UN EMBUSQUÉ
!\ Décemlii'c ii)i '\.
Est-il encore îles pays de solitude et de silence, des collines plantées de chênes verts et que caresse le soleil ? Une lettre m'apporte le parfum de la Corse. Je m'en passerais : on n est pas d humeur ù respirer les genêts d'Espagne et les chèvrefeuilles. Mais elle m'a fait sourire, et peut-être qu'un peu de gaieté plairait aux lecteurs, si moins vaillants, moins courageux que leurs lils, ils se laissent parfois glisser aux idées somhres.
Jai donc reçu, hier, une lettre du pays de Colomha, une lettre datée du maquis. C'est un In'igand qui me 1 écrit. Je lui donne le litre qu il prend, mais je décline 1' « Excellence y> (pi il me donne :
Excellence,
(7osf iHi Ijandit de Fiumorbo cjui garde le maquis depuis sept ans qui vient respectueusement vous demander un service.
LES SAINTS DE LV FRANCE iSf)
Ainsi porlc-t-il, et tout de suite, voici sa confession :
J'ai été condamné par contumace une première fois à douze ans de prison, une deuxième l'ois à perpétuité, et luie troisième fois à la peine capitale.
Qu'avez-vous donc fait, mon ami?
La première fois, c'était pour le rapt d'une jeune fille : la deuxième, pour avoir tir('' sur des gendarmes, et la troisième pour avoir tué trois hommes.
C'est un liandit, ce n'est pas un voleur : il n'a pas volé son litre, ni la place qu'il tient au macpiis.
Certes, me dit-il, je ne mérite pas de retenir une seule minute voire attention.
En effet, à cette heure, dans le genre criminel, nous avons mieux en France, nous avons les Prussiens.
S il est vrai que j'ai pu commettre en partie ce mal dont on m'accuse, je lai fait inconsciemment. J'étais lorcé par un terrible bandit, 111s de bandit... jMais, helas 1 comment le prouver quand on est jKUivre ;'
La réflexion ne manque pas de philosophie. On connaît le train de ce monde, dans le maquis ! Mais écoutez la lin (jui va mieux encore.
J'avoue que j'ai eu le tort d'accompagner ce bandit, mais je n'étais alors qu'un enfant sans réflexion, avant toujours habité la campagne.
Ce dernier Irait est énorme. Il m'incline à acquitter ce bandit. D'ailleurs, vous allez voir qu'il y a chez lui du gendarme.
Peu de mois après les crimes, j'aperçus I abîme où je courais; mais il élail trop taid. Cv Ijaiidit. auteur de ma perle, conliuuait à m entraîner sur la mauvaise pente. Alors, vovant (piil ui était impossible d'arracher ce monstre ù ses instincts de meurtre et de vendetta, je l'ai détruit, et je peux me vanter d'avoir par là sau\é bien des vies.
,.. 13epuis, jai vécu et je vis en me cachant de tout le mond(> et en ne dérauiieanl personne.
Mais je lis quelques journaux. Vos articles, ainsi que ceux de M. de Mun, reproduits par les journaux de l'île, m'ont ému bien des fois et m'ont l'ail comprendre soudain qu une façon pour moi de réparer en partie le mal que j'avais fait, c'était d'alhn- verser mon sani,' pour la patrie.
En conséquence, mon brigand de lecteur a adressé une demande de grâce au ministre de la Guerre, c[ui avait d'autres soucis ; au gouAerneur de la Corse, qvii nexiste pas, et au président de la (chambre des députés, qui n'a pas répondu (négligence qui m'étonne cliez celui qui devrait être le modèle de ses collègues). Alors, il s'est tourné vers le Président de la République, dont il a reçu avis que sa supplique était transmise au ministre de la Justice. Et pour finir, c'est à celui-ci que mon correspondant veut que je m adresse.
LES SAIMS DE E\ FRANCE 1 f) I
Il me prie que j aille trouver M. Briand. « Dites-lui :
Qu on m envoie dirccteiiK'nl an feu. je snis assez oxercp à cola... Et si cotte trràce m'est accordée, le l)rntal et harbare Prnssien qni souille de son pied impur 1(^ sol sacré do la patrie trouvera on moi bon pied, bon o'il el bon J'nsil.
A oilkqui est ferme et fait plaisir à entendre, bien que se prolongeant dans une note un peu mélancolique, à la manière d'une chaude journée sur le maquis :
Si les balles prussiennes m'éparunenl, je le roirretlerai. é'Iant à mon ÙLie, encore jeune, déuoù'.é de la vie, toute laite poui- moi de tléboiros et de désillusions.
Ainsi m'écrit le l)andit de la Corse, et je ne souris un peu qu autant (|ue j admets qu'il se moque légèrement. Mais s il est sincère, si c'est vrai que, a mallieureuv et trompé dans sa jeunesse ». il a désire trouver sa tranquillité d'àme ». je le recommande bien volontiers
a lindulecncc de la .lustice et à son ministre.
La gueirc améliore, et certainement voilà un individu qui ne sera jamais en meilleur état moral pour clore le petit poème un pou sauvage de sa vie. Je me sens un faible à Icn-. droit de ce bandit qui me semble homme d'esprit et me rappelle le personnage du curé dans la nouvelle célèbre de Mérimée. Allons !
Ij)-^ LES SAINTS DE LA FRANCE
mes camanulos. (jiii veut faire une pelile place dans Ja Iranchée au bandil du Fiumorl)o ? I^uisqu'il est prêt à mourir en combattant, ce serait dommage de le laisser vivre en embusqué.
P. -S. — L'institutrice du Mont-SaintiMIclicl me fait parvenir, de la part de ses élèves, des jeux de cartes « pour c|ue nos braves soldats puissent faire une partie de manille au fond de leurs tranchées ». Elle joint k son envoi une lettre écrite avec beaucoup d'application par une petite llUe qui serait a bien contente si on pouvait la remettre au petit soldat avec son jeu de cartes ».
3o ^lovembre.
ÎMon cher Soldat,
Je vous envoie un jeu de cartes pour vous amuser dans les tranchées.
Je vous écris à l'école où nous pensons souvent à Aous. iS'otrc maîtresse nous dit combien vous êtes braves et nous vous aimons bien, allez !
looo baisers d'une petite Française qui n"a pas encore sept ans.
École du Mont-Saint-Michel (Manche).
Je ne puis pas, sur la demi-douzaine cjue j'ai reçue, transmettre un jeu de cartes à
rliacun des soldats de France, mais cette letlro délicieuse de la petite fdie de sept ans, elle est pour chacun d'eux.
UN BON OUVRIEIl DE LA VIE
5 Décembre 1914.
Demain dimanche, à Cliampigny, nous irons, selon Ja pieuse habitude des Patriotes, saluer les morts de 1870, les morts malheureux, et, cette fois, leur annoncer le bonheur des armées de la France.
Rendez- vous à une heure et demie, place de la mairie, pour le cortège, oi^i tous les ligueurs verront en esprit Paul Déroulède marchant et nous guidant derrière le drapeau.
L'an dernier, à celte date, le chef bien aimé de la Ligue était déjà mourant. Il allait expirer six semaines après. Et vous vous rappelez comment, de sa voix affaiblie, toujours cliaude, il nous déclara qu'il irait à CJiampigny et cpi'il y prendrait la parole. Nous en fûmes tous révoltés, car A nous
ig/l l'ES SAIN'IS DE LA KUANCR
scml)lail (|uo nolro cliol" ol ami se tiiail. Mais lui. (lu fond (le sa maladie, écarlail éiiergiquement nos objurgalions.
Un vér]tal)le homme, celui (jiie mène une vocation el (|iii a reçu une mission, ne se trompe jamais sur lessentiel de son devoir. Il est averti par son génie, comme un animal par son instinct. En toutes choses et dons toutes circonstances, Dcroulède voyait oi^i était son rôle propre, et. avec une volonté courtoise ou dure, selon les circonstances, il l'imposait. Il l'imposait aux autres et à soimême. 11 avait décidé (ju'il serait à Champigny, et quand j'eus bien insisté, avec tous ses amis, pour qu'il n'en Ht rien, il décida en outre que j y pi'endrais la parole.
Au début de la semaine, le médecin me dit :
— Il n'y a rien à faire pour lenipécher ; mais, hélas! voilà où j'en suis : je crains cjue dimanche il n'existe plus.
Les jours, cependant, s'écoulèrent sans catastrophe, et le jour venu de la cérémonie. le dimanche, vers une heure de l'après-midi, je passai boulevard Malesherbes. Déroulède reposait encore. Dans la salle à manger, le docteur Magnin, Gauthier de Clagny, avec deux charmantes jeunes hlles, deux, trois
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ami^ attendaient, et Pallez se félicitait de la bonne ort^ajiisation qu il avait dirigée :
— Xoiis avons choisi une voiture merveilleuse. Il pourra s'étendre, vérital)lement se coucher. Les ressorts sont excellents. Il y a un allumape électrif[ue très fort, pour qu on puisse le voir s'il faisait du brouillard, du mauvais temps, de la pluie. Ce sont des voitures qu on loue aux richissimes Américains qui viennent visiter la France.
IHiis il l'evenait sur la lumière :
— Du dehors, on verra très bien Déroulède.
Nous ne lui répondions guère. Evidemment, le co'ur serré, chacun désapprouAc cette folle sortie.
Alademoiselle Jeanne circule au milieu de nous, allant d'une chambre à lautre, visiblement angoissée, un peu grondeuse. Déroulède, de la nuit. n"a pas dormi deux heures ; elle encore moins, mais elle ne le dit pas. Par instant, le docteur Magnin pense à haute voix :
— Le froid! Je ne crains pas le froid. Il est bien velu. Mais il ne faut pas qu'on l'acclame, qu'on se pousse contre lui, qu'on l'émeuve ! Je crains un mouvement de son cœur (pii peut le tuer.
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Et tous, nous nous taisons dans cette pièce sombre, ou bien nos voix se font plus basses pour échanger nos pensées d'anxiété. Quelt[u un vient de nous dire qu'à la minute, en s habillant, il s'est trouvé mal.
Mais non, le voici, soutenu par deux amis, immense dans sa longue pelisse, et coillé d'un bonnet de fourrure. Il s arrête pour nous serrer la main, et dit à peine deux mots : évidemmcnl . il veut concentrer toutes ses forces . Deux mots seulement aux charmantes jeunes filles. Quel tableau magnifique, cette tête ravagée, héroïsée par la volonté, en face de ces lleurs éclatantes, encore incertaines, tout enfance et jeunesse, et que les larmes envahissent !
Pourquoi diable refusc-t-il que la voiture vienne le prendre sous le porche, au pied de l'ascenseurP Parce quil veut, sur ses béquilles, tout seul, en serrant les mâchoires, traverser le trottoir, bien aflirmer aux yeux de tous son effort exemplaire.
Ah! Pallez. si vous vous figurez quil va s'étendre sur la couchette des Américains millionnaires! Dès maintenant, il est dans la cérémonie, il s agit de faire belle fi":ure, et au docteur qui multiplie les recommandations il en adresse une seule :
LES SAINTS DE LA FRANCE IQy
— Si j ai une syncope, pas de gilet déboulonné, pas (le traction de la langue, rien de ridicule : laissez-moi partir.
11 \ a des personnes pour blâmer ce soin de la tenue. Elles ne comprennent pas. Cette lumière dans celle voiture, ce défilé sur le trottoir, ces indications au médecin sur la mise en scène de la mort, les gênent. Elle^ disent : « Quel souci de l'attitude! w Eh bien! ce noble souci, je le marque et je Souligne pour qu on n aille pas par derrière en iaire des commentaires. C est ainsi qu était Déroulède et cest ainsi qu'il était beau. Trouvez, si vous voulez, une expression plus nuancée et cjui ne donne prise à aucune critique; mais, sans cette idée de laltitude à garder, on marcberait à quatre pattes. C'est cette idée qui nous tient debout. Oui, Déroulède soignait son attitude. Il voyait un intérêt d'ordre général à ce que sa figure ne fût pas amoindrie, (c \on pour moi, Seigneur, non pour moi, mais pour ta gloire. » C est le mot de tous les bons ouvriers de la vie.
Déroulède a construit sa vie comme un poème. Pour finir, il n entendait pas y mettre des fautes de prosodie, mais y faire éclater de suprêmes beautés. Celui qui assume le rôle de dire de grandes choses est tenu d'en
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l'aire de grandes. })e ses empêchements, il entendait tirer une yloire nouvelle. Ainsi Michel Ange ne produit jamais nneux son génie que dans les caissons de la Chapelle Sixtine qui le gênent. Sa devise « Quand même » allait prendre toute sa foi'ce. Et s il navait plus de corps, eh bien! on verrait d'autant mieux son àme.
Ainsi Dcroulvdc sonsreait en roulant vers
Champigny. Sans une plainte, au milieu de mille caliots, respiranl dos ballons doxygène et supportant des piqûres. Et moi, je trouve superbe cette volonté supi'ème dun moi'ihond. à la fois le plus vrai des hommes et naturellement théâtral.
Sur le plateau, sous un grand ciel de brume, il y aAait quand nous arrivâmes des milliers de personnes, et du haut monument où j'attendais l'instant de parler, je sentais, je subissais Fimmense paysage plutôt que je ne le A'oyais distinctement, car tout mon être était accaparé par la voiture de Déroulède qui évoluait dilliciiement au milieu de la foule. De temps à autre, je l'apercevais, livide et répondant de la tête et du bras qu il soulevait à peine , aux acclamations des ligueurs. ,
Enfin, des milliers de « chut » demande-
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rent le silence. Et Marcel Habert. deijoul sur le siège d une voiture, au pied du niojiumenl, commença de parler. Il annonçait le spectacle et le sens du spectacle, ('omme un régisseur, il disait : « Déroulède est mourant, mais il a voulu quand même cire présent. )>
Cétiiit terrible de orandeur et de folie. Galli, Tournade, Maurice Spronck, Le Menuet, et qui encore? tous les divers dignitaires de ces cérémonies, nous étions sur la terrasse du monumejit même, qui surplombe la route, comme à un balcon d'iionneur, et nous regardions le spectacle avec un mélange de tristesse et dépouvante.
Habert ayant terminé, on fil avancer une automobile fermée, Après beaucoup d'elTorts, quand elle eut réussi à se frayer un passage jusqu'en face du monument, et la capote ayant été baissée dun coup, soudain Déroulède apparut. Sa sœur, son médecin, Habert le soulevaient sous les bras. Il s'efforçait de se mettre debout. Enlin. il y parvint appuyé sur ses deux béquilles.
Le voilà, en pelisse, en bonnet de fourrure, une grande barbe blancbe, un visage blanc et plissé de bouffissure, et pourtant parfaitement noble, attrayant, très beau,
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raNomianl de boiilc', do uéiiérosité, de vaillance. L ne figure de innn'hond. soit, ruais si vaillante qu on vénère en lui tous les vieux Français que Ihisldiie nous enseigne daimer et qui sont des morts immortels.
11 est voûté, il est tremblant. Mais comme on voit que Tàme et le corps fonl deux ! Jamais je Ji ai si bien vu cette àme droite et ferme c|ue dans la ruine quaujourd bui elle babite.
Que dit-il? Jentends ses paroles battues par le ^cnl :
a J ai fait FelTort de quitter mon lit de soulTrances.. . .lai violenté ma faiblesse... J ai forcé ma santé à obéir à ma volonté... C'est pour saluer toute notre jeunesse, cjui a si ardemment accepté la loi de trois ans... O mes jeunes frères d'armes ! le vieux crieur de guerre accomplira sa tàclie jusqu au bout... Dieu consente. Dieu veuille. Dieu fasse que rien n'arrête l'aiguille qui semble en marcbe vers l'œuvre décisive, vers la sainte victoire... »
A cliaque mot qu il prononce, je sens qu'il doute de pouvoir prononcer le suivant. Ses mains sont dans les mains de son médecin, de sa sœur, de Marcel Habert, et celui-ci plus tard me dira : « Je sentais de minute en
minute son pouls s en aller; je sentais c|u il voulait aller jusqu'à l'évanouissement. »
Et moi, voulez-vous que je vous dise toute ma pensée? 11 rêvait de mourir là, près des soldats morts pour la patrie, en pioriliant 1" Alsace-Lorraine.
Et dans la foule, beaucoup, les yeux pleins de larmes, lui criaient : « Merci ! »
Tout était fini. Je navais plus cjuà dire quelques mots, et pendant que je les prononçais, je voyais Déroulède c|ui, dans sa voiture refermée, pour mieux m'apercevoir, sétait assis sur le strapontin et, lui, le malade se penchait, mapprouvait avec un admirable rei:ard d'amitié, faisant, sans y parvenir, le geste de m'applaudir.
J avais été opposé à cette journée de Champigny, je la redoutais pour Déroulède et j'v voyais, je m'en accuse, quelque chose de théâtral et de vide. Mais lémotion de la foule et puis, le lendemain, la lecture des journaux, ([ui tous avaient à peu près compris la portée morale et la valeur exemplaire de cette sage folie, me convainquirent que j'axais tort.
Le lendemain, je vins prendre des nouvelles de Déroulède. Ses amis familiers, je voudrais dire ses écuyers, étaient réunis dans le salon (sur lequel s'ouvrait sa chambre). Ils lisaient
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les journaux et conimenlaiciil la journée. Toute la maison respirait lallégresse. Et lui, lorsque j'entrai dans sa chambre, il ne me permit pas de m informer de sa santé.
— Vous voyez! me dit-il avec une affection profondément émouvante. Bonne journée pour vous, pour r Alsace-Lorraine, pour le pays. A ous avez dit de bonnes paroles que la foule a bien comprises, bien accueillies et qui seront utiles en Alsace-Lorraine. Je fais souvent appel a vous, mais je ne vous ai jamais rien demandé que d utile au pays et à vousmême. Je ne vous demanderai jamais rien d autre.
Le généreux homme ! Il n'y avait pas moven d'obtenir qu'il parlât de lui-même.
— Oh ! dit-il, je savais bien que je le payerais. Mais il fallait le faire.
Et il reprit sa formule :
— Il faut toujours faire ce qu'on doit faire, dut-on y mourir.
Tel est l'ami que nous avions l'année dernière, et maintenant la France possède trois millions de soldats qui le valent et dont il fut l'annonciateur.
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