QUE FAUT-IL AU BLESSÉ SUR LE CHAMP DE BATAILLE
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J'ai déjà beaucoup parlé des blessés. Nous avons obtenu quelques résultats, ils sont insuffisants, et je dois continuer. Mais que nul ne s y
trompe : j écris celte suite darticlcs avec les sentiments d'un collaborateur de lÈtat. Je ne suis animé par aucun goût de contradiction, et j agis avec un esprit de vérité.
Sauver les blessés, c est rempjir notre devoir de reconnaissance, c'est obéir à notre immense amitié pour nos défenseurs, c'est donner des armées à la France. Personne ne songe à être négligent envers ces glorieux martyrs de la patrie, mais tout de même il faut se dépêcher d'améliorer l'état des choses, autant que le permet, en pleine guerre, une organisation foncièrement défectueuse.
.le me suis fait en public le divulgateur modéré des manques du service. Avec plus de précision et dénergie, j ai transmis à qui de (h'oit, par la voie privée, des témoignages, des fragments d'enquête. Maintenant je voudrais soumettre à tous, après les critiques, les remèdes : quelques moyens pratiques de faire bien.
L idée générale qui doit présider aux changements ressort d'un grand principe actuellemcjit méconjiu, c est que la gravité des blessures est en raison inverse de la rapidilé des soins compétents. Vous entendez bien, il y a deux termes : la j\ipidiié et la compétence.
Dans quelques articles, très courts et les
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plus simples (car ce grand sujet qui n'éveille que la pieté patriotique doit être réservé à une argumentation toute sévère et quasi technique) je vais essayer de suivre le blessé du cliauqi de bataille à l'ambulance et de voir, à chaque étape, comment nous pourrions le servir.
Aujourd'hui, allons sur le champ de bataille. Qu'y pouvons-nous en faveur de nos soldats?
?sous pouvons qu'ils soient munis d'un pansement antiseptique et d'une ampoule d'iode.
Il s'agit de prévenir les infections. Petite dépense d'argent, immense économie de vie humaine.
Un haut chirurgien me dit : ce II faut que, par ordre du ministre, les officiers passent la revue de ces pansements et de cette ampoule, cju'ils en indiquent l'emploi. »
Ne faut-il pas, d'abord, qu'ils en réclament la distribution ? Chaque combattant a-t-il son ampoule d'iode? N'a-t-il pas sali, perdu, oublié ses pansements? N'en a-t-il pas déjà disposé? Quand je serai assuré par mes correspondants de ce que je crois bien savoir, dès maintenant, que nos combattants n'ont pas plus d'iode que de pansement individuel, nous demanderons à un maître de la chirurgie, civil ou militaire, nous demanderons à la Soclélé de médecine militaire la meilleure rc-
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cotte d'antiseptique immédiat, le plus simple moyen, et je me tournerai une fois de plus vers mes lecteurs et donateurs dune générosité inépuisable : ce Aoilà. leur dirai-je. une ouvre à créer et plus utile encore que celles du tjl)ac et du chocolat, le pansement du soldai. » Chacun ses bandes de pansement et son ampoule de teinture d'iode. Pour aujourd'hui, je n'en dirai pas plus. Cette seule idée, si elle est bonne, capable d'empêcher l'infection et la suppuration, va sauver la vie k des centaines de Français, qui sont nos meilleurs amis et nos chefs, l'élite morale et physique de la nation. Je soumets 1 idée aux approbateurs et aux contradicteurs, aux maîtres de la science et aux chefs de l'administration. Peut-être que certains de ces derniers redoutaient qu'il n'v eût dans des critiques trop vraies une pensée de polémique ou même, à notre insu, un ferment de division. \on, mille fois non, tout ce que nous sentirons avec vérité devra nécessairement, dans cette sainte période de la guerre, tourner à faire l'union. Xon pas 1 union des mots ; elle n'était cju'un premier stade, aujourd'hui dépassé : il s'agit d'en venir à l'union des actes. Ils se battent, nos frères ! Nous cherchons de quelle manière nous pouvons les aider, soutenir leurs corps
lassés, leur porter secours. Le service de santé, avec toute sa bonne volonté, n'a pas les prépai'alions suffisantes. Chacun brûle de 1 aider, non pas de le contrarier, de le surveiller et de le gêner. \ous voulons nous tenir près de lui, en arrière de lui, à la manière d'un assistant, et lui passer ce dont il avoue avoir besoin. Le service de saiité manque de petits pansements et d'ampoules, on peut lui en fournir. Pour faire face à son immense travail, il n'aura jamais trop de collaborateurs compétents ; on pourrait encore lui en proposer. C'est ceque nous verrons demain.
P. -S. — A propos de mon article : }\' abusai i s pas de la couleur kaki, M. le capitaine de Gourcy, des chasseurs à pied, trésorier-archiviste de la Saint-Cyrienne, m'écrit une belle lettre dont je me permets de placer quelques parties sous les yeux de mes lecteurs. Llle achève déclairer un des côtés de la ques- | tion :
u Le Journal Officiel, aujourd'hui, porte des nominations dans la cavalerie avec la mention tué à Veiuiemi. Les nominations dans l'artillerie, le génie, l'infanterie et l'artillerie coloniales porteront encore la mention décédé. C est humiliant pour des gens qui don-
nent leur vie a sans hésitation ni murmure », comme prescrivait l ancien rèi;lement.
« Quand on lit, dans le même numéro de YOJjick'L qu'un officier a été cité à l'ordre de Tarmée, avec le motif suivant : « S est mis, )) le 29 septembre, à la tète de ses troupes » pour prendre d'assaut un pont occupé par » l'ennemi, en disant : a 11 n'y a pas de )) Prussiens qui tiennent, il faut passer. » A été tué dans cet acte d'héroïsme », et que cet olïicier sera inscrit comme décédé sur ses états de service, c'est à renverser. — Cet officier, c est le commandant Héry , »
Je suis convaincu qu'il n'y a pas à insister en faveur d'une cause si juste, et que les bureaux voudront en finir avec ce fâcheux lapsus trop prolongé.