‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 42 sur 77 · NOTIONS ET SYMPTOMES · texte numérisé non relu

NOTIONS ET SYMPTOMES

Bast^ sur un vieux préjuge dualiste, d après lequel l'Ame serait quelque chose d'aulre que le cerveau, on a séparé les psychoses ou maladies mentales des névroses ou maladies nerveuses. Ce fut là une erreur désastreuse, et Ton peut bien dire encore aujouni'liiii (pie le public identifie. sDuvent encore plus ou moins la notion des maladies moniales jivec celle du trousseau de clés d'un gardien d'asile d'aliénés. On voit alors les parents de malades qui sont complètement aliénés les désigner avec une naïveté incroyable du terme de « nerveux » et sMndigner profondément lorsqu^on leur déclare qu'ils sont fous. Il va sniis dire qu'il ne nous vient |)as à l'idée de prétendre ijue toute maladie nerveuse ait le caractère de la folie ou maladie mentale dans le sens restreint, proprement dit et courant du terme. Les chapitres précédents

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auront nramnoins fait comjircndrr à clia(|U(' Icripur allonlif que toule lésion du système nerveux central el même les simples lésions des organes des sens, comme celles de Tœil et de l'oreille, dérangent directement ou indirectement les fonctions mentales, mais que seule une lésion généralisée de Tadivilé grand cerveau est capable de modifier sérieusenienl cl dans son <Mis('inl)l<' le moi, c'est-à-dire la personnalité. La proposition inverse : « Toule aliénation mentale repose sur un trouble des fonctions cérébrales, » est encore moins discutable; c'est un fait évident el acquis. Tout autre est la question de savoir si le trouble en qiieslioii est assez fori |)our rendre le malade irresponsable au sens juridique du ternie, el s'il exige rinlernenienl dans un asile d'aliénés, soit dans l'intérOt de la société, soit dans celui de la guérison du malade. C'est là une question purement administrative qui n*a rien à voir avec la notion scientifique des lésions du cerveau et de leur côté psychique. Beauc()U[) d'aliénés se promènent en liberté et n'ont besoin d'aucun internement, tandis que certaines anomalies de la volonté et du sentiment peuvent laisser l'intellect fort lucide, tout en exigeant impérieusement Tinternemenl dans un asile fermé.

Il ressort en outre clairement des cinq premiers chapitres que les maladies ne runcernant vérilablcinenl (jue les nerfs périphériques ou les ganglions disséminés dans le corps, ne sontj>as ou sont à peine considérées dans le public comme maladies nerveuses, car elles ne peuvent occasionner qu'une douleur très locale ou un trouble très circonscrit du mouvement. Les lépreux souffrent d'une quantité de tumeurs des nerfs péripiiériques; on ne les considère cependant pas comme malades nerveux, mais bien comme infectés. Le zona consiste dans Tinflammation d'un nerf périphérique ; il produit sur la peau un groupe de vésicules et des douleurs. On l'a longtemps considéré comme une simple maladie de peaa, avant de savoir qu'il s'agissait d'une névrite périphérique.

PSYCHOPATilOLOGl£ £T MEURUPATUOLÛGIE GÉNÉRALES l^J

Les maladies de la rétine sont des afToclions typiques d'un nerf des sens; on les compte néanmoins parmi les maladies de l'œil et non parmi les affections nerveuses, etc. Là où on parle de maladies nerveuses, les nerfs périphériques sont presque toujours absolument sains. Le nom est donc complètement faux. La plupart des soi-disant maladies des nerfs consistent même en allections du grand cerveau, et seules quelques catégories spéciales d'entre elles concernent les lésions ou troubles de la moelle épinière ou des centres cérébraux subordonnés. Dans cette dernière catégorie de maladies, les fonctions mentales elles-mêmes demeurent absolument intactes, tant que le grand cerveau n'est pas alleint. Le M nervosisme », tout ce qu'on entend aujourd'hui sous le nom de « neurasthénie », même la plupart des « névroses », reposent exclusivement sur des troubles fonctionnels du grand cerveau, et ces affections sont bien plus proches parentes des psychoses ou maladies mentales que des maladies des centres nerveux autres que le grand cerveau.

Mais tous les troubles du grand cerveau se reilèteut dans ractivité des sens et des muscles, puisque nous avons vu que nous ne connaissons les images de nos sens que lorsqu'elles sont transmises à notre grand cerveau et que les activités j)rincipales de nos muscles sont directement commandées par lui. L'orrcur et la confusion dans les notions sont donc surtout veaues du fait que le grand cerveau (notre âme; projette et localise ses sensations et perceptions (voir Tamputé cité plus haut) au dehors ou à la périphérie des organes de nos sens, et que nous jugeons de Tactivité cérébrale des autres aux mouvements de leurs muscles qui seuls nous sont perceptibles. Voilà comment on en vient partout, tani pour soimême que pour les autres, à localiser à la périphérie du corps ce qui en réalité se passe, en majeure partie du moins, dans le cerveau. Mais, comme d'autre part le cerveau reçoit ses impressions par les nerfs sensibles et communique ses ordres aux muscles par les nerfs moteurs, toute division des mala-

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dies du syslème nerveux en maladies du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs périphériques, est et demeure plus ou moins artificielle et arbitraire. Nous éviterons donc en somme ici de faire cette division, ^ans doute les lésions et les

troubles locaux soni fréquents <lans le syslème nerveux. Mais leur action se propage dans tous les neurones ou loulrs les continuations de neurones qui sont en rapport fonclionnel avec la partie détruite ou troublée.

Ce qui est beaucoup plus important, c'est de distinguer la nature du trouble. Il n^est pas indifférent qu'il s'agisse de la destruction des neurones ou seulement d'un trouble fonctionnel de Tonde nerveuse, du neurocyme, dans une substance nerveuse du reste saine. 11 est de plus fondamental de savoir si un trouble est passager ou chronique. Les causes définies et indubitables de troubles nerveux, telles que les intoxications et les infections microbiennes, sont en outre fort nécessaires à connaîlre. Puis il est extrêmement important de constater si le mal a oui ou non sa racine dans la vie embryonnaire, dams le germe, ou môme peutrétre chez les procréa* teurs du malade, etc. Nous ne diviserons donc pas les maladies nerveuses d'après un système quelconque, mais selon les faits lani^ibles et les groupes les moins inconslants (juc nous observons. 11 est amusant de voir comme certains manuels de maladies mentales d'une part et de maladies ne^ veuses de l'autre traitent en grande partie des mêmes élaU morbides et des mêmes formes de maladies, en se plaçant, les premiers au point de vue du psychiâtre, et les seconds à celui du neurologiste. On <levrait bien nous dire une foisclairement pourquoi le même syndrome pathologique est considéré ici comme psychose et là comme névrose (par exemple rhystérie, Thypochondrie, les obsessions, les phobies, l'aphasie, le bégaiement, etc.).

Nous désignerons du terme d^o/-<j(tniriiies les altérations pat hologiques accompagnées de destruction du système ikmveux ou tout au moins d'une affection des neurones analomi-

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quemenl reconnaissal»Io (an mic^()^i(•opp on inètiioà ïœW nu). Pareille lésion ou desLrucUon peut ôire en forme de foyer, c'est-à-dire intéresser seulement une portion circonscrite du cerveau, de la moelle épinière ou d'un nerf, ou bien elle peut être diffuse et plus ou moins généralisée. Dans les affections organiques diffuses ou plutôt disséminées, on trouve un peu partout, soiL dans lout \o corvcau, soit dans une de ses grandes provinces, gà et là certains neurones ou des parties de neurones malades ou atrophiés. Les affections organiques diffuses sont en somme beaucoup plus graves que les affections en foyer, bien qu on les remarque moins facilement ;> IVimI nu sur le cadavre, à l'autopsie. La chose est facile à conaprendre, car elles Iroublenl |)liis ou moins les fonctions de tous les neurones, tandis qu'un loyer circonscrit peut laisser normale la fonction de tout le xeste des centres nerveux. Nous avons vu qu'une fois détruits, les neurones du système nerveux central sont incapables de se régénérer pendant le reste de la vie. Voilà pourquoi les lésions nerveuses org^aniques sont si graves et en général incurables.

Elles ne peuvent se guérir que lorsqu'elles reposent sur des infections microbiennes passagères ou sur des épanchements

séreux ou autres qui tiraillent ou compriment les neurones sans les détruire. Elles peuvent e^tre en partie curahles, lorsqu'à leur début ont lieu des phénomènes de pression ou de tiraillement des provinces cérébrales qui entourent le foyer malade, ou môme de simples phénomènes purement fonctionnels d^autosuggestion. Ces phénomènes provoquent un trouble des fonctions beaucoup plus considérable que celui qui est dû à la seule perle des neurones détruils. 1/amélioration ou guérison partielle qui se produit ultérieurement repose alors seulement sur la cessation des phénomènes de pression ou de tiraillement, ou encore d*autosuggestion, consécutifs à la lésion.

Nous désignerons du terme de fonclionnel tout trouble ner-

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veux qui ne repose sur aucune lésion anatomique (c'est-à-dire malériellei rtMîonnaissable du système nerveux cenlral. C'esl là au fond une expression malheureuse. 11 est certain eu eilel qu*à tout trouble fonclionoel correspond pour le moins un trouble du mouvement moléculaire du neurocyme.et ce trouble dynamique ne peut évidemment exister sans que Tétat chimique ou pliysi(jue de la subslance nerveuse vivante ne soil au moins légèreincul modifié. On ferait donc peut-être mieux île dire « réparable » au lieu de « fonctionnel ». Mais le plus exact serait de parler directement de troubles neurocymiques, ce qui indiquerait clairement que la structure anatomique du tissu nerveux demeure intacte.

(^e qui complique encoïc bcaucouj) la (jueslion, c'est que mainte maladie nerveuse, ayant d'abord des caractères purement fonctionnels, peut devenir finalement organique, c'esU à-dire incurable ou résiduale, après un long cours chronique, et déterminer des phénomènes» fort peu apparents il est vrai, mais indubitables, d'atrophie des neurones. Alors se pose une (pu?stion (jui n'est pas encore résolue : « La longue durée de la maladie fonctionnelle a-l-elle été la cause de Tatropliie finale des éléments, ou bien ne s'est-ii pas agi dès l'abord d*une modifica.tion anatomique extraordinairement fine du tissu nerveux, modification que le microscope n*a pas même permis de reconnaîtn» au début et qui n'est devenue visible qu'au bout d'un t(unps considérable, à la suite d une atrophie plus appréciable ? » Celle dernière opinion paraîtrait sans doute la plus probable, si dans nombre de cas des guérisons inattendues ne se produisaient, même au bout de plusieurs années, et ne venaient ainsi rendre la première hypothèse beaucoup plus vraisemblable. L'avenir finira bien par éclaircir la question. Nous emploierons donc dans l'expo sition qui va suivre les termes d'organique et de fonctionnel dans le sens que nous venons d Indiquer, et nous prions le lecteur de ne pas leur donner une autre signification que celle qui vient d'être expliquée.

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