‹ L'âme et le système nerveux, hygiène et pathologieChapitre 70 sur 77 · HYGIÈNE NERVEUSE DE CONTOGÉNIE OU DE L ENFANCE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE NERVEUSE DE CONTOGÉNIE OU DE L ENFANCE

laisser tromper et h mettre les jjortt urs de ce ferment corrupteur dans l'impossibilité de nuire h leurs condisciples.

Dans le domaine de la volonté, le plus difticiLe à iallueQccr par réduc9lion, ii faut chercher de toutes ses forces à remplacer Thumeur, rimpulsivité et Tentôtemeut par uo entraînement à accomplir les résolutions prises avec suite et persévérance. Dans ce domaine, nos meilleurs maîlres sont les Anglais, sans doute aussi les Japonais. La vraie maxime de l'éducalion de la volonté consiste à apprendr<' à se tirer d'affaire dans la vie en surmontant toutes les difficultés d'un tra vail et d'une lutte sans relâche.

9. Hygiène nerveuse de récole ; Técole de l'avenir. — L liygièncde l'école a déjà fait de grands progrés en ce qui com cerne les yeux, la ventilation, les locaux, les pupitres, la g} m nastique, etc. Mais, par contre, l'éducation des sentiments et de la volonté, ainsi que la méthode de renseignement, ont été entravées jusqu'à présent dans leur développement et ont même l'jut ici et là machine en ari icre, nud^rc tous les hciiux projets de rélorme et tous les spleudidcs paragraphes sco laires qui s'étalent sur le papier. Ce fait provient principalement de ce que, dans sa lenteur organique, le progrès phylogéni([ueou évolutif du cerveau humain (voir chapitre V) est absolument incapable de suivre la pro^i^ression géométri(iue de rencyclopcdie du savoir luim;iin (•om|)ilc dans les bibliothèques. Celte encyclopédie, l'école croit, bien à lorl, devoir la condenser, à bras renforcés, dans des manuels toujours plus concis et plus secs, pour en bourrer le cerveau de la jeunesse.

Ce n'est t[uc depuis peu d'années (pie les anciennes impulsions données par un lb»u>scaii. un Peslalozzi, un Fnebcl. un Owen, etc., ont été mises en œuvre d'une fa^'on vraimenl pratique dans les « Landerziehungsheime », qui ont su en même temps les adapter aux besoins de la culture moderne. Voici, en quelques mots, ce que c*est que ces écoles: •

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La plus jpune denlrc elles est l'écoU' d'Aquilaiiio, loiulée par M. Ernest Conloii à (Ihalais (Charente). Nous renvoyons à IVxcellenle éliide-programiue publiée à ce sujet à Paris chez MM. Vuiberlet Nony, éditeurs, boulevard Saint-Germain, 63, sous le titre A* Écoles nouvelles et Landerziehungsheime, II y en a déjà plusieurs autres en France, mais toutes n'ont pas adopté les prineipes eomplet< du fuiulalinir de la première école, le docteur Reddie à Abbotsholme, en Angleterre. En Suisse, MM. Zuberbuhler et Frei ont fondé le Landerziehungsheim du château dç Glarisegg, situé dans une magni- Oque position au bord du lac de Constance, sur des collines boisées. Le programme se développe de façon pas perdre do vue celui des écoles publiques et des gymnases, et à [pouvoir conduire les élèves aux études supérieures, s'ils le veulent (1).

Dans le Landerziehungsheim allemand de Haubinda, j'ai observé moi-même la transformation radicale d*un élève dont le cerveau avait été complètement hébété et découragé par le système de compression encyclopédique de nos gymnases officiels. Mnlfi^ré tousses eiVorIset tout son li'uvail, il se voyait considéré comme « écolier incapable », avec la perspective certaine d'échouer à ses examens. Ën un an, il devint à Haubinda Tun des meilleurs élèves. Il n'était donc pas béte, mais seulement lent dans sa capacité d'assimilation, réfléchi

(1) Le programme de Glarisegg a paru, en 1902, chez Alb. Mfiller,à ZQrich, sous le titre de: LandenUhungsheime^ SchtUprogramm de» SehweizeriBchen ÎAindeniehungêheime ScHIobb Gi€u*i8egg, Il explique, en 80 pages environ, les principes de l'école, avec photographies à l'appui, et se divise ronimp <i\ù[ :

A. Histoire des I.an<lei /iohuns:shcime : 1° les idées ju''(lnt^oi.'i<ines do Rousseau et les Lander/iehungshcimG ; a" l'Hcolc nouvelle d'Abbolshoirne ; 3<* les Latidciziehuagâlieinie ailemaiidri d'ilseiiburg et de Haul)inda.

B. La vie et renseignement à Glarisegg : i* le chAieau de Glarisegg ; 2* l'éducation physique; 3* Fédacation scientifique ; 4* art, religion et morale.

Voir aussi: Landerziehungaheime, exposition ot critique d'une école réformatrice nnodcrne, thrso de docloralde Wilhclm Frei (FacuJté de philosophie de Zurich), 1902, Leipzig, cbéz KlinkhardU

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ot n'apprenait qiio fort diffirilcmt'nt par cirur. Je pris connaissance (le l)caiicoup (le cas analog^ues el je visilai moi nit^me pcndanl Irois jours l'école de Haubinda, de sorle que je puis en parler pour Tavoir vue.

Le but de toute école devrait être de développer barmoniquement et sagement les connaissances, les sentiments et la volonlé des élèves autant (pio cliaquc r(»rvoau individuel en est caj)able. Elle dcviail iornier des hoiiiines el des l'emines utiles, bons et actifs, capables de lutter facilement pour leur existence, en exigeant le moins possible des autres et en produisant eux-mêmes d'autant plus pour la société humaine. Aucun homme ne peut vivre aujourd'hui en pays civilisé sans recevoir de ses semblables une foule de dons matériels ol intellectuels. Vn bon citoyen est celui qui donne plus à sa patrie et à rhumanit(^; qu'il ne re("oit d'elles ; le mauvais citoyen fait le contraire. Il en résulte que l'école, telle qu'elle devrait être, devrait faire tout autant ponr développer les bons sentiments et les volontés utiles, que pour meubler de connaissances et d'habiletés techniques le cerveau de la jeunesse.

Tandis que les résultats dos investie^ations de la science, de l'arl, de riudiislrie, de {ou< les douiaines de la connaissance humame eu uq mot, aujj^iuenteid el s'amoucelleat à pas de géant, en se diversifiant à l'inlini dans des myriades de livres que pas une bibliothèque du monde ne saurait contenir, notre cerveau n'a pas grossi ni amélioré sa qualité d'une façon appréciable depuis deux mille ans. C'est donc une tâche insensée que de vouloir comprimer le contenu de ICncyclopédie des livres en formules scolaires, pour renq)iler dans l'organe infortuné de notre pensée. Je dis infortuné, car il est impossible eu effet de le malmener sans nuire à notre faculté de jugement, à notre vie émotionnelle, au bon ordre de l'enchaînement de nos résolutions, et surtout à la plasticité créatrice de notre imagination, qui constituent l'harmonie de notre âme. Il faut absolument l'éserver beaucoup d'énergie cérél)iale pour le jugement, pour les combinaisuasiudividuelies de la réllexioa,

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el pour leur association harmonique et fine avec les émotions^ si nous voulons former des hommes îndépendanls, capables de vouloir bien et d'accomplir ce qu^ils veulent. Les nombres secs^ les formules arides^ les compilations de faits dont est bourrée fenci/clopédte de toutes les spécialités^ sont un bagar/e mnémo/e( hni(/iit' (jui tjuc /or/ peu ou rifii à faire dans noire cerveau. Sa place esl sur les rayons de nos bibliolimpies, oit nous pouvons le consulter quand nous en avons besoin^ à l'aide de bons registres alphabétiques et autres. Cesi pour cela qu^on fait des dictionnaires et des tables analytiques, et non pas pour les apprendre par cœur. Les spécialistes, même les plus distingués dans une branche, ceux qui la font vraiment avancer, T'Ont ceux (jui la coruprciinent (^l la coinhiiKMilà leur penst^e, el non pas ceux qui font parade d'érudition eu eu débilanl par cœur les formules. Qu'on cesse donc enûn de martyriser le cerveau des enfants, comme on le fait encore à cet égard, surtout dans les écoles secondaires et les gymnases. Il y a deux mille ans, alors qu'on n'imprimait pas encore et que rencyclopédie restreinte du savoir pouvait facilement ôtre apjirise par cd'ur, réclio du mnîlre pouvait avoir sa raison (l Otre. Aujourd'hui, ce ne sont plus que des l'raguieuls disloqués et sans âme qu'on empile dans les manuels scolaires, et avec lesquels on rend aride et indigeste la . matière à enseigner, au lieu d'évoquer pour elle l'intérêt, la compréhension et l'amour de Télèvo. L'erreur que nous signalons a même ga^né les universités, qui ont aussi grand besoin de réformes à cet é«j^ard.

Si Ton veut développer avec fruit le cerveau de l'enfant, il faut en premier lieu se mettre à son service comme ami et camarade, tout en l'étudiant avec perspicacité. Ce n'est pas par le châtiment, mais par l'affection jointe à la raison, qu'il faut obtenir la discipline. L'enfant ne demande qu-h cultiver SOS S(»nli monts de sympathie et sa raison : il faut les respect<'r pt s'y adapter, au lieu d'en faire ti en picnant des airs supérieurs; C'est bien moins le devoir de l'enfant de s'adapter à

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Técole, que le devoir de l'école et du maître de s*adapter à '

Tenfance. Le maître devrait donc èire un bon pédagoo^e, un bon psychologisle cl im homme de cœur, jamais un ('rinlit prdaiil eL plein de iui-uiOmc. L incapacilé administralive de Peslalozzi n'ôle rien à la profonde vérité psychologique de ses idées. Tout éducateur de la jeunesse devrait s'assimiler son esprit, étudier avant tout la psychologie cérébrale de Tenfance, vivre de la vie de ses élèves, penser avec eux, et faire dr son (^ns<Mgnomont un (oui vivant. Dans une pareille atmosphère, avec; le senlimenl d'une entière liberté de corps et d'âme, 1 enfant peut développer tout naturellement, sans contrainte et d'une façon harmonique, son jugement, son intelligence» ses sentiments moraux et esthétiques, ainsi que sa volonté personnelle et sociale.

Pour y arriver, il faudrait avant, tout transformer complelement les idées et l'orienlation des ministères de Tlnsl ruetion publique et des corps enseignants. 11 faudrait relev er la position matérielle, ainsi que le niveau intellectuel et moral et la position sociale du personnel enseignant. La valeur humaine de nos enfants est identique avec la valeur de toutes les nations dans Ta venir le plus prochain, et mérite en vérité qu'où lasse de pareils efVorts cl de pareils sacrifices péeuniaires. J'ai même la témérité de prétendre que C( I (<- ((iit stiiin *est hieu plus importante pour l'avenir de nos peuples que le budget de l'armée et que tant d'autres questions fiscales, douanières et autres qui absorbent le cerveau presque entier des hommes qui nous gouvernent.

Ne voyons-nous pas journellement dans les p^ymnases beauroup (le ces héros de la mémoire et de l'assimilation, de ces talents étonnants, dit-on, les favoris de leurs maîtres, dont ils sont l'écho sans Ame, «levenir plus tard des fruits secs et des existences ratées ? J'ai traité moi-même un idiot de naissance, que je dus plus tard faire mettre sous tutelle à cause de la démence de ses actes et de son incapacité à se conduire. Eh bien 1 grâce à sa mémoire prodigieuse et à sa faculté

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presque phonographi({iie de s*assimiler loul, il avait fait en Allemagne un brillant examen de baccalauréat (maturité) I D'autre part, on voit souvent des hommes de grande valeur, des penseurs, des génies même, être si dégoûtés, si paralysés

(inhibés) et si terrorisés [)ar les méthodes de nos gymnases, ((u'ils échouent à leurs examens <'l sont perdus pour Télitc mentale de la nation, s'ils ne réussissent pas, par une énergie toute spéciale, par des secours pécuniaires inattendus leur permettant des répétitions particulières, ou par un truc quelconque, à les passer finalement malgré tout.

Chacun m'accordera que les Grecs étaient un peuple de génie, et que noire culture s'est édifiée sur le terrain de la latinité. Mais la façon dont on tourmente nos enfants par les détails pédants ^des grammaires et syntaxes grecques ou latines, aussi sèches que possible, extraites des auteurs anciens par Tépluchage minutieux des philologues, n'est certes pas faite pour les imprégner de Tâme grec(|ue, ni même de l'Ame romaine. Si Aristophane [)ouvait lorgner nos gymnases du haut de ses nuées, il y trouverait une fameuse étoffe pour une nouvelle édition de ses sarcasmes!

£n 1898, le journal autrichien Die Waage organisa une enquête sur les résultats obtenus dans les gymnases littéraires et scientifiques et sur l'opportunité d'une réforme. Le résultat de cette enquête semble avoir été plutôt oratoire que réel. A son tour, un orateur demanda (jue les élèves sans talent fussentéliminés des gymnases. A ecda une dame réjiundil ({u'<'lle trouvait la (juestion fort difficile et qu'il était très nécessaire de l'approfondir ; elle demanda à lorateur comment il se représentait la mise en pratique de la chose. Alors, du haut de sa dignité, un professeur lui déclara que sa crainte n'était nullement justifiée et qu'il était certes bien simple de distinguer si un niriinl avait du talent (Ml n'en avait pas ! Ce professeur croit-il vraiment (pi il soil facile à un maître d'écolo dejouer.au prophète et de calculer la valeur mentale de ses élèves pour tout leur avenir ? Quel sera le juge impeccable

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qu*oii chargera 'de choisir les cerveaux les plus capables à

Taide de noire système scolaire acluel, où le succès ne dépend guère que dr la iiuMiioire et de la faculté d'assimilation, c'e.sl- -dire de facullés mentales tort inférieures, taudis qu'on tient encore si peu compte de la faculté de jug^ement, des talents supérieurs, et pour ainsi dire aucun compte de Timagination créatrice du génie ? Il serait fort à craindre que ridiot dont je parlais il y a un instant ne fût laissé au gymnase, alors qu'on en expuisrrait des crénies qui ne se seraient jias révélés au crAne du (x-da^ogue. Je ne connais pas les gymnases d'Autriche, mais je ne peuse pas que le système du baccaiau» réat y diiTère beaucoup de celui des autres pays d'Ëurope.

Quelques exemples historiques nous montreront à quel point Técole traditionnelle jugea mal des valeurs humaines. Dans son Self-Help, dont je ne puis assez recommander la lecture, S. Smiles nous montre le peintre Pietro di Cortona, surnommé « Téte d ûue » dans son enfance, et Tomaso Guidi « Thomas le lourdaud Newton fut « un des derniers élèves de sa classe ». Swift échoua dans ses examens à l'Université de Dublin. Sheridan était à Técole « un paresseux incorrigible ». Le professeur Dalzell, de FUniversité d'Edimbourg, disait de Walter Scott : « Sot il est et sot il restera. » Chatterton fut renvoyé à sa mère comme a un imbécile dont on ne ferait jamais rien ». Le poète Burns ne brillait dans son enfance que comme athlète, de môme que Stephenson, Tinventeur des machines à vapeur. Napoléon et Wellington furent « d^assez tristes écoliers ». Ulysse Grant reçut comme enfant le sobriquet de « useless Grant » (l'incapable Grant). James Watt fut un mauvais élève, etc. Ces faits s'expliquent bien moins, comme le ci'oit Smiles, par un développement tardif, que par le dégoût que nos écoles inspirent aux esprits quirélléchissent, qui combinent, et dont Tattention se refuse péremptoirement à se fixer sur un entassement aride de choses iadigestes à apprendre par cœur, choses souvent incomprises ou appelant la contradiction.

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Nos exigences sonl-elles des fantaisies utopistes dldéaliste, comme on Ta souvent dit de Rousseau ou de Pestalozzi, ou la chose peiit-cîlh* cHrc réalisée? Eh bien ! nous pouvons dire avec salisfaclion que la chose est déjà réalisée.

La première école moderne, fondée selon les principes d*iine pédagogie rationnelle^ est Tœuvre du docteur Reddie, à Âbbotsholme, en Angleterre. Un Allemand, docteur en théologie et en philologie, et enthousiaste de Téducation de Tenfancc, le docteur Hernianu Lielz, de Riigen, un vrai « selfmade man », (jui à coté de ses éludes avait fait valoir I cxpioitation agricole de ses parents pendant ses vacances, vint enseigner à Abbotsholme comme mattre d allemand. 11 réforma en Taméliorant renseignement de diverses branches, et fonda en avril 1898, à Ilsenburg, dans le Hartz, un Abbotsholme selon son idée. Membre de la lit^ue antî-alcôolique de P>erlin, il avait appiis ji connaître par lui-même les avantages de l'abstinence de toute boisson alcooli(pje et en fit Tun des principes de son école, qu'il nomma <i Dcutsches Lan- . derziehungsheim >», c'est-à-dire « home allemand d'éducation à la campagne ». Maîtres et élèves s'y considèrent comme citoyens de FÉcole-État. Par là Lietz voulut consacrer d'emblée l'idée du travail commun entre maîtres et élèves et supprimer toute paroi entre celui cpii enseigne et celui (|ui apprend. Les principes pratiques les plus importants du home sont les suivants : vie réglée et occupée du lever au coucher; travaux et exercices corporels combinés aux travaux intellectuels, moraux et esthétiques. Liberté et responsabilité des élèves, qui travaillent eux-mêmes à toute l'organisation et à toute la discipline de Técole. Étude libre, entraînée par l'énndatio!!. Vovayes fréquents, toujours combinés à une instruction intéressante. Point d'examens. Nourriture saine, abondante, et temps de repos suffisant. Endurcissement progressif au froid, au mauvais temps et aux efforts, • par un entraînement systématique au moyen des travaux corporels les plus divers, mais poursuivant tous un but utile.

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Travaux artistiques journaliers, tels cjue modelage, dessin d'après nature, chant, musique, étude d'œuvres d'art, etc. Développement du sentiment général éthique, religieux et patriotique à toute occasion capable d'émouvoir Tâme, à propos d'anniversaires historiques et aux jours commémora* tifs des découvertes de la science. I.c tout est fèlc à l'aide de l'art et de la poésie, soit dans les bois, soit sous le ciel libre. Suppression de tout moyen coercitif extérieur, de tous les châtiments et de toutes les récompenses qui ne découlent pas d'eux-mêmes, c'est-à-dire de la nature de la faute commise ou du travail exécuté.

L'enseignement scientifique correspond aux lois psychologi(iues de la péda£,^ogie, et clierclie à éveiller l'attention cl l'intérêt de l'élève par les le<;ons de choses et par l'activité pratique. On lui enseigne à observer, à penser, à juger et à comparer d'une façon exacte et logique. L'enseignement des langues se fait par la conversation, l'exercice, la lecture, les * compositions libres et le chant dans la langue à apprendre. Tout ce qui ennuie et dégoûte, avant tout les dictées, les tlu'ines, les pensums et tout ce qui y resseud>le, est absolument banni de l'enseignement. Le maître enseigne, si possible, dans sa langue maternelle. On lit les auteurs de génie et l'on puise chez eux tout ce qui pousse aux actions désintéressées et tout ce qui évoque les idées nobles. A l'aide de dialogues entre maîtres et élèves, ces derniers apprennent h parler et à discuter. En composant librement sur les sujets mis en discussion, ils apprennent à s'exj)rimer par écvi\. Partout les parois du borne sont ornées d'objets d'art. Une collection très complète de Frœbel sert aux le(;on$ de choses, à coté de la nature (animaux, plantes, etc.), des fabriques, des ateliers, des voyages et des promenades.

Le bul de l'école est, d'après Lielz : « d'élever les élèves de façon à en faire des hommes «je caractère harmonique et indépendant, sains et forts de corps et d'esprit, habiles de leurs mains^ pratiques dans leurs idées, capables au point de

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vue littéraire, scientifique et artistique, en état de penser

chiirciiietil el !()i,^i(|ii('inont, rhauds (lans leurs scnliinenU, forts, (:oura*4eu\ cl persévérants dans Icui- volonté. »

Au I)ont (le deux uus et demi, Ilsenburg était trop petit, et Lietz fondait, pour les classes moyebnes, un second Lan. derziehungsheim dans le grand domaine seigneurial de Haubinda, près de Streufdorf en Thuringe. Il s*y rendit lui-môme, laissant la direction d'IIsciibiirg à l'un de ses meilleurs collaborateurs. l)ès lors, le> citoyens élèves do deux écoles oiil fait de nombreux voyai^es avec leurs cainaradcs-uiaUrcs, en grande partie à bicyclette, couchant sous la lente OU en plein air, visitant les villes, les villages et les fabriques, et utilisant tout pour s'instruire. C'est ainsi qu'une visite fut faite à Abbotsholme eu Angleterre, une autre à l'Exposition universelle de Paris, une troisième en Sui,sse, une même aux Kt^nts- L ni> d'Amérique, etc. Liel/. oi'ganisa d'alioi <1 I ou tes les classes correspondant à celles de i ccuic industrielle et du gymnase supérieur scientilique pour les élèves de i3 à 17 ans (10 à i3 à Ilsenburg). Les élèves de Haubinda réussirent bien leurs examens publics de volontariat d'un an, et plus tard leurs examens de baccalauréat (appelé en allemand maturité). Kn lç)()'.>, llaubinda comptait déjà plus de 100 élèves et 1'', à i5 nuutres. Des lors, le docteur Lietz a fondé au cliAleau de Bibcrstein, près de Kulda, une troisième école tout à fait supérieure pour les dernières classes du gymnase (17 à 19 ans), mais basée sur le môme système.

Revenons à Haubinda. Les élèves participent à tous les travaux. A Haubinda, ils ont fait les travaux de terrassement el creusé un bassin pour la natation; cluicun cultive le j;irdiu (pi'oii lui îdhibue, aide au\ li'a\aux at^ricoles, travadlc à la menuiserie, à la serrurerie, etc. Ce sont eux qui écrivent une partie des rapports scolaires imprimés el des descriptions de voyages qui s'y trouvent. Lorsque j'arrivai à Haubinda pour y faire ma visite, je trouvai, moissonnant dans un champ, le docteur Lietz et ses élèves, habil-

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lés uniquement d'uu chapeau de paille, de caleçons de bain et de sandales. On jouait le soir au foot-ball dans le même costume. Tout élève apprend un métier, et les produits de son jardin sont à lui. La nourriture est excellente et abondante, et le temps admirablement distribué dans cet État- École, aux mdMirs à la fois palrinrcales et fraternelles.

Les le(;ons durent quarante-cinq minutes et sont séparées les unes des autres par quinze minutes d'intervalle. Pendant la leçon règne une émulation réjouissante entre le maître et les élèves. Personne n^ayant rarrière-pensée des devoirs domestiques, des pensums, des notes et des examens, chacun travaille avec plaisir et intérêt, l'esprit tendu, et cherchant par émulation à faire et à comprendre tout ce qu'il peut. Bien ne l'y oblige cependant, car la contrainte n'existe pas à Haubinda. De 6 ù 1 1 heures du matin, les leçons proprement dites se donnent dans chaque classe. De 2 à 4 heures, on s*occupe de travaux manuels. De4 à 5 heures et demie, les élèves font, sous la surveillance d'un élève plus âgé ou préfet, leurs devoirs, pour lesquels il leur est permis de s'entr'aider. S'ils n'ont pas pu finir pendant ce temps les tAches (ju'on leur a données, il ne s'ensuit pour eux ni punition ni 1)1 A me, et ils ne sont nullement tenus de les parachever plus tard. Mais personne ne veut rester en arrière, et les plus intelligents aident aux moins doués. Tel est Tesprit que le docteur Lietz répand parmi les élèves de son home. Quiconque essaye d*y introduire l'esprit d'égoïsmc, de moquerie, de mauvais tours ou de fausseté cl d'intrigue, se voue par là lui-même au mépris général, et il se trouve mis à l'écart au lieu de réussir à devenir meneur. Un garçon de seize ans, élève de Haubinda, disait à M. Perrière, de Genève : « Ici, Ton n*a pas de mauvaises pensées ; on pense à d'autres choses. Et puis, le soir, on est trop fatigué et l'on est content de pouvoir se mettre au lit et de dormir. » Celle fatigue est une saine fatigue, et l'aspect intellectuel et corporel des élèves est resplendissant de santé.

Il est amusant d'observer les élèves dans les intervalles

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des leçons ou dans leurs heures libres, ainsi de onze heures à midi. On ne voit là ni ennui monotone, ni rassemblements

l»riiyaiil> dans le bul df faire des ii'ainiiieri<'s. L'un st? I)ait^ne, Taulrc lit couclié sur l'herbe; un Iroisième se promène avec un camarade el discute avec lui ; un autre fait une tournée a bicyclette ; un autre encore questionne un mattre sur tel ou tel sujet. D'autres groupes travaillent dans leurs jardins ou aux ateliers. L'indépendance mentale et la liberté d*alluros, joinlcs au r^'^nicdc la raison, tout cela chez des enfants (Je douze à dix-sepl ans, me tiL une impression profonde el bienfaisante que je n'oublierai jamais. Quant au docteur Lielz, il était ubiquiste, infatigable; tantôt occupé au nouveau bâtiment en construction, tantôt à ses leçons, tantôt aux travaux agricoles, ou encore au jeu de fool-ball, mettant la main à lout, l'ami, le père de famille el le camarade de ses élèves tout à la fois. Sans doute à Ilaubinda on n'avait guère le temps, à ce moment du moins, de s'exercer aux formules des salons ni au « bon ton formel » conventionnel. Les vraies qualités du cœur, l'honnêteté, la complaisance prévenante, les bonnes mœurs el les sentiments altruistes y étaient d'auplus 011 vogue. Le u culte » du soir était au^si intéressant que touchant. On y lisait des auteurs de génie, dont les paroles élevaient Fâme. Sous les grands chênes de la propriété venaient se rassembler les élèves et les maîtres. Le docteur Lietz y choisissait des paraboles saisissantes, appropriées a la situation, des passages clairs et émouvants pris soit dans les œuvres des sages de l'antifiuité, soit dans la l^ihle, soit dans d<'s œuvres modernes, telles que ie ÎU^nheur^ Hilty, etc. Le souffle idéal qui anime l'école est celui d'un individualisme sain, harmoniquement combiné à l'altruisme, ^ la solidarité sociale.

Le Landerziehungsheim suisse de Glarisegg, fond*'- f)ar MM. Zuberbiihler el Frei, tous deux élèves du doeleui" Lietz, 3u printemps de l'année 1902, comptait déjà t^o élèves un an plus tard. L'école me fournit le plaisir de sa visite chez

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moi pondant Ti'l»^ suivant, aprôs avoir traversé 1rs montagnes suisses t» bicyclelle. Chaque élève avait attaché à soD vélocipède un morceau de la tcnle qui servit d'hôtel pendant tout le voyage, et qu'on dressait le soir en plein air. Brûlés du soleil, joyeux et pleins de santé, ces enfants passèrent deux jours chez nous, slntéressanl à tous les objets scienlili(jues que je leur montrai.

La vie à Glarise^i^ est toute semblable à ccWv il llscnljurg et de Haubinda. Je ne veux pas me répéter.. Voici comiiicDl le temps y est employé.

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