‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 60 sur 77 · M\ GÉNÉRAMTÉH SUR L*1IYG1ÈNE Di; SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

M\ GÉNÉRAMTÉH SUR L*1IYG1ÈNE Di; SYSTÈME NERVEUX

(Juaiit aux auliM's causes de maladies nerveuses qu il s agiL d'éviler et conlre lesquelles il faut luUer, je renvoie simplement au chapitre VIII, pour ne pas me répéter. Passons maintenant aux tâches positives de Th ygiêne.

'1° Règles positives. — i . /j>i ne icrerdci' ou loi de ienlntînemenl. — Nous avons déjà vu que tant la subslance des nerfs et des muscles que leur puissance de production se renforcent par Texercice et s'affaiblissent par Tinaction, et qu*cn outre Thabileté et Tadresse dans Texécution d'actes «•oinplifjiu's se pcrfcclioniiciil aussi \n\v uxu" répétition fréquente, (le fait e>l ahsolunienl «général et peut èlie érii,^é en loi constante de l'aclivilé musculaire et nerveuse : renforcement, augmentation et complication par Texercice ; affaiblissement, diminution et incapacité croissantes par Tinaction.

Il saute aux yeux que la loi de l'exercice se trouve dans une sorte d îiiiliiioinie i-elati ve avee eellede riiérédilé. Les énergies hcnlce.s se iont jour cJiCZ l'individu, transmises comme puis sanees par la mnème du protoplasma on nucléoplasma geruiinatif des ancêtres, tandis que la loi de Texercice est celle de ce que l'individu acquiert dans le courant de sa vie. Mais c'est commettre nne erreur fondamentale que de présenter ces deux lf>is sous Itu ine (ro[»posil ions absolues, en considérant cliacune tU^ nos activités mentales ou nerveuses connue étant ou bien hérit<;e, ou bien acquise. Au contraire, chacune d'entre elles est à la fois héritée et acquise, en ce sens qu'aucune faculté ne peut être acquise, sans qu'une certaine prédisposition héréditaire no la prépare, et que la meilleure disposili(»u héré<lilaire s'a! i ()|tlu'e, si l'exercice, ne vient absolument pas la développer. Un peut donc prélendrt? que notre éducation individuelle consiste principalement à développer nos bonnes dispositions par Texercice et à endiguer les mauvaises par Tinactivité, dans le but final de modeler de plus en plus l'harmonie de la personnalité en 1 adaptant aux besoins sociaux. Eh bien! c est là en môme temps

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la lAche d une hygiène hien comiu'ist* du svsiènie nerveux.

11 ne l'aut pas oublier que l ex pression d « exercice - ne se limite nullement à l'exercice musculaire cl à celui tles habiletés techniques, mais qu'elle s'étend à celui de toutes les activités mentales et nerveuses. On s*exerce à voir, à entendre, n percevoir, en général à penser, à former des abslraclions, à dé\ ('lopj)er les sentiments éllii(iues el c^IIk'liques, à supporter le l'roid et la chaleur, à persévérer dans ses résolutions — malheureusement aussi à jurer, à mentir, à jouer pour de Taisent, à s'adonner aux excès sexuels, à se vanter et à ne rien faire, tout aussi bien qu'à pédaler à bicyclelle, à faire des armes, à faire la cuisine ou à nasTcr. A la lumière <les pliénoniènes mnémi<jues voir chapitre \'. // , la loi de rexercice acquiert une valeur encore plus considérable. Elle représente une engraphie renforcée et multiple qui, en tant que telle, non seulement élève la valeur de Tindividu et sa productivité, mais travaille encore, quoicfue d'une façon infinitésimale el latente, ;i construire le fondement des ecphories futures de descendants éloii^'^né'^.

L'exercice de bon aloi ronsisle en un entraînement ronslanl et régulier, dans lequel on évite tout effort exagéré de l'instant et toute activité fiévreuse destinée à des succès de façade. En répétant ses efforts journellement ou tout au moins fréquemment, el en produisant chacpie fois un peu plus que préccdemmenl, ave<: une grande persévérance, on augmente lentement, mais sûrement, sa force et ses facultés ainsi exercées.

Il existe ici une différence' fondamentale entre le lissa ner* veuxei le tissu musculaire. Par un exercice continu et progressif, le muscle grossit et se renforce, on le sait, a^^sez rapidement. Mais il perd rapidement aussi cequ iiagagné, )iar un repos ou une inactivité un peu prolongés; en un mot Teilet de lexercice du muscle lui-même se perd assez rapidement. Ce que le cerveau et les centres nerveux ont solidement acquis par un exercice consciencieux se conserve, par contre, dans ses

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grands traits, tant que leur tissu demeure sain. Des connais*

sîinccs a('(|uises (siuioul !ors(ju"on les a comprises !), des senliiiH'iils jitlirH's et ilélieals, des liabilelés lecliiu(iues, elc, se conservcnlf eu somme, même lorsqu'on a cessé de les exercer peadasl de» années. On croit souvent les avoir oubliés, mais il suffit alors d^un exercice extrèOMment court pour remettre les choses au point et pour être de nouveatt maître de ce iiu oii a senli, eonnu ou pu faire auhefois. Mieux uièiue, on se trouve alors souvent capable, j^rAec aux engrammes acquis dès lors dans d'aulres domaines, de progresser plus rapidement à partir du point où Ton en était resté jadis, qu'on ne Teût fait alors. Cela vient de ce que les connaissances acquises d'autre part viennent fournir aux anciens engrammes de nouvelles associations <pii lavoi isenl leurs voies de dévelopj)emenl. Le neurone possèile donc une i'acuUé cumulative dv conserver, d'acquérir el de combiner, que le muscle à lui tout seul ne possède pas. Ce dernier ne peut que renforcer pour un certain temps Tinlensité de sa puissance. Même les centres nerveux ^^anj^lionnaires de Tintestîn et des vaisseaux ohéissent, (pioii^uc d une laron bien moins marquée, à la loi de l'exercice.

Four conserver sa santé et pour épanouir fortement sa vie nerveuse, il faut donc la développer constamment par Texercice pendant toute sa vie, de la naissance à la mort. Il ne faut

pas s'imaginer, par suite d'un préjuiré, qu'on n'apprenne tpie dans la jeunesse ; on n'a jamai> iiiii d ii ppreiidre. Apprendre, toujours apprendre, c'est-à-dire exercer sans relûche de n»)Uvelles activités nerveuses, c'est là la base même de la vie et d'une saine hygiène du cerveau, hygiène qui iion seulement élève rhomme, mais qui entretient sa force nerveuse el son élasticité. Ouironcpie n apprend pas el ne s'exerct» pas perpétuellement, ne perd pas seulement le meill<Mirde son énergie, mais risque de devenir meutalemenl inécauiipH'. automatitpie, enraidi et de plus en plus inadaptable, de tomber dans lornière rebattue et toujours plus profonde de la routine et

RÈGLES l'UbUlVliS

des marottes, ornière dont il pourra de moins en moins se

sortir. I.es plus bcllos dispositions héréditaires, les meilleures (MK'rgies cérébrales s'atr()[)luent et s'épuisent lamciilablcmcnl duus riuactioa et même dans les acUvitét» qui 11e s cxcrceul que dans un sens exclusif, sans jamais se frayer de nouvelles voies. Voici les points les plus importants à observer dans la loi de l'exercice :

S'il est vrai que l'exen^ice fasse le maître, ce n iîst pas vrai pour le surmenage cérébral qui conduit à l épuisenient. Le système nerveux a un besoin absolu de reconstruire sa substance chaque fois qu'il a bien travaillé. Pour cette reconstruction perpétuelle, il lui faut d*abord une nourriture suffisante, que fournissent les aliments à Taide du sang et de la lymphe, et secoiidcnicnt des inlcrinillences suffisanles de repos pour les neurones. Nous n'avons pas à nous occuper ici de l'hy^^iène de ia digestion et de la circulation, ni de celle de Tassimilation en général. Je renvoie aux ouvrages qui ont paru sur ces sujets, et je fais seulement remarquer que le cerveau, qui est très riche en vaisseaux sanguins et en espaces lymphatiques, a un besoin impérieux <le nutrition pour le travail de la pensée, du seutiment et de la voloulé. r.'(;st là un la il (ju'ou oublie beaucoup trop. Les partisans de Tidée dualiste, qui admettant use âme indépendante du corps, veulent souvent contraindre et flageller la « chair » et puiser leurs forces mentales dans le néant à l'aide de Dieu sait quels exercices iiscéliques. Dans leur uivsticisme, les eroxanci's religieuses dualistes ont souvent déjà pé(-hé gravement contre riiygicuc, en considérant le travail mental comme quelque chose qui est en dehors des fonctions corporel les, et en s*imaginant qu'on peut fortifier Tesprit et contraindre le corps par le jeikne et la mortilicalion. il y a sans doute un fond «le \ rai dans ces superstitions, en ce sens que rhomme, surtout de no^^ jours, uiange et surtout boit généralenicnl beaucoup trop et abuse de son appétit sexuel, de sorte qu'un peu de jcAne* et do régime au pain et à Teau lui font souvent beaucoup de bien.

24o CihNKU.VI.lTÉîs suit I.'UYMh.NE DU SYSILML NEUVtUX

C'est principalement le cas des goutteux et des gens trop bien nourris. L'absli nouer soxncMlc est «mi soninie aussi plus saine qno r<'\('('s. ( '.«'la nCnipôclii' pas (pn^ rasrétisine esl un ^rand mul quand il coaduil à l insoninie, à uni^ nulrilion chroniquement défectueuse et à une ,vie contre nature. 11 se termine alors par Tépuisement, avec des troubles nerveux de toule sorte, et assez fréquemment par quel(|ue aflection mentale, l nt; sain»' nutrition «loil être modérée cl sutlisanlc, évilanl loulexlrénu' cl loul excès.

Prévenons ici une objection fréquente. L<)rs(iue nous recommandons chaudement les efforts musculaires, les habiletés techniques, la bicyclette et même le sport, on vient nous effrayer en nous menaçant de dilatation du cœur et d'autres intirmilcs qu'actpiicrcnt de nombreux sportsmen cycliste^, coureurs, etc. , à la suite de leurs tours de force. Pareils eUel6 néfastes d'elVorls musculaires exagérés, poussés souvent jusqu'à la folie, viennent en première ligne de ce qu'ils sont souvent exécutés au mépris complet delà loi de l'exercice. Au lieu de s'entraîner lentement et prudemment, en accordant aux tissus du corps le rcpil cl le rej)i>s nécessaires à leiu* rcconslruclion, on fait pendant un tenq)s tort court, et à l'aide d'un entraînement rapidle, des efforts insensés, et Ton exige du corps des prestations surhumaines, sans préparation suffisante. Qu'on s'entratne comme l'a fait par exemple Fritjof Nansen avec une mélliode et une j)ersévérance admirables^ jointes à une éner<.,ne indomplaiile, cl l'on arrivera à eilecluer comme lui des prouesses pre.sque surhumaines, sans se surmener et sans dilater son cœur. Gomme ce célèbre explorateur et son compagnon Johansen, on ne doit jamais s'essouffler, ni forcer l'action du cœur par des mouvements tumultueux. Ajoutons que beaucoup de sportsnu'n, soit après leurs prouesses, soil avant renlraînemenl qui les précède, se laissent aller à prendre des doses plus ou moins l'ortes de boissons alcooliques, qui les prédisposent à la dégénérescence des muscles du cœur. L'homme qui, de naissance, s'abstient de

RÈGLES POSITIVES

loule boisson alcoolique fermentée ou distillée, ne risquera guère, même s*il est faible, de voir son cœur dégénérer et se dilater, pour peu qu'il soit en outre assez raisonnable pour ne

6 entraîner qu'avec une certaine prudence.

2. Sommeil. — Seule, la nutrition du système norveux ne suffit pas. Une tension ininterrompue de Tactivité des neurones 6nit par entretenir leur état d'épuisement et par le développer à un tel point, qu^on peut même le démontrer au microscope sur les cellules i<anj>lionnaires (Hodp^e et autres . Il faut donc fournir à ces dernières le temps d'utiliser Tajiport des matières alimentaires par le sanjjf, c'est-à-dire qu'il leur faut du repos. La moelle épinière et les ganglions en trouvent l'occasion dès que nous sommes assis ou couchés. Mais l'organe de la pensée, notre grand cerveau, (}ui travaille souvent le plus, alors que notre corj>s est le plus immobile, a l>esoin d'un repos d'un autre genre : de la dissociation de l'aetivito attentionnelle concentrée des neurones cérébraux actifs, c'està-dire du sommeil. L'importance du sommeil en tant que repos cérébral a été longtemps bien méconnue. Plus on travaille mentalement, plus on a besoin de sommeil. Néan- HIoIds les elTorts du travail musculaire <lans nos activités dites corporelles (marclie, équitation, travail de la tc^ re, travail manuel professionnel, etc.) exigent aussi une forte activité centrale et centrifuge du grand cerveau, et par conséquent le sommeil. Le sommeil est, il est vrai, de valeur inégale. Beaucoup de gens s'imaginent ne pas dormir, parce «lue leur sommeil est léger et (pie la chaîne de leurs rêves ne se détache ni brusquement ni conipictemeni «le celle de l<'ui s étals conscients attentionnels h l'état de veille. Dans un bon sommeil, l'amnésie totale des rêves vient parfaire à notre réveil la rupture complète entre les deux chaînes, et le fait ^ue nous avons tout oublié ce que nous avons rêvé nous fait dire d'orilinaire ([ue nous av(»us Irès bien dormi, 11 existe néanmoins des formes de sommeil léger qui reposent bien

FOtlEL. l6

24^ GÉNÉRALiréS SUR l'hYGIÈNE DU SYATÈME NERVEUX

plus que certaines formes d'un sommeil paraissait profond, bien plus surtout que celles qui sont compliquées de cauchemars» de rêves pénibles ou encore de somnambulisme. Il

oxistc dos soiniiamlmles spnnlaiii's (jui, juMiiiaiil leur somincil, exéciilent mOme à la porfeclioii des travaux compliqués, domestiques et autres. A leur réveil, ils ont le sentiment d'avoir profondément dormi et sont cependant épuisés, souvent même roués de fatigue. D'autres personnes, au contraire, se reposent fort bien et tranquillement, mais d'un sommeil si léger qu'elles n'oul presijuc pas le soulinicnt d'avoir dormi. Le sommeil |)euL ôlre localisé à Faidi" <!(' la suggestiou hypnotique. En pareil cas, on ne fait dormir ^on ne dissocie) qu'une petite portion de laclivité cérébrale, tandis que le reste esl éveillé, et que le sujet se croit en pleine veille. Inversement, on peut, au milieu d'un profond sommeil, éveiller complètement la courte chaîne d une activité cérél)rale Iucalisé(\ Kn ma qualité de directeur de lasile cantonal des aliénés à Zurich, j ai par exemple réussi, par l'hypnotisme, à procurer à certains infirmiers un sommeil profond et réparateur, ot pourtant à exercer leur cerveau au point de les rendre, tout en dormant, attentifs à certains actes insolites des aliènes qu'ils devaieni surv<'illei\ et à les faire se léveiller sponlnnément et imuiédialemeul, dès que leur malade faisait, par exemple, une tentative de suicide ou quelque autre chose dangereuse. Les bons sujets réagissaient d*une façon si précise (lue je n'avais pas besoin d'organiser une veille spéciale. Certains malades, qui faisaient perpéluellenienl des lenlalives de suiridc, linircnl par croire ensorcelé rinlirinier, <|ui se réveillait immédiatement à chaque tentative dangereuse de leur part, pour se rendormir profondément l'instant d'après.

Une mère dort tranquillement, sans se réveiller, à côté de

son mari (|iii ronde hruyamnieid, tandis (ju'elle s'éveille iininédialenient au plus faible géniisseuuMil de son nourrisson. A l'aide de la suggestion, j'ai rendu pendarit quelques se-

RÈGLES POSITIVES

maioes une personne incapable de trouver dans la conversatioD un terme qui lui était cependant familier ; eller« oubliait» régulièrement. C^est là un cas de localisation extrême de la dissociation (ou du sommeil, ce qui revient au même).

Les (juehjues indicaliuiis (jiii procèdent montrent ih'^jà qu'il est impossible de formuler une rè^le absolue sur la quantité de sommeil nécessaire à Thomme. Si donc nous exigeons en moyenne de sept à huit heures de sommeil au moins pour Tadulte, nous ne prétendons pas en construire un dogme. Certains vieillards, qui vivent très régulièrement et pensent peu, se tirent fort bien d'alTaire av(»c six ou cinq heures de sommeil, souvent même avec moins, parce que leur état de veille contient de nombreuses périodes de repos qui ont la valeur d'un demi-sommeil. Inversement, on fera souvent bien, après de longs el puissants efforts de tout le système nerveux, de réparer Tépuisement (fui en est résulté en prolongeant son sommeil pendant un certain temps pour rétablir l'équilibre.

11 est d'une haute importance hygiénique de s'exercer aussi dans le sommeil, c'est-à-dire de s'habituer à pouvoir dormir en tout temps et pas seulement à certaines heures et dans certaines positions. L'amollissement g;Ue souvent le sommeil. Quiconque est capable de dormir (juand il le veut, sur chaque planche, dans chaque voiture de 3^ classe, sur quelque chaise qu'il s'asseye, quand il se trouve en avoir le temps, fournira, proportions gardées, plus de travail mental que celui qui p*en est pas capable. On se gâte surtout le sommeil en abusant des soirées pour produire les plus grands elVorls intellectuels, ou en se maintenant artificiellement éveillé à l'aide de thé ou de café à hautes doses. L'activité cérébrale obtenue de force par ces moyens est extrêmement mabaine. Mais ce qui est encore bien pire, c'est de vouloir alors rétablir le sommeil à l'aide de narcotiques. Le sommeil obtenu artificiellement par les narcotiques repose surun<' paralysie toxiijue du cerveau et détruit peu à peu le sommeil normal, d'une part en empoi-

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