‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 39 sur 77 · GENÈSB INDIVIDUELLE DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

GENÈSB INDIVIDUELLE DU SYSTÈME NERVEUX

rapprochés de nous que les singes, et de la civilisation desquels Tethnographie nous livre des vestiges. A Faide de ces docu-

m<Mits, ainsi (}u'à celle de l'histoire piiniilive, nous a{)pnMi()ns que l'homme primordial vivait, comme aujourd'hui encore certains peuples sauvages, en petites peuplades qui se livraient entre elles des combats perpétuels. Ce sont d*horribles hécatombes sanglantes que nous trahissent les armes meurtrières et les os brisés de ces dignes ancêtres. Ils devaient bien ressenihler à nos cousins éloignés actuellement vivants, leurs descendants aussi, les cannibales. On peut donc dire que pendant des milliers, sinon des millions d'années, la nature humaine s'est adaptée phylogéniquement aux combats les plus ftpres, à Texercice musculaire, à Tadresse, à la force et finalcinent au travail. La victoire et la survivance des plus capables devint de plus en |)lu8 le résultat de la supériorité de leur intelligence, ce cpii explique l'énorme croissance du grand cerveau. C'est sans doute le langage oral qui se forma d'abord, mais lentement, à Taide d*interjections et de sons imitatifs. Ne pouvant se transmettre que par tradition orale, ce langage ne perrhit pas, au début, de civilisations ni de progrès considérables venant se surajouter aux progrès évolutifs naturels du cerveau. Les instruments, les images, taillées ou -inscrites, les hiéroglyphes et enfin récriture, vinrent par contre plus tard jeter les bases de notre culture intellectuelle, en donnant aux descendants la possibilité de tirer un usage durable des expériences de leurs prédécesseurs et de s'en servir pour étendic et compliquer leur propre développement. L'écriture, et surtout rimprimerie, devinrent enfin les plus grands agents ou créateurs de la civilisation, et déterminèrent une perfectibi- Uté croissante de l'humanité sans augmentation correspondante de la grosseur du cerveau, en accumulant la science et l'expérience de nos prédécesseurs <lans une eue vcdopédie progressive, devenue de plus en plus immense. Celle-ci permetaux descendants une élaboration de plus en plus complète et approfondie du savoir, sans épuiser les forces de leurs cer-

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veaux individuels. Déjà Schopenhauer nomme les livres « la mémoire en papier de Thumanité ». Notre cerveau actuel

n'est certainement pas sensiblemenl supérieur à coliii de nos anctHrcs directs d'il y a deux ou quatre mille ans, mais les bibliothèques et les produits de Tart et de la science nous permettent de Tuliliser cent fois mieux qu'eux.

Réagissant de leur côté sur Thomme, les produits de la civilisation ont rapproché les cerveaux humains les uns des autres. Les petites cornniunautés primitives sont devenues peu à peu des royaumes de plus en plus grands, puis des empires, et finalement des empires mondiaux, comme l'Empire britannique, la Russie et les États-Unis. Les moyens accélérés el facilités de transport ont mis les diverses races et les diverses nationalités en rapport les unes avec les autres et les mêlent de plus en plus. La guerre a totalement chang-é de nature. Les individus les plus forts et les plus intelligents n'y sont plus vainqueurs ; on les transforme simplement en chair à canon.

On comprendra maintenant comment il se fait que Thomme,

qui aux temps primitifs était un animal véritablement féroce et doué de peu d'instincts sociaux, encore fort restreints, s'est vu obligé, dans un espace de temps relativement court, d'endiguer ses luttes mesquines et ses instincts étroits de tribu, de nationalité et de race, pour devenir plus social et surtout social d*une façon plus généralement humaine. On voit donc comment le progrès civilisateur, dû à rencyclopédie de notre savoir, a provoqué une scission toujours croissante entre Tinstinct phylogénique naturel de bête féroce du cerveau humain, et les nécessités sociales croissantes d'une hunuuiité qui tend à l'homogénéité et à la paix. Ici gtt la cause vraie et profonde des luttes sociales qui agitent notre époque.

La joie de combattre, la passion de la possession et du c^)nmîandeHient, Torgueil, la jalousie sont donc des particulariléi pliylogéniques que notre protoplasma ' germinatif a héritées de nos ancêtres humains primitifs. Il est impossible

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d'en l'aire abstraction ou de les supprimer à l'aide de phrases, de dogmes ou de déductions théoriques. Seuls des dérivatifs énergiques appliqués à ces appétits, dirigés vers le traTail social et combinés à une sélection humaine bien faite, poarront pelit à }iclil, dans la suite des décades et des siècles, corriger la brulalilé bestiale et égoïste de notre nature. Ajoutons (|uc ce correctif est indispensable, car, pour le moment du moins, notre culture ne peut ni ne veut faire machine en arrière, tandis que Thomme n*est pas absolument incapable de s'adapter à une paix sociale universelle, tout mi évitant les causes de dé*;énérescence qui sont la suite fatale de toute inaction ou de toute stagnation.

La connaissance des faits phylogéniques que nous venons d'esquisser est extrêmement importante, si Ton veut répondre aux exigences d*une saine hygiène du cerveau.

Certaines sociétés animales très développées (fourmis, abeilles, etc.) nous otî'renl des analogies fort instructives. Si éloignée que l'organisation de ces insectes soit de la nôtre, leur biologie présente, sur la base d'automatismes cérébraux très complexes, des traits si étonnants d'analogie avec les rapports sociaux des hommes, qu'on est presque obligé d'employer pour eux les mêmes termes que pour nous. Je signale ici les guerres, les alliances, l'esclavage, l'élevage d'animau.v domestiques et le jardinage des champignons chez diverses espèces de fourmis. 11 s'agit là probablement de ce qu'on appelle des phénomènes de convergence, dus au fait de la vie sociale des êtres vivants, et des lois générales qu'elle recèle Ce ne sont tout d'al)ord, semble-t-il, que des analogies, mais on en viendra sans doute à les utiliser pour arriver à comprendre les lois communes plus |)rof ondes qui sont à la base des deux termes de la comparaison.

Nous avons vu que phylogéniquement le grand cerveau est sorti du centre olfactif des vertébrés inférieurs. L'anatomie comparée et la biologie démontrent une adaptation constante et progressive des organes sensoriels aux conditions Ue

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DESCENDANCE OU PHYLOGÉMIE

Texistence, des centres nerveux aux organes sensoriels et aux mouvements, et ainsi de suite. Cette démonstration

illumine Thistoire phylogénique du monde vivant d'une lumière a'iinirable pour celui qui prend la peine d'approfondir Tctude de la zoologie el de la botanique modernes. Quiconque ne craint pas de faire dès sa première jeunesse d'une branche, si petite soit-elle, de ces sciences, l'objet d'études spéciales, ne îùiree même que comme sport ou amusement, y gagnera une compréhension des lois naturelles de la vie, qui demeurera toujours fermée aux autres hommes. Mais pour cela il ne faut pas qu'il se limite à l'étude aride de la classiticalion. 11 faut qu'il approfondisse Tanatomie, la biolog^ie et la géographie du groupe d'êtres vivants sur lequel il a jeté son dévolu.

Darwinisme. — Le nom de Darwin est aujourd liui dans chaque bouche. En e\pli(|uant la transformation ou évolution des espèces par le combat pour la vie et la séleclion naturelle des animaux et des plantes, le grand naturaliste anglais a fait de la doctrine de l'évolution une partie constitutive de la science, et a donné à l'étude de la nature une impulsion formidable, dépassant tout ce qui Tavait précédée. Il est absolument prouvé qu'en choisissant soigneusement les porteurs de caractères déterminés et en les accouplant entre eux, on provoque artificiellement un développement toujours plus considérable de ces caractères chez leurs descendants, à mesure qu'on continue la sélection ainsi commencée. Les variétés et races obtenues par ce procédé, chez les animaux elles plantes, sont la démonstration du fait. Il est tout aussi certain qu'à l'état de nature les plantes et les animaux se livrent naturellement un combat continu et acharné, qu'ils se mangent et s'exterminent les uns les autres, et que ce sont les plus forts, les plus rusés, les plus aj^iles, les plus résistants, ou enfin ceux «]ui ont la plus g-rîinde faculté de re|)roduction, qui prennent peu à peu le dessus. 11 sufût d'étudier attentivement la forêt et la brousse, et même nos prairies, pour

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