POUR COLETTE ET POUR EFIRMANN
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Il n y a licn dans lliisloirc tic l'Alsace, rien dans son passé, rien, j'imagine, dans son avenn% qui soit plus ^rand que le moment présent. Lazare sort du tombeau, appelé par la Noix de son ami. Écoutez le généralissime des armées irancaises. Il est sur la place publique de la j)etite ville de Tlumn, devant la mairie. Il dit au petit monde de vieillards, de femmes et déniants (|ui se pressent autour de lui : c( Notre retoui- est définitif; vous êtes i'^rançais pour toujours... » Et 1 un deux répond d'une voix tremblante d'anutié : Nous avons subi pendant près de cinquante ans toutes les tristesses, toutes les humiliations... Mais vous voilà, mon i-énéral... )>
\ ous avez tous lu ce dialogue, un des plus émouvants de l'histoire de France. Mais j'ai tant de plaisii" à le recopier! Et dimanche nous irons le redire aux morts de Champigny, aux morts de 1870, tandis (jue l'ombre de
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Déroiilède, une fois encore, niaicliera en Irlr de notre pieuse rnanifestalMm.
Un tel moment, pour I Alsace el la Lorraine, c'est le fruit de (juaranle-qualre années <le souiVrances, et le yerme de la plus belle vie. Mais qu'il est encore douloureux!
.le suis allé en Alsace au mois doctobre dernier, et un officier frcUiçais, me montrant sur le cloclier d'un village lliorloge, me disait : « Nous voyez, c'est 1 heure française. Nous V\ avions déjà mise deux fois, et deux fois les Allemands sont venus rétablir llieure de l'Europe centrale. Mais cette fois, elle V est pour toujours, c'est la bonne! » J en crois mon ofiicier et JofTre. ^yotre occupation est délinitiAe. Mais songe/ à ces piétinements successifs, songez à ce qu ils représentent d angoisses, de vengeances, de dénonciations.
Et de malentendus ! Beaucoup de Français refusent de comprendre que. mêlés aux indiiîènes, il v a en Alsace-l^orraine un nombre très considérable de gens venus doutrc-Bhin, depuis la guerre de 1870. et qui baissent la France. Souvent nos soldats, ayant éprouvé les effets de cette haine, s en ])rennent confusément à nos frères eux-inènics. a J'ai passé tout près de Sainte— Odile, m écrit un de nos ofliciers, et j'ai assisté le matin du 18 août au
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fameux lever de soleil déciit par René ijaziii. J'ai entendu sonner les cloches alsaciennes, mais c élail pom* nous trahir. G était le siiinal du massacre, auquel j'ai échappé ]Kir miracle. )> Ah! mon lieutenant, ces cloches esclaves étaient manœuvrées par des mains allemandes, et leurs voix mercenaires ne lançaient pas im appel alsacien. \oilà plus de cpuiranle années que l'Alsace a dû renoncer à parler.
L'Alsace se taisait, mais elle agissait. Nous avons fait tout notre possible pour montrer son action. Là-dessus, en conscience, nous n avons pas de repioches à nous faire. Nous avons hien regardé, bien conq^ris, bien admiré et décrit de notre mieux le jeune homme de làpas, notre frère, obligé de faire son temps au service de t Allemagne, et la jeune fdle qui repousse le lourdaud allemand. On ne voulait pas toujours nous croire, on trou\ait aussi (|ue nous insistions trop. Et pourtant, aujourd'hui encore. Paul Ehrmann (ou du moins ses camarades qui, moins heureux que lui, moins agiles, moins bien renseignés, ont dû rester dans les rangs allemands) est pris par beaucoup de Français pour un véritable ennemi. Quant à la pauvre Colette Baudoche (si ce n'est elle, du moins ses cousines), on la parque dans des camps de concentration, où
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nul \oi'K nul sailli Nicolas ne lui seront souhaités.
Les jeunes Alsaciennes et les jeunes Lorraines sont nombreuses à Paris, viA^anl d'emplois modestes, très souvent petites servantes. Lors de la déclaration de guerre, elles s'en allèrent, sur le vu des affiches, faire leur déclaration d'étrangères au boulevard Pereire.
Q)uelques-unes heureusement conseillées passèrent à la Société de protection îles Alsaciens- Lorrains ( 'i, rue de Provence) ou s'adressèrent à nous. On les lira d'ennui. Les autres. . .
Pauvres enfants, pouvaient-elles prévoir, ces fdles de Français annexés, si ilattées dans les gravures, dans les chansons, dans les cérémonies oii toujours on leur donnait le premier rang, et dans des discours de toutes sortes, que le jour où sonnerait enlin la Ivevanche, on ne les appellerait f[ue pour les déporter dans des camps de concentrai ion, où elles gisent encore à cette heure, après quatre mois, couchées sur la paille et dans une promiscuité dégoûtante.
Je suis retenu à Paiis. Je m'adresse au Gouvernement, je m'adresse à des femmes de cœur. iN 'est-il pas temps que, sans plus nous leurrer de promesses, on s'occupe de ces malheureuses? J'espère qu'on libérera celles dont
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les papiers sont en leglc et que Ion n obligera pas les autres à passer l'iiivcr sans feu, sur la paille, à peine couvertes. Elles sont parties de Paris avec des vêlements délé ; quelques-unes avec peu de linge, car elles se croyaient victimes d'une erreur momentanée, et comme on ne subvient que bien juste a leur nourriture, leurs cjuatre sous se dépensent à manger. A oici l'hiver. Pour son Noël. Colette a faim, Colette a froid, et c'est en France.
Ou on ne menvoyc pas d'argent pour ces pauvres fdles. Je ne saurais pas lemployer utilement. Mais je me tourne avec respect vers M™*" Ravmond Pomcaré, et je la prie de daigner examiner, dans sa parfaite bienveillance, ce quil serait possible de faire pour sauver nos compatriotes lorraijies et leurs amies, nos sœurs d'Alsace.
Déjà, il y a trois mois, j'ai pu intéresser le gouvernement au sort des .Vlsaciens-Lorrains enrôlés par leur mauvais destin dans les rangs allemands. En date du 120 août, dans ce journal même, j'ai adressé une lettre publique au ministre de la Guerre. Parmi les Allemands que nous faisons prisonniers, lui disais-je, il y a sous le casque à pointe, des Alsaciens et des Lorrains heureux de jeter à terre des
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armes quils maudisscnl. Il y a aussi des Polonais. \eiiillez faire reconnaître les uns el les autres et. du mieux que vous pourrez, lâchez de les favoriser. Il faudrait que nos aviateurs pussent semer les pays annexés et l'armée allemande de papiers disant : a Les soldats allemands originaires d'Alsace et de Lorraine, nés de souche française, sont reçus cordialement en France et placés dans des catégories spéciales où des faveurs leur sont assurées. »
En même temps que j'écrivais cette lettre publique au minisire, je lui proposais dans le privé les noms de deux patriotes, l'un Alsacien et 1 autre Lorrain, réfuiiiés en France depuis les premières opérations de la délivrance et qui, par leurs connaissances des dialectes el des patois, me paraissaient les plus aptes à celte inspection des prisonniers, à ce triage de la bonne et de la mauvaisegraine.
Le ministre accueillit ma proposition. Il chargea les deux patriotes que je lui indiquais de visiter officiellement les dépôts de prisonniers. Déjà des résultats appréciables ont été obtenus. On va mieux faire encore. On se préoccupe d'obtenir que la Russie et l'Angleterre renvoient en France tous les prisonniers alsaciens et lorrains qu'elles possèdent. On leur enlèvera leurs uniformes allemands qu'ils
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exècrent, pour les liabiller d'une manière qui les apparente aux soldats français. On leur donnera de meilleurs couchages qu'aux Allemands et la mcme nourriture qu'à nos soldats. On leur facilitera de se procurer du mu et du tabac. Enfin, on cherchera tous les moyens pour leur parler de la France et la leur faire aimer.
Cette dernière phrase résume toute notre préoccupation. La grande affaire c'est qu'au jour de la paix, quand les deux provinces seront complètement nettoyées, les prisonniers alsaciens et lorrains y puissent retourner, le cœur rempli de sentiments affectueux et reconnaissants. Ils faut qu'ils deviennent dans le Haut-Rhin, dans le Bas-Rhin et dans la Moselle les premiers agents de l'État français.
» ,1e suis la France, vous êtes l'Alsace; je vous apporte le baiser de la France », a dit Joffre à nos frères reconquis. Il a dit encore : a La France apporte avec les libertés qu'elle a toujours représentées le respect de vos libertés à vous. . .» De telles paroles nous engagent, nous obligent ; elles nous autorisent à suivre, envers Colette et envers Ehrmann, le mouvement de notre cœur.
P. -S. — J'ai la haute joie d'annoncer q
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Samain. dont il avait été dit que les Allemands 1 avaient mis à mort, — et nous-mème nous avions accueilli cette version, — est en vie, prisonniei' avec son livre dans la forteresse d î'^lirenbreitstein, auprès de Coblence, Le renseii;nemenl est sur, et les amis de ces nobles héros du patriotisme lorrain peuvent laccuoillir comme une ceitiiude.
(l'est \)nuv nous locrasion de mentionner qu'au moment où le faux bruit de l'assassinat de Samain désolait ses amis, nous avons reçu, en date du 'i août (le jour de l'union de tous les Français), le mot <]ue voici :
Monsieur le président et éniinent collègue.
^ euillez recevoir mon adliésion à la Ligue des patriotes et accueillir ma souscription au monument Samain.
Pierre Goujon.
député de l'Ain, sous-lieutenant de réserve au 229'' régiment d'infanterie,
Le lieulenant Pierre Goujon est mort au clianqD d honneur. Les frères Samain et le président de la Ligue apporteront icur obole de patriotes au monument du vaillant officier glorieusement tombé sur la route de Metz.
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