‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 43 sur 77 · TROUBLES DES PERCEPTIONS · texte numérisé non relu

TROUBLES DES PERCEPTIONS

Thmbles des sensations. — Toutes les qualités des sensations peuvent être troublées de trois façons :

La réaction sensorielle à une irritation est affaiblie (%*

pesthésie), ou même annulée jusqu à ïinsensibiîiié complète ou anesthésie;

2" La réaction sensorielle à l'irritation est augmentée (hypereslhéùt)^ ou même il se. produit une sensation sans irritation périphérique {hallucination éiémeniairé) ;

^ Des sensations singulières, anormales, pathologiques se

produisent {paresthésies).

Ces phénomènes peuvent se passer dans le domaine de tous les sens et reposer tout aussi bien sur des troubles fonctionnels que sur des troubles organiques. Exemples : On ne sent plus des piqûres d'épingles réelles (anesthésie cutanée). Un petit bruit est fortement et douloureusement ressenti liypercsthésie de Touiei. On ressent des rourmillenionts dans un membre, ou ce membre l'ait l'eUel d'être recouvert d'une pelisse (paresthésie du toucher), ou encore on a des bourdonnements d'oreilles (paresthésie de Touïe). Tous ces phénomènes peuvent avoir, soit une cause organique, soit une cause fonctionnelle. Les douleurs de toute espèce, sans cause organique correspondante, sont du domaine de Thyperesthésie ou de la paresthésie. Le |)ourdonnement d'oreilles et la vue d'étincelles (qui n'existent pas !) peuvent être désignés du terme d*hallucinations élémentaires, quand ils ne sont causés par aucune irritation extérieure. Mais la diiTérence n'est Riit re ((lie lhcori(|ue ; il est rare que les paresthésies soient (lues à une irritation périphérique.

Troubles des perceptions, ou ballncinations et illusions. — On fera bien de désigner ces troubles, avec Krœpelin, du

terme général de perceptions illusoires. Quand le malade voit ou sent des objets, ou entend des eouijdexiuus articulées de sons, sans qu'en réalité aucun complexus correspondant d'irritations extérieures ne vienne atteindre sa rétine, sa

Ii(2 PSYCHOPAtllOLOGlE ET NfiUhOPATHOLOGlfi GÉNÉRALES

peau ou son oreille, on parle hallucination» C'est par exemple le cas quand il entend la voix d'une personne connue qui, en réalité, ne parle pas et n*est pas là. Par hallucination

négative on entend inversenienl, iwcc lîernheim, la non-perception d'irritations qui eu réalité viennent all'ecter nos organes sensoriels. Si, les yeux ouverts, en plein jour, sans être du reste aveugle, je ne vois pas un homme placé devant moi, je rhallucine négativement (il disparaît pour mon esprit). Ce phénomène est facile à produire par Thypnotisme, mais on l observe aussi clnv. certains aliénés, t^ar illusion positive ou négative), on entend une hallucination incomplète, dans laquelle, par exemple, on voit un homme qu'on connaît et qui est bien réellement là, avec un visage noir, des yeux flam boyants, peut-être même avec des cornes sur la téte. Ici, l'illusion des attributs du diable n esl <|u'une hallucinatioD su[)erposée à la vue d'un ultjel réel. I n aliéné qui vit subitement disparaître devant lui tous les fusils d'une compagnie bien réelle de soldats, nous donna par là un bon exemple d'illusion négative. Citons encore les illusions de l'ouïe, dans lesquelles le malade, qui entend des bruits réels, par exemple les pas des passants ou le chant des oiseaux, les pen^oit com binés avec des voix humaines hallucinées qui l'insultent.

Pav perceptions illusoires réflexes (hallucinations ou illusions réflexes), on entend celles d'un sens qui sont évoquées | par les perceptions normales d'un autre sens. C'est ainsi qu'une de mes malades hallucinait régulièrement des coups de bûton rerus pai- elle, chacpie fois qu'une clé venait à tour j ner dans la serrure de la porte.

On peut aussi haliuciner des mouvements, par exemple percevoir des mouvements de son propre corps, lorsqu'on ne les a pas exécutés.

Ceux des sens qui, normalement et à eux seuls, ne fournissent aucune association distincte dans l'espace ni dans le temps, et, partant, aucune perception déiinie (l'odorat, le goût et les sensations viscérales), sont incapables d'évoquer

loÉBS DéLlRXNTBS Et itLUStÔNS DU SOUVENItt ijS

des perceptions illusoires proprement dites; ils ne réagissent que sous forme de pareslhésies ou d'haliuciiialions élémentaires, c'est-à-dire non coordonnées sous forme de perceptions. Et pourtant ce sont précisément les sensations viscérales qui donnent lieu aux plus singuliers phénomènes, dans lesquels le malade ressent ou s'imagine posséder, dans la lète ou dans le ventre, les choses les [)liis incroyables. Cela vient de ce qu'il associe des idées délirantes ou des halluci nations d'autres sens (loucher, vue) aux pareslhésies indéfinies qui le tourmentent.

Idées délirantes et illusions du souvenir. — L'idée délirante len allemand Wahnidee) nVst au fond qu'un jugement maladif. Mais elle s'associe la plupart du temps avec des émotions pathologiques, des pareslhésies, des perceptions illusoires, etc. Ce qui caractérise Tidée délirante, c*e8t Tincapacité du malade de la corriger. En cela elle se distingue bien de Terreur normale, mais pas toujours nettement de la superstition.

Elle est causée par des li^oubles pathologiques profonds de l'activité du grand cerveau, troubles qui font dévier les bases mêmes du moi, de la personnalité mentale, et la transforment du plus au moins. Un aliéné voit la photographie du

tsar. Tout à coup il est assuré que c'est son père, et maintenant il se croit l'héritier du trône de Russie. Aucune raison ne peut le détourner de cette puissante révélation intérieure intuitive. Il part pour Saint-Pétersbourg et veut voir son père le tsar. Telle est Tidée délirante typique. Un homme bien portant a une vision (hallucination de la vue). Il se lève, s'assure que c'est une illusion, et se dit que son système nerveux est excité ; il corrige la cho.se. Si c'est par contre un aliéné, il croit à la réalité de la vision et se l'explique à l'aide d*une idée délirante qui se fixe chez lui sous forme de croyance maladive (folle). Mais ce dernier cas peut aussi se produire chez les gens mystiques, spirites ou super<ititieux, simplement

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par voie suggestive, sans qu'ils soient le moins du monde malades du cerveau (riions les hallucinations autosuggestives de Jeanne d'Arc). Donc, pour s'assurer qu'une croyance reposant sur des perceptions illusoires ou sur des idées qui paraissent délirantes, est maladive ou ne Test pas, il est nécessaire d'étudier les autres symptômes concomitants et avant toul les causes ([ui l'ont produite. Néanmoins, 1)5 fois sur loo les idées délirantes ont un caractère obsessioouei et répété qui trahit aussitôt leur nature morbide.

Autosuggestion obsessionnelle paraissant étrangère. — Parfois les aliénés racontent avoir été subitement assaillis ou

terrassés par une idée qu'ils aUi ibuent à une puissance étrangère, surnaturelle, et qui devient alors le point de départ de tout un système délirant.

Un de ces malades me disait qu'une puissance occulte loi avait fait un certain jour éclater une sentence prophétique dans la tête (pas sous loruuî de perceptions auditives). Dès lors, cette sentence était devenue pour lui révaugile.

Par illusion ou falsification du souvenir^ on entend le souvenir de quelque chose qu'on n'a jamais perçu, ni ressenti. C'est une sorte d'hallucination du souvenir. Des enchaînements entiers d'événements, qui sont en réalité représentés à l'instant môme au eei v(\ni, le sont comme souvenirs (pi on a vécus, et les malades jurent avec la plus profonde persuasion que toutes ces choses leur sont arrivées, tandis qu'en réaUté pas un mot de ce qu'ils racontent n'est vrai. L'illusion peut être totale ou partielle; dans ce dernier cas, un souvenir réel n'est (pie faussé par des compléments illusoires. Une variété de ce phénomène se |)roduit quand on a le sentiment d'avoir déjà éprouvé une fois dan.s le passé un ensemble de perceptions actuelles réelles, par exemple l'aspect d'un paysage. Les illusions du souvenir sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit et jouent un grand rôle dans le délire des aliénés. Mais elles sont fréquentes aussi chez les gens bien portants,

AirrOSI/GGBSTlON OBSESSIONNELLE

surtout les illusions partielles. Seulement l'homme normal peut les corriger, tandis que le malade n'en démord pas. Les hommes désignent très ordinairement les illusions partielles ou totales du souvenir, chez leurs semblables, du terme de

mensonges, tandis qu'ils ne se rendent pas compte de leurs propres erreurs dans le môme domaine. Ce fait donne lieu à une foule de malentendus, de disputes et de gestes indignés, qu'on s'épargnerait en étant un peu plus psycbologiste. .

Leê troubles du déchatnement de la pensée sont aussi fort importants. Nous observons le ralentissement du cours des idées ou mOme son inhibition (son arrêt) plus ou moins complètCt surtout dans la mélancolie (lypémanie) et son accélération ou fuite des idées, surtout dans la manie aiguë. La première s'accompagne d'une inhibition générale de Tactivité cérébrale, et la seconde de son irritation et de son accéléra* tion générales aussi, ce qui se répercute pour les deux cas dans la sphère motrice.

Les troubles de rassociaiion des idées sont extrêmement variés et compliqués ; les analyser en détail nous conduirait trop loin. Dans certains troubles légers, le manque d'association logique peut se trahir par le simple fait que les idées sont associées plutôt au son des mots qu'à leur sens iallitération), ^uand on parle par exemple de guerre, le malade répondra par terre ou verre, à cause du son ou de la rime (le cas est fréquent dans les manies aiguës). On appelle négativime la tendance de beaucoup de malades à tout nier ou à s'opposer passivement à tout ce qu'on veut leur faire faire. Il suffît ainsi de leur prendre la main pour qu'ils la retirent, etc. Lorsqu'il est combiné à une clarté intellectuelle complète, le négativisme devient tantôt un esprit absurde d'opposition sans rime ni raison, tantôt (chez les personnes intelligentes) une analyse stérile et obsessionnelle de soi-même, c'està-dire de toutes ses pensées et de celles des autres, analyse arrivant toujours à un résultat négatif ou dubitatif. On entend par siéréoiypie les répétitions perpétuelles et automatiques de FURBi 10

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certaines phrases ou tournures de pensées, ou de certains jgpestes. Par obsession, on entend des représentations qui 8*imposent avec puissance et persévérance à l'attention, et poursuivent le malade nuit et jour, sans qu*il puisse lesécar- • ter, c'est-à-dire les oublier ou s'en détourner. Il existe des troubles do l'association qui se raj)j>orl(Mil plulôl aux mois qu'aux pensées. Alors il se lorino un galimatias, un bavardage dénué de sens, mt^me des langues inventées par l'aliéné, composées d'allitérations absurdes ét ne répondant à aucuoe pensée, sans pourtant que les Idées elles-mêmes du malade soient nécessairement confuses ; le langage seul constitue en ce cas un cliaos de mots.

Dans les degrés les plus intenses des troubles de l'association des idées, la pensée de l'aliéné devient complètement confuse, ce qui se trabit alors par tous ses actes, ses gestes, ses regards, et non pas seulement par une salade de mots comme dans le cas précédent. Dans la perturbai ion mentale ou rlissocialion complète^ ("o ne sont [)as seulement les idées, mais aussi les sentiments et les voiitions, qui forment chaos, et le malade erre avec des yeux hagards, comme un esprit perdu dans ses rêves. Cet état de dissociation mentale plus ou moins complète est efTectivement, au point de vue psycholo^itjue, fort voisin du réve, (juoique sa signification soil tout autre, c'est-à-dire pathologique, et qu'il soit impossible d'en secouer le malade.

11 est avant tout très important de distinguer la dissociation mentale qui repose sur des troubles anatomiqucs ou organiques du cerveau, de la perturbation purement l'onclionnelle, chez laquelle la dissociation ne porle (jue sur le dynamisme neurocymique. La dissociation organique est en effet quelque chose de tout diiîérent. Tandis que dans la dissèciâtion fonctionnelle (perturbation mentale) c'est principar lemént .et presque uniquement le contenu de la superconscien'ce qui constitué un chaos, et que tous les automatismes subconscients.. de meurent normaux., Jbien agsoçiés, et conti-

AUTOSUGGESTION OBSESSIONNELLE xfyj

Duent à fonctionner sans trouble, nous trouvons inversement dans la dissociation organique un état chaotique de; la vie cérébrale subconsciente, tandis que les associations supérieures (superconscientes) offrent encore une coordination relativement supportable. Le dissocié organique (ainsi le paralytique g'(''nérar) sera par exemple capable de suivre une conversation leiiLe et de parler avec une certaine logique plus ou moins pesante. Mais en môme temps il oubliera où il se trouve, où est la porte de la chambre, ou bien qu'il se trouve par exemple en bonne société, dans un salon. Il sera capable alors de se déshabiller et de faire ses besoins devant les p(.'rsoiHies présentes, ou de trahii- un secret <[u'il avait tenu profondément caché jusqu ici, ou encore de conclure une affaire absurde, qui lui paraît très avantageuse, parce qu'il n'a pas Tintuition instinctive de ses dessous principaux, etc. Inversement, le dissocié fonctionnel évitera instinctivement touLes ces sottises, de même que le somnambule ne se laisse pas choir du bord d un toit, «pie nous nous recouvrons sans erreur pendant le sommeil, etc. 'l\)ute la machinerie instinctive, y compris une partie des habitudes ou automatismes secondaires, n*est pas ou est beaucoup moins dérangée chez loi. Par contre, il ne fera attention à rien de ce qu'on lui dit et divaguera avec un regard fixe, sans donn(»r une seule réponse juste. Chez le dissocié organique, ou peut mcllre pour ainsi <iire le doigt sur les lacunes des associations des neurones. Le travail cérébral se fait, il est vrai, sommairement d*après les règles ordinaires, comme à Fétat de veille, mais il trébuche à chaque instant sur les lacunes des associations subconscientes qui, chez ThomiTie normal et chez le dissocié fonctionnel, marchent au contraire automatiquement d ellesmémes. Ce sont partout des déchirures et des cahots ; le malade ne voit pas ou oublie précisément ce qui n'échappe à personne d'autre que lui, parce qu'il s*agit d'automatismes qui vont sans dire. En outre, la dissociation organique se combine ordinairement avec des incerlitudeî* et des troubles de la

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coordination des mouvements intentionnels et du langage, troubles qui proviennent de la même cause, c'est-à-dire des

deslnidions (liss(''iiiiiH'cs du lissu cérébi iil.ijuand par exemple un paralytique général dil ou écrit Corusopie pour Constantin noplty et qu'il trébuche à tout instant dans son langage d'une façon analogue sur les syllabes et sur les mots, ce langage nous donne une sorte de phonogramme ou de graphique de la dissociation organique de son cerveau. Il va sans dire que, selon le degré d'avancement <le ralrophie des neurones, la dissociation organique présente tous les échelons, depuis les troubles les plus imperceptibles jusqu'à une ruine ou à un chaos complet de la vie cérébrale. A ce dernier degpré, non seulement tous les automatismes de la pensée, des sentiments et du niouveincnt, mais aussi tout le contenu i)sychologique de Tûme, sont réduits à des décombres el devieuneul méconnaissables.

Troubles de la mémoire, — Ceux-ci sont très rapprochés des précédents, surtout de la dissociation organique, avec laquelle ils sont très souvent combinés. V amnésie (perle

de mémoii'ey orgaiiiijue porle surtout sur les engrammes les plus récents qui s'elTacent rapidement et complètement, c'est-à-dire ne peuvent plus se fixer. Ce qui est plus particulier, ce sont par contre les amnésies fonciionnelles. Amnésie signifie perte du souvenir. Les amnésies fonctionnelles peuvent être partielles ou totales. On peut par exemple perdre entièrement la mémoire el fiisage d'une langue, ou encore de toute une époque de sou existence. Plus fréquemment, par exemple dans ce qu'on appelle 1 épilepsie psychique, on n'a qn*un souvenir sommaire d'une certaine période de la maladie, souvenir analogue à celui du rêve.

Par le terme de double conscience, on a désigiu' certains cas for! rares oii u[i homme mène deux existences ditTérenles qui alternent Tune avec l'autre et qui no sont associées l'une à l'autre par aucun souvenir, par aucun pont superconscient. Les cas les plus curieux sont ceux de Macnish et d'Azam, chez

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lesquels les malades en question tombaient alternativement

de l'étal Télat S. Dans Trial 3 ils ne savaient plus rien Ho ce qu'ils avaieiil jUMisé et Tait dans l'état a, et inversement. Dans le cas de iMacnish, les périodes duraient environ deux ans, et la malade avait dû recommencer toutes ses études scolaires au début de Tétat p. Je renvoie ceux qui s^intéressent à la question à mon livre sur l'hypnotisme (Stuttgart, chez Enke). J'ai observé moi-même un cas très inslnictif (1 amnésie dite rétrograde qui avait dui é huit mois. Le malade avait fait pendant ce temps un voyage et un séjour en Australie. 11 n'en avait plus gardé le moindre souvenir. Dans mon livre précité se trouve une description complète de ce singulier cas, dans lequel je fis revenir tous les souvenirs par la suggestion, preuve que les engrammes ne sont tjue latents par inhibition, et non (îlTacés, dans I amnésie fonctionnelle.

Troubles du sentiment. — Chez les aliénés les troubles du sentiment jouent un rôleéminent, La mélancolie se distingue surtout par la tristesse palhologi([ue sans cause adéquate. Ce symptôme se combine très ordinairement avec une inhibition prof'ojidedu déchaînement <le la pensée et des volilions. Il se distingue en outre de la tristesse normale par son association a?ec d'autres symptômes, tels que l'angoisse et Toppression précordiales, et surtout par la durée et la continuité de Tétat émotif. La joie pathologique se trouve surtout dans la manie aigaë et dans la paralysie générale progressive ; elle se combine le plus souvenl avec la fuite d(;s idées. Ce i\w\ est plus important encore, c'est Témolion mixte, la colère avec ses deux variantes : la tristesse irritable et l'exaltation irritable. Dans les deux cas, le moi réagit activement contre le déplaisir quil éprouve, cherchant ainsi à se procurer une émotion agréable h l'aide d'une impulsion à l'action. L'huuuMir colé- •"iniie {)atliologique peut s exalter jusqu'à la fureur. Klle oiïrc autant de variétés que les passions normales qui sont ses dérivés, telles que la jalousie, la vengeance, la méfiance, la sufloeptibilité, etc. Tous ces états affectifs s^assodent à de

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fausses suppubilions, à des idées déliranles el à d'autres symptômes cérébraux maladifs corrélatifs. Ils se déchargent en général sur des innocents, auxquels le malade peut faire subir de véritables martyres. Les aliénés de cette dernière

catégorie souL souvent exl reniement rusés, très persévéninls dans la poursuite de leurs résolutions, ainsi qu'habiles et perfides dissimulateurs. Ils cominettenl fréquemmentdes crimes épouvantables sous Tempire de leurs idées délirantes combinées à leurs passions morbides.

Sur une base cérébrale pathologique, on voit encore surgir toute une série d'autres sentiments et d'autres passions sans cause normalement adaptée, et avec des impulsions ou appétits correspondauts. Citons l'angoisse, les sensations de pression et de brûlure, les appétits sexuels pervers, la faim anormale, etc.

On entend par apathie Fabsence des réactions normales du

sentiment. C'est là un symptôme assez régulier de toute psychose qui a duré longtemps. Ce qui est très important el caractéristique, c'est ralIaibUssement du sens moral, c'est-àdire des sentiments de sympathie, d'altruisme et de devoir, qu'on observe tôt ou tard chez la plupart des aliénés» et qui peut aller jusqu'à nne amoralité complète.

Les troubles de la ro/o/ilé el du mouvenienl sont fort variés. On entend par aboulie la prostration de la volonté, et par impulsivité la transformation rapide, irréfléchie et irrésistible, des émotions et des pensées en actes ordinairement déraisonnables, (|ui n*ont ni constance, ni persévérance dans leur suite. Dans la manie aigué, on observe une excitation et une accélération continues des mouvements volontaires, dont renchainement est souveul plus ou moins dissocié. Par impulsions pathologiques, on ^ actes obsessionnels, on entend des impulsions absolument anormales et dénuées de sens qui poussent le malade à Taction avec une violence irrésistible. J'ai connu une malade qui avait sans raison Timpulsion à donner une volée de coups à d autres personnes ou à

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les étran^'^ler. Dîins son désespoir, elle mettait elle-même ses victimes eu garde rontre elle. Chez les aliénés, on observe encore une foule d'autres actes absurdes, soit automatiques ou stéréotypés, soit en rapport avec des idées délirantes.

La caractéristique générale de Taliéné est son incapacité de se rendre compte (pie son état est maladif. (Vcsl là ce qui le dislint^nio le plus neltemenl de Thomme relativement sain d'esprit. L illusion du malade relativement à lui-même rep'ose sur la transformation de toute sa personnalité, et cette transformation est causée par la modification diffuse et généralisée de l'activité de son grand cerveau, qui ressent son propre changemenl comme transfornialion du monde extérieur et des autres hommes. En effet, le monde extérieur et les semblables du malade, en particulier ses proches, se reflètent autrement en lui que précédemment, alors qu'il était encore sain d'esprit. Les engrammes eux-mêmes se modifient plus ou moins. Nous n'av(nis absolument aucun autre critère pour (lislinguer ralicné pruprenienl dit de Fliomme normal ou des personnes dont le cerveau n'est que partiellement, localement ou légèrement lésé. Il saute aux yeux que ce critère n'est que relatif. Tout comme le trouble de l'activité cérébrale, le sentiment de la maladie et la faculté de s'en rendre compte peuvent ôtrc partiels ou incomplets. Il n'y a là aiicune limite distincte, pas plus, moins même peut-être, que dans les autres phénomènes physiologiques. D'autre part, on voit que certains troubles partiels de l'activité mentale, troubles qu'improprement on ne désigne pas du terme de maladies mentales, peuvent être exactement ressentis et compris par le malade, ([ui souvent se dissèque lui-môme avec une clarté impitoyable. Il s'agit là de troubles qui ne concernent pas le raisonnement logique.

Troubles nerveux qui ne sont pas des maladies mentales, — Musieurs des symptômes déjà décrits peuvent être circonS'» €rits el se produire à (-(Mè d'une santé mentale générale assez

complète. Mais il nous iaul en outre décrire en quelques mots les

l5st PSYCH0PATHO1.OGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉHALES

troubles qui n'intéressent le grand cerveau que localement, partiellement ou môme pas du tout comme tels. En principe, au point de vue de la manière dont le tissu nerveux et ses fonctions sont lésés, ils concordent avec ceux dont nous avons parlé.

Des douleurs, des paresthésies et môme des perceptions illusoires, peuvent avoir leur cause dans des états d'irritation des' centres cérébraux Inférieurs, de la moelle épinière ou des nerfs sensoriels. Des névrites (inflammations des nerfs périphériques) peuvent par exemple causer des douleurs atroces qui ne sont naturellement senties que grâce à leur transmission au grand cerveau. L;i même douleur peut avoir une cause organique ou une cause fonctionnelle, ainsi le mal de dents, qui peut être causé par une inflammation de la pulpe dentaire, ou, dans la névralgie, avoir une origine purement centrale et fonctionnelle. J*ai traité un malade qui avait eu à Constantinople, j)endant cjuinze jours, une inflammation infectieuse (gonorrhée) exlnhnement douloureuse de Turèlre, avec suppuration. Deux ans plus tard, il fut atteint d'une légère crise d'aliénation mentale, compliquée de nombreuses hyperesthésies et même de quelques hallucinations. Pendant sa convalescence, il visita une maison publique, ce qui aurait pu facilement lui attirer une nouvelle infection de l'urètre. Le lendemain, la crainte d avoir été infecté lui suggéra à tel point la répétition de son ancienne maladie, que pendant quinze jours il en ressentit toutes les douleurs et tous les stades, quoique l'examen le plus minutieux de notre part (nous étions plusieurs médecins) ait prouvé l'intégrité absolue de son urètre! Après sa guérison, ce jeune homme, très cultivé, très bien élevé et très honnôtet nous déclara de la façon la plus positive que la seconde « gonorrhée a qu'il venait d'avoir, et qui était en réalité une autosuggestion cérébrale fonctionnelle, Tavait fait au moins autant souffrir que la première, qui avait été due à une véritable iuilammation purulente. Théoriquement, du reste,

AUTOSUGGESTION OBSESSIONNELLE lS3

il comprit et accorda que nous avions raison. Ce cas démontre plus clairement que toute dissortalion savante que, dans le domaine de la scosation et de la douleur, une irritation fonctionnelle du cerveau peut produire exactement le même effet que les pires déchirures, compressions ou brûlures des nerfs périphériques. Inversementje souffre moi-même depuis huit ans de bourdonnements d'oreillers causés par un catarrhe sèc de l'oreille moyenne. Or j'ai réussi à distraire si complètement mon attention de ces bourdonnements, (ju au bout de six mois je suis arrivé à ne plus les entendre du tout, excepté lorsqu'une association d'idées vient m*y faire penser.

Les maux nerveux fonctionnels sont d'ordinaire bien plus douloureux, plus difficiles à suj)porter, et tourmentent bien plus le malade que les maux organiques. Le degré d'une douleur, d'une soufTrance, n*est, d'une façon générale, nullement adéquat à l'intensité de Tirritation périphérique corres* pondante ; il dépend bien plus de Tétat du grand cerveau. Suîs-je rendu « nerveux » par l'insomnie ou le surmenage intellectuel, c'est-à-dire devenu un peu « j)si/chaslheni<jue », la plus petite irritation devient douloureuse et me tourmente déjà. Suis-jeau contraire rendu obtus et « hypeslhéUque » par de longues marches ou par d'autres fatigues musculaires de longue durée, les plaies, les inflammations, les démangeaisons même, me font peu soutTrir, et je puis supporter avec une indifférence relative des lésions corporelles considérables, qui me font effectivement beaucoup moins souffrir que dans mon état ordinaire normal.

Les nerfs vaso-moteurs (nerfs des vaisseaux sanguins), dont les cellules se trouvent dans les ganglions dits sympathiques, peuvent provoipier la pAleur en irritant les muscles circulaires qui entourent les petits vaisseaux, et la rougeur en étant paralysés par inhibition. De simples idées ou représentations peuvent faire rougir ou pftlir en provoquant une inhibition ou une irritation des ganglions sympathiques par un influx de neurocymes moteurs lancés au

l54 PSYCilORVrUOLOGlE ET NEUROPATlIOLOtilli tiÉNÉUALtS

travers du grand cerveau et de la moelle épiniërc. Beaucoup

de troiihles iiorvoux, tels les troubles des menstrues des femmes et de réfection des hommes, le froid aux pieds, les engelures, la transpiration, 1 hémorragie nasale, le frisson ou au contraire diverses congestions, sont souvent déterminés par des effets analogues, purement fonctionnels, de laction neurocymi(|ue sur les vaisseaux sanguins. Lorsque ces troubles ont un cnraclère j)ermanent, ils provo(juerit facilement des dérangements secondaires dans la nutrition des parties du corps desservies par le groupe de vaisseaux dont il s'agit.

On a longtemps attribué ces troubles de nutrition à Taction

directe de nerfs hypothétiques, dits trophiques, qui évidemment n'existent pas.

Il y a aussi des appareils ganglionnaires périphériques qui président aux muscles lisses de l'intestin , à la sécrétion des glandes, etc. Ces nerfs peuvent être influencés par les puis> sants neurocymes du grand cerveau (par des émotions, etc.), comme les précédents, au moyen de rameaux communiquants. Voilà comment la ct)iislipaliuii et une foule d'autres troul)les fonctionnels de la digestion, des menstrues, etc., se trouvent le plus souvent être occasionnés directement par certains états de Tactivité cérébrale et n*ont nullement leur cause à Tandroit du corps où ils se produisent, comme on le croyait autrefois. C'est là la raison j>our hiquelle la suggestion hypnotique (qu'elle soit provo([U(''e intenlionnollemcnt et verbalement, ou à rinsu du malade par quelque procédé médical ou autre) est le seul remède efficace direct à la cause de toute cette catégorie de troubles.

La destruction de tout nerf sensible périphérique provoque une aneslhésie, et celle de tout nerf moteur, non seulement la mort de son tron(;on péri|)liéri([ue, mais encore la dégénérescence et l'atrophie complètes des muscles qu'il dessert et qui meurent aussi. La destruction de la cellule d'origine de tout neurone musculaire a le même effet. Lorsque, par

AUTOSUGGESTION OBSESSIONNELLE

contre, on délruii les neurones intermédiaires du grand cervean qui innervent les neurones musculaires, on obtient une

simple paralysie du mouvement volontaire. Les muscles du domaine auquel ils aboutissent, peuvent encoie tUre contractés par les réflexes spinaux (i) dont nous avons parlé. Ils demeurent en vie, mais incapables alors d'accomplir aucun monvément intentionnel.

Les convulsions ou crampes sont des* contractions muscu- . laires involontaires. Par crampe Ionique ou entend une contraction musculaire constante ou du moins un peu durable, telle que celle du tétanos ou de la crampe bien connue du mollet. Par crampe clonique ou convulsion, on entend au contraire une série rapide de secousses musculaires subséquentes, comme on les observe dans Tépilepsie, dans certains accès hystériques et dans beaucoup d'autres états d'irritation du cerveau et de la moelle épinière. Les crampes peuvent élre locales ou générales, organiques ou fonctionnelles. Elles sont dues à des états d'excitation dés neurones moteurs ou centrifuges et peuvent être aussi bien déterminées (déclanchéest par une h6morraii:ie, une inllainniation et une atroj)lii(; du cerveau ou de la moelle épinière, que par une simple représentation, par un « orage du neurocyme », comme c'est le cas dans Thystérie. J'espère que mes lecteurs comprendront maintenant la chose avec facilité, grâce à la première partie de ce livre.

Une autre forme de troubles moteurs est la caldlepsie. bans ses légers degrés (flexibilité de ciiej, on voit chaque membre du corps conserver passivement toules les positions qu'on lui donne et y demeurer, tandis que les représentations ou volitions ne sont plus capables de déterminer un mouvement. A un degré plus élevé, le corps entiei* devient raide et froid comme un cadavre. Il existe aussi un(î forme de catalepsie flasque, dans laquelle tous les muscles sont résolus et

(i) Spinal veul dire de la moelle épinière.

. l5G PSYCHOPATHOLOGIE ET NEUROPATHOLOGIE GÉNÉRALES

OÙ tout membre retombe comme une masse. Ce dernier état,

de même que la raideur complète des muscles, se combine parfois à un état de sonimoil létliargiciue profond (lélhargie), qui peut être confondu avec la mort lorsque les muscles sont raides et lorsque les mouvements du cœur sont devenus très faibles. Ces états peuvent être soit purement fonctionnels, soit provoqués par la compression du cerveau due à de l'œdème ou à des hèmorrag^'es.

Il existe en outre des Iroiihles de la coordinfilion des mouvements, c'est-à-dire de la rapidité et de la sûreté des combinaisons de leur enchaînement. On appelle ces tcoubles aiaxie. Lorsque Tataxie est rythmique (ainsi dans le délire des ivrognes), on l'appelle tremblement. L*ataxie proprement dite est au contraire arythmique, c'est-à-dire irrégulière. Le tremblement est souvent purement fonctionnel ; l'ataxie arythmique Test plus rarement. Chacun connaît l'ataxie locomotrice (tabès dorsalis) due à Tatrophie des cordons postérieurs de la moelle épinière par suite de la syphilis. Nous observons beaucoup de troubles de ce genre dans le langage parlé ou écrit, qui est le plus fin des réactifs moteurs. Le bégaiement et la crampe de Técrivain sont des crampes fonctionnelles du langage parlé ou écrit en rapport avec des représentations. Une série d'atrophies des neurones dans le cerveau et la moelle allongée provoquent taiaxie du tangage. Ces exemples suffiront. Dans la chorée ou danse de Saint-Guv, on observe encore des mouvements fonctionnels involontaires, irréguliers, qui viennent déranger tout mouvement intentionnel, mais qui ont un autre caractère que Tataxie,

Deux mots encore pour terminer : comme dans tous les

autres domaines de la patliologie, tous les phénomènes de celle du système nerveux prennent leurs racines dans les fonctions normales. Tout ce que nous avons décrit repose sur des augmentations, des diminutions, des suppressions et des déviations ou désagrégations des fonctions normales.

AUTOSUGGESTION OBSB88I0NNBIJLB iSy

L'homme normal halluciné dans le sommeil (rêve). La psychologie nous a fait connaître la base de toute illusion du souvenir. De fortes émotions peuvent provoqucrpassagèrement des obsessions chez Thomme sain. Le surmenage des muscles jxut amener le Ireinbleinent, etc. Ce qui est patiiologique esl donc dû à ce que les réactions ne sont plus exactement adaptées à Tirritation, ou à ce qu^elles cessent d'avoir lieu (paralysie), ou, au contraire, à ce que des activités exagérées se produisent sans cause normale qui leur soit adaptée, ou à ce qu'elles durent trop longtemps, ou enfin à ce que les neurones qui président à ces activilés sont modifiés ou même détruits.

On comprendra donc que, selon leur nature et le genre de leur cause, les troubles nerveux et psychiques pourront être diyus, chroniques^ embryologiques ou héréditaires.

Ils sont ai(jiis lorsqu'un systAme nerv(Hix, jus(jue-là sain, est atteint plus ou moins subilemenl par un agent irritateur qui vient le troubler soit dans ses fonctions, soit dans sa structure organique. Sa disparition, ou Télimination artificielle de cet agent, provoque la guérison s*iln*a pas déterminé préalablement de lésions irréparables.

Ils sont chroniques quand l'agent irritateur qui rend malade agit d'une façon lente ou répétée, quand il est tenace, quand ses causes continuent à agir, ou encore quand il laisse après lui des résidus, des défectuosités ou des irritations durables qu on ne peut plus ou qu'on ne peut que très difficilement faire disparaître. Tout ce qui est chronique devient facilement en tout ou en partie incurable. Tout ce ([ui est aigu peut laciiemeut devenir chronique en laissant des traces durables.

Ils sont embryologiques ou onlogéniques (arrêtant le développement) quand ils atteignent Tindividu pendant son développement, soit comme embryon, soit comme enfant, et quand ils arrOlent ce développement, soit parleur intensité, soit par le fait qu'ils sont chroniques ou encore organiques. LesaHec- UoQs passagères de l'enfant et de Tembryon n'appartiennent

l58 PftTCHOPATHOLOiSIB ET NEUROPATHOI.OGIE GÉNÉRALES

pas à ce groupe, mais à eelui des formes aîguds, par le fait qa^elles n'arrêtent pas le développement.

Tls sont enfin* héréditaires ou constitutionnels (phylogéni-

qiH's,, quand ils se Irouvont dôjà sous forme <le dispositions héréditaires dans la ranèuic du protoplasma germinalif des cellules ou de 1 une des cellules qui se conjugueront plus tard pour former Tindividu. Lorsqu'ils concernent les dispositions héréditaires du grand cerveau, il en résulte que le caractère de rhomme qui naît d'une pareille conjugaison est anormal ou maladif. Lorscjuc la maladie ou déviation anormale d'un germe (disposition héréditaire) se rapporte au contraire à d'autres parties du système nerveux, le moi, la nature mentale de Tindividu, n'en souffre pas ou n'en souffre qu'accessoirement. Il peut néanmoins en souffrir indirectement, quanti il s'agit par exemple des sens s»q)érieurs, comme danslasunli-mulilt'oudans la cécité congénitales. On a vu pourtant Laura Bridgeman, qui était née aveugle, sourde-muetie et presque anosmique, grâce aux facultés héréditaires supérieures de son cerveau, jointes à une éducation très soignée à l'aide du toucher, se développt^r hautement au point de vue mental. D'autres ras analop^ues ontencore été observés. Nous a\ t»ns déjà parlé de la hlasloplilhorie qui crée des tares héréditaires en empoisonnant les germes de celui qui les porte lorsqu'il s'intoxique.

CliAPlTHE Vil

COUP d'oeil sur les formes des maladies ou anomalies

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