‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 5 sur 77 · Domaine delà oonnaiflsaiice. — La sensation de bleu (le · texte numérisé non relu

Domaine delà oonnaiflsaiice. — La sensation de bleu (le

ciel) et celle dlrritation dans le nez sont chacune ce qu*on appelle une « simple » sensation. Tune de vue, l'autre de tact. Nous verrons que ces sensations, simples au point de vue psychologique, correspondent à une complexité physiologique. L'image de Toiseau qui vole est, par contre, déjà une complexion de diverses sensations de forme, de couleur et de mouvement. Cette image éveille en vous ce qu'on appelle une notion, ou mieux encore une représentation générale^ celle d' « oiseau ». Dans le cours de votre vie, vous avez acquis la notion ou représentation générale d'oiseau, parce que vous avez vu beaucoup d'oiseaux. L'apparition de l'oiseau devant vos yeux est ce qu'on appelle en psychologie une perception. La perception n'est donc pas seulement une complexion har^ monique de diverses sensations ; elle contient en outre le sou* venir subconscient, la complexion d'engrainmes (voir plus bas) de beaucoup d'autres perceptions antérieures analogues, cesL-à-dire ce qu'on appelle une représentation générale.. La perception contient donc déjà en elle-môme des conclusions logiques, car quand je dis : « Je vois un oiseau », cela veut dure : « L'image qui vole devant mes yeux ressemble à beaucoup d'autres images antécédentes que je lui assimile et qu*'^ je suis habitué à désigner du terme d'oiseau. » La perception en (jueslion est en outre celle d'un oiseau spécial que je distingue des autres oiseaux.

Mais qu'est-ce alors que l'image de votre chambre à coucher et de votre mouchoir? D'une part, elle ressemble à celle de l'oiseau et du ciel; vous savez néanmoins qu'elle est en vous et non hors de vous. Pareille image est ce qu'on appelle en psychologie représentation interne, et il s'agit ici de ce (ju'on entend par représentation concrète ou représentation d'objets : Vous ne pourriez avoir cette représentation si vous n'aviez pas vu précédemment votre chambre à coucher et votre mouchoir. Vous les voyez tous deux « en esprit » , donc leur représentation correspond au souvenir ou aux engrammes (voir plus

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bas) d anciennes perceptions des dits objets. 11 ne s'agit donc là que d'une sorte de reproduction intérieure d'anciennes perceptions à Taide de la faculté qu'on appelle la mémoire ; on peut aussi appeler les représentations latentes ou engrammes « images mémoriales ». Existe-t-il une différence fondamentale eiUre les perceptions el les représeiilaliuns internes ? Vous me répondrez : « Sûrement; c'est tout autre chose si je vois quelque chose en réalité ou si je m'en souviens seulement. » Ët le public de déclarer immédiatement : « Si je vois quelque chose de réel, cela vient de ce que les rayons lumineux de cet objet ont atteint mes yeux en ce moment, ce qui n*est pas le cas dans le souvenir. Donc, la représentation interne et la perception sont deux choses ronilameiilalement différentes. »

Si claire que paraisse cette opinion, elle n'en est pas moins fausse. D'ordinaire, nos perceptions sont dues, il est vrai, à l'action d'objets extérieurs sur nos sens. Quand nous voyons un oiseau, entendons de la musique, sentons un caillou, percevons Todeur d*une violette, ou savourons du sucre, Toiseau, le caillou, la violette et le sucre existent en réalité dans le monde extérieur. Mais il n'en est pas loujours ainsi. En rêve, nous voyons, sentons, entendons, etc., toute sorte de choses qui, en réalité, n'existent pas hors de nous et ne font que nous illusionner sur la réalité. Les hallucinations ou perceptions illusoires, dans lesquelles nous percevons touté veillés une foule de choses qui n'existent pas ou existent d*une tout autre fa(;on que nous les percevons, sont la preuve la [)lus claire de ce que nous al limions. .le prie mes lecteurs de s'adressera un homme auquel on vient d'amputer un bras ou une jambe. L'amputé perçoit tous les détails de son membre coupé ; il en sent les doigts, et dans ceux-ci des douleurs correspondantes, etc., lors même que le membre en question est déjà enterré et pourri.

Une étude attentive des faits prouve (|ue le phénomène de la perception, de môme que celui de la représentation, se produit uniquement en nous, et que ces deux phénomènes

DOMAINE DE LA G0NNAI9SANGB

sont bien plus proches parouls (pi'on n'csl tenté de Tadineltre au premier abord. Sans doute la perception ne serait pas possible si ses éléments n'avaient été transportés précédemment une fois par nos sens dans notre cerveau. Mais il en est de même de la représentation interne. Nous y reviendrons.

Pendant que vous associez les sensations, perceptions et n'présenlalit>ns dont nous venons d<' j)ailcr, une pensée survient : en un instant (disons en une minute) vous pouvez atteindre votre chambre à coucher, éloignée d'à peine cinquante mètres, et aller y chercher le mouchoir désiré. Qu'est-ce que ces pensées, une minute, cinquante mètres de distance ? Cinquante mètres et une minute ne sont pas des objets, ni des représentations d'objets, mais des notions abstraites de temps et d'espace. Tandis que nous nous représentons distinctement dans l'espace Timage de notre chambre, quoique ce ne soit qu'en esprit, nous ne pouvons nous représenter directement l'image d'une minute ni celle de cinquante mètres. Nous ne pouvons nous les représenter qu'indirectement, en y associant la représentation d'un objet tel qu'une montre, un espace connu de nous et mesurantenviron cinquante mètres, etc. On a cru autrefois pouvoir déduire des idées abstraites l'existence d'une essence purement spirituelle. C'était une erreur. Elles se forment dans le cours de la vie humaine, à l'aide des représentations concrètes des objets. La notion de cinquante mètres vient île ce que, pendant notre vie, nous avons lait d'innombrables promenades dans l'espace, et que nous avons appris par là à estimer les distances de cent fagons différentes. On a fini par construire des étalons iixes et conventionnels, tels que le mètre, pour mesurer commodément et exactement l'espace. Nous nous sommes habitués petit à petit à cette convention, après nous l'être assimilée au début sous une forme concrète, tel qu'un mètre en bois ou en cordon. 11 en est exactement de môme du temps. La notion de temps n'est que l'abstraction des innombrables séquences de nos représentations, ol la minute n'est qu'une mesure con-

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venlionnelle de temps, mesure facile à fixer à l'aide d'une montre. Je ne puis m'appesantir ici sur celle question. Contentons-nous de retenir que toutes les notions abstraites, à commencer par les mathématiques entières, se sont formées pas à pas dans notre cerveau par la comparaison des perceptions d'objets concrets et de leurs représentations. Il est cependant nécessaire de nous mettre au clair sur les trois grands groupes d'abstractions dans le cadre desquels se rangent les rapports des phénomènes du monde extérieur tels quiis nous apparaissent :

a) Ladîfférencequalitative. — Nous distinguons le rouge du bleu, les sensations de vue des tons, les tons des sensations de dureté ou de chaleur, ces dernières de Todeur de violette, l'odeur de violette, du goût sucré, etc. Tout le monde extérieur nous apparatt sous forme de différences qualitatives. Directement, c'est-à-dire dans notre conscience (notre psychologie), nous ne pouvons ramener une qualité à l'autre, même là où nous |)ouvons le faire très exactement par voie indirecte, c'est-à-dire à Taide de la science. C'est niusi que psychologiquement nous ne pouvons jamais transformer de la chaleur en force ou en mouvement, tandis que la physique nous prouve que ce qui nous fait Teffet de chaleur et de force ou de mouvement, et même de lumière ou d*électricité, peut être ramené à une seule et même « énergie ». 11 nous est de môme impossible psycholog^iqaeinent de déconi|)oser la sensation du blanc! en ses éléments colorés, tandis que rien n'est plus simple que de le faire en physique, à Vaide du prisme, etc.

b) Le tempSy ou le ra pport de séquence entre les phéno' mènes de qualité différente.

c) L'espace, nu le rapport de coexistence entre divers phéno* mènes de qualité différente.

fout ce que nous pouvons connaître en nous et hors de nous nous apparatt toujours en rapport de différence qualitative et de temps ou d'espace.

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2. Domaine du sentiment. — Au moment où vous ressentîtes une irritation du nez et devîntes conscient de la nécessité de vous lever, vous eûtes du déplaisir. C'est là ce qu*on nomme un sentiment. 11 est beaucoup plus difficile en psychologie d'analyser les sentiments' que les sensations et les perceptions. Ils n^apparaissent pas en rapport d^espace et remplissent notre moi d'une façon toute génc^rale, se suivant d'une façon lente et indéûnie, ne trahissant que peu de difTérences qualitatives propres, surtout celles de plaisir et de déplaisir.

Le sentiment de plaisir s*assocîe à un allégement général et à une expansion du moi, celui de déplaisir ou de peine à

une inhibition ou empêchement général de la personnalité, qui en est déprimée. Les sentiments ne dérivent pas directement de perceptions d'objets, ni de représentations en général. Le psychologiste et philosophe Wundta montré qu'il n'existe pas seulement en nous le contraste des sentiments de plaisir et de peine, mais encore celui des sentiments d'excitation et d'arrêt et celui des sentiments de tension et de détente. Oscar Vogt a confirmé la chose par de belles expériences sur des personnes hypnotisées.

D'une façon' générale, on peut dire que les sentiments apparaissent indépendamment des perceptions et des représentations ; néanmoins ils sont constamment associés dans notre âme à ces dernières. Un souvenir, la lecture du texte d un télégramme, peuvent, selon leur contenu, évoquer le plaisir ou la tristesse, l'excitation ou l'inhibition, la tension ou la détente. Mais en sens inverse, *un sentiment de tristesse évoque des idées tristes, et ainsi de suite. Donc les sentiments et les éléments de la connaissance agissent et réagissent réciproquement les uns sur les autres. En outre, les sentiments dépendent fortement de l'état général du corps, c'est-à-dire de la santé, de la maladie, de la fatigue, etc.

L«8 seniimenU vt oeuveni s élever et s'affiner dans leur gua-

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lité que par leur associaiion avec des représentations fines et

compliquées. Ost ce qiio nous pouvons observer un haut degré dans rélliique ou morale et (Jans Teslliétique. Les sentiments qui s?ml)lont olTrir une qualité spéciale, comme la jalousie, la honte, rindignation, Tadmiration, le désir, la pitié, le sentiment du devoir, etc., sont indirectement dérivés des sentiments primitifs par leur association compIi(}uée, quoique souvent instinctive, avec les éléments de la connaissance, sur In l>ase «le <lis[)osil ions liérédilaires (voir celles-ci). Ils présentent souvent un mélange ou |)lutôt des combinaisons de plaisir et de tristesse ou déplaisir. Selon les peuples, rhérédité, les mceurs et l'éducation, ils s'associent avec des objets différents et plus ou moins précis (éléments de la connaissance). C'est ainsi que l'Européenne a honte de montrer ses jambes nues, tandis que rOricnla!?» a honte (le montrer son visage ; (jue telle plaisanlerie i;riv<)ise fera rire la Française et rouj^ir l'Anglaise d'indignation; que d'aucuns aiment les orages, tandis que d'autres en sont terrifiés, etc.

Il existe tout un domaine de sensations vagues et mal localisées des organes internes, telles que les sensations sexuelles, celles d'angoisse, «le faim, de soif, etc., qui correspondent {\ certaines régions mal défiuii^s de notre corps. Elles ne répondent à aucun organe des sens spécialisé, mais elles ne sont néanmoins pas aussi généralisées que le plaisir et le déplaisir, et constituent une transition entre le domaine sensoriel défini qui forme la base de la connaissance, et le domaine du sentiment.- Ces sensations dites viscérales sont intimement li(''es aux instincts et aux passions. De leur côté, nos «lilïérents sens nous fournissent des impressions plus ou moins bien localisées. Celles de l'ouïe et de la vue le sont bien mieux que celles du goût et de certaines formes du tact. Les sensations d'équilibre, de plénitude corporelle, etc., le sont au contraire très mal et font transition aux sensations viscérales généralisées.

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