, mais elle a perdu chez lui presque toute indépendance, par suite de l'ingérence toujours plus puissante du grand cerveau dans l'activité de ces centres. Fort indépendante chez les poissons inférieurs, moins déjà chez les grenouilles, encore moins chez les oiseaux, extrêmement inepte chez les chiens, cette complexion d'âmes inférieures subordonnées n'est plus chez Thomme que l'humble instrument du grand cerveau. Lorsque nous sommes dominés par une passion instinctive, comme l'appétit sexuel par exemple, ce qui finit pai* dominer noire àine n esl pas le mécanisme direct primitif des centres inférieurs, mais ce sont les engrammes que ces centres ont projetés par irradiation dans le grand cerveau, où ils se sont accumulés et associés avec les éléments de ce dernier. Il n'existe, en outre, aucune antinomie de fond ou de principe entre l'instincL cl la rjiisoii. Ceux des insectes par exemple qui sont les plus riches en instincts sont
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TRAVAIL PLASTIQUE DU (iRAND CERVEAU 98
en même temps en général ceux dont la plas^Ucité individuelle
est la plus grande.
Les appétits de l'homme et les sentiments bas qui leur sont associés sont les restes des instincts et reposent sur des automatismes dont le mécanisme se passe principalement dans les centres subordonnés dont nous parlions^ quoiqu'il soit plus ou moins fortement influencé et dominé par les inhibitions et les fraiements du grand cerveau.
6. Travail plastique du grand cerveau. — En antinomie relative avec les réflexes et les automatismes, nous observons chez rhomme et chez les animaux unè sorte d'activité nerveuse qui ne dépend pas servilement et fatalement d'une
irritation sensorielle correspondante, mais qui s'adapte individuellement aux circonstances et aux excitations venant du dehors. Sous Teilet des actions et réactions mutuelles des forces latentes accumulées dans le cerveau (engrammes, etc.) et de leurs dynamismes, elle provoque en outre des mouvements dits volontaires, innervés par le cerveau et paraissant spontanés. II s'agit là, on le voit, de ce qu'on entend par action raisonnable et {)ar Nolonté prétendue libre. L'expérience antérieure, c'est-à-dire les anciens engrammes dus aux impressions sensorielles qui se sont inscrites précédemment dans le cerveau et le résultat de leurs combinaisons multiples, joue ici le rôle principal et se confond avec les lois de la mémoire et<le la logique telles que nous les avons exposées au chapitre 1. Tandis que l'automatisme, sans tenir compte de lexpérience individuelle, réagit à la même irritation pour la centième fois comme pour la première, l'activité nerveuse plastique agit autrement et corrige perpétuellement les fautes quVlK' tait. Chat écliaudé craint ICau froide inème froide î) et chien fouetté, la cravache. Toute réaction plastique, c'est-àdire adaptable, est le résultat de combinaisons d'activités nerveuses, correspondant à une échelle de facultés supérieures que nous avons signalées dans la psychologie sous les termes
de jugement, de raison et d'imagination. Certains anleurs modernes leur ont donné le nom de facultés de modification. C'est une grande erreur de croire que la l'acullé plastique d'adaptation et de combinaison soit le propre de l'homme seul. Elle est assez fortement développée chez les mammifères supérieurs. En 1810 déjà, Pierre Huber a prouvé Texistence de la mémoire et de son utilisation individuelle chez les fourmis. J'ai mui-méme prouvé il y a })lus de Irenleans, d'une faeon irréfutable, que les fourmis utilisent leurs expériences, c'est-à-dire s'adaptent individuellement à certaines circonstances d'une façon plastique. Récemment von Buttel-Heepen chez les abeilles, ainsi' que Wasmann et moi-même chez les fourmis, nous avons coniplélé ces preuves. Liibl)0< k a apprivoisé une guêpe, el de mon colé j'ai apprivoisé un dyliciue nageur et j'ai montré retlet de l'habitude individuelle chez les abeilles (1). Ua léger degré de plasticité est indispensable à tout être vivant qui vit d'une façon indépendante. Nous devons donc admettre que si, chez l'homme et les animaux supérieurs, les centres nerveux subordonnés, devenus dépen- «lanls, ont perdu leur plasticité el ne sont plus préposés qu à des activités purement réflexes et automatiques, ce fait est le résultat de leur subordination à un centre directeur principal, le grand cerveau. Nous trouvons un léger degré de plasticité même cliez l'amibe et chez toute cellule qui se meut librement.
Ce sont là des faits biologiques. La physiologie, qui ne peut pas même comprendre le mécanisme du rétlexe le plus simple, parce qu'elle ne connaît pas la chimie de la vie, peut encore moins comprendre celui des fonctions nerveuses plastiques. Elle est obligée de se contenter ici d'observations et de conclusions induclives, ainsi que des lois générales qui eu découlent.
fi) Il m'est impossible d'entrer ici dnns les df^tnlN de la jdiysiologie coiiipnrée, c"esl-à-diie de l'Ame des animaux, et je l'envoie à mes travaux : Die psyc/iischen Fd/uijkeiten der Anici,^en, Munich lyoi, chez Ernst Heinhardt, et « les Sensations des Insectes », chez le même.