‹ L'âme française et la guerreChapitre 26 sur 42 · I.imdi, - Décembre igii · texte numérisé non relu

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,1e rentre de Chanipign\ trop lard pour que je puisse vous donner une image détaillée de la foide (|ui se pressait, là-bas, cet après-midi, sous la protection des morts de iSyo et autour du souvenir de Déioulède.

(Jette année, pour la première fois, il n'y avait cpi'uii seul cortège, et le maire de Cliampign\ a lu une lettre du député socialiste Al!)ert Thomas, toute à I "éloge de nos olFiciers et de nos soldats, l n seul cortège, un cœur unanime. Nous pensions aux ligueurs combattants. J'avais reçu un télégramme du lieutenant Alarcel llabert, qui se bat dans I Est, télégramme, bieii entendu, sans lieu d'origine : « Aiw virants et aiu' tnoiHs de Chanipigny-la-Ba/aille. Diun spiro spero. » Et un télégranmie du commandant Tour— nade : « La discipline inenjoint de garder le silence, mais elle ne peut in interdire de penser aux vaincus de 70, morts ou vivants. Je salue fraternellement les uns et les autres.

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refnpll d'espoir pour les rauirjnears cerUAns de 191U. » .1 clais ù niriiic de donner des nouvelles d un grand nomljre des présidents de nos eomités, qui se battent, de (îeorges iJuerocq et de Dominique (lan'or\, et de Désiré b'erry, tous trois faits olïicieis sur le champ de bataille: de \assias. dont la seconde bdessiirc^ nous a donné de graves inquiétudes, aujoind'hui heureusement écartées. On me dresse régulièrement un tableau de tout ce que nous pouvons savoir de nos ligueurs au feu, et ces nouvelles, qui sont toujours à leur lionneuj-, je pouvais, cet après-midi, les donner à leurs camarades et admirateurs.

Tout en répondant à ces curiosités, et puis en écoutant les discours excellents du maire de Champignv, du président du Conseil général Pierre Chérest, du présitlent du (Jonseil municipal Adrien Mithouard. et du sénateur Deloncle, je me disais et je disais à l'éminent avocat maître Chenu, (|ui nous avait fait la grande amitié de nous accompagner :

— Les Allemands, comme ils ignorent la France ! Oii donc se renseignent-ils? Oii prétendent-ils apprendre à nous connaîtra? Leurs pédants n'ont donc jamais discerné les longues traditions de noblesse, d'allégresse et de vaillance qui composent notre histoire? Poui-

épouvaiiler et désunir des gens comme ceux <[ui nous entourent, qu'ont-ils inventé d exceptionnel .' ils ont bombardé d'anti(jiics monuments sans défense, mais les âmes de ces monuments en sont de\cnues sensibles à Albert Thomas lui-même ! Ils ont assassiné des femmes et des enfants, mais le sang lépandu crie vengeance ! Non, leurs professeurs ne sont pas forts en psychologie historique. Quant à leurs espions il faut croire qu'ils n'ont jamais pu s'introduire dans les réuni(»ns de la Ligue.

Dans la foule, j ai distingué un tout jeune soldat, un enfant, blessé et décoré de la Médaille militaire. J'ai demandé qu'on le fît venir.

— Oui ètes-vous, mon jeune camarade?

— \n engagé volontaire de seize ans et demi et j'ai été blessé ii la bataille de la Marne.

Je l'ai prié de se placci- près de moi ; je l'ai présenté à la foule; aous pense/ si on a applaudi le jeune Mercadier, natif de Saint- Maur.

— El moi, je suis sa grand'mère, disait une excellente bonne dame.

Au leste, vous vous doutez bien qu'on a parlé brièvement. On avait le cœur serré par

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les deuils et par le bonheur du succès. \ oici les fjuekjues paroles, un mol d'ordre pluloL qu'un discours, (|ue j ai adressées ù celte Immense l'oule. toute énme et loule émouvante :

Mesdames, palriotes de tous les parlis, camarades liyueurs,

Aous venons, sous ce ciel dliiver, nous réjoui/' du renouveau de la France et annoncer aux morts de Jt>70 le bonheur des armées de lilL't.

0 uïorls, malJieureux et glorieux, après quarante-(juatre années, voici votre consolation et votre récompense : la victoire qui vous avait échappé est revenue.

Il faudra encore des efforts et des sacrifices, mais dès maintenant il n'y a pas un Francids qui voudrait échanger la situation de la France contre celle de V Allemagne. Nos adversaires ont perdu leur élan et bien diminué leur force d'offensive. Ils ne songent plus ii reprendre leur marche sur Paris, et, hier, dans le discours du chancelier de l'Empire, quelle est la pensée de fond? La ?'ésistance jusqu'à la mort. Comme ils ont déchanté depuis quatre inois .' Les voilà des assiégés. Ils résistent^ mais leurs réservoirs d'hommes sont de beaucoup moins abondants que ceux des alliés. Notre succès définitif peut

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être «juranli avec une sùrelé maihématujue.

Camar(uleH. tournons-nous vers nos défenseurs avec un sentiment de piété pour hi patrie, avec un profond respect pour les cliej's et les soldats, et saluons en silence les armées de la France.

Souveiie:—vous : il y a un an, ici n'ième, dans une scrne d'un pathétique iwmUialde, ces r/j'ands résultats avaient été appelés, ent?'evus cl en quelque sorte prophétisés. Je vous parle de Déroulèdc. ^ ous rappiclcz-vou s cette journée de SCS adieu. r (iu:r jiutriotes et son salut à la jeunesse .''' }ievoye:—vous ce vieillard à demi— étoujjé par le mal et, quand même, plein d'enthousiasme? Il était là, au pied de ce monument funéraire, soutenu par ses fidèles amis et jiàle comme la jnort. Mais <le quelle voix toujours enflammée il appelait le génie de la France, toutes les puissances d'honneur et de sacrifice qui sommeilhiient dans notre race! Ce jour-l(), ce fut son moment suprême, sa plus haute insjtiration, son testament de palriofe. Il s'offrit alors en exemple et quasi en victime pour parfaire ce qui avait été la tâche de toute sa rie : la j)réparid'on niorale à ht < pierre.

Les patriotes qui ont associé leurs efforts à ceux de Déroulèdc ont maintenant un devoir, c'est de travailler pour que l'on tire tout le

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ffuil (Irs sdci-ijîces san(//(infs consen/is jxir la nafion. Le chef <lr /'h/a/ (i /nu/ ni/ /a priisrr de /(( France (jikiik/ /'/ a <li/ hier : a i^onr (jue In paix soit Jo/igne e/ /lenrense, pour tjn\'//e ne soi/ pas iUnsoire e/ /rompeuse, il fan/ (pi elle soi/ (jamn/ie pnr In réparn/ion. iii/é(/rn/e des (/roi/s violés el prémunie con/re des at/en/n/s fa/urs. >)

Voilà le ntol dordre que je vous /rnnsme/s : répnr(dion du pnssé, r/nî'an/ie de ruvenir.

jSous n'avons jnnuiis accepté, j'en a//es/e les inor/s de Champigny, que le silence et toubli rèfjnen/ sur les tombes des soldats de 1870, el /tous nous sommes appliqués à leur doiuier toujours une voix. Nous permettrons encore moins que l'on étoujje la volonté des vainqueurs de 19là, qui se sont jetés à la mort pour briser le jouf/ allemand. Repoussons toute paix qui rendrait stériles nos deuils el notre sainj glorieux. La France se bat pour que l'Finpure soit terrassé et disloqué.

P.-S. — J'ai reçu une lettre des ouvriers du Crcust)t (établissements Schneider) que je crois devoir publier comme un bel acte, qui plaira aux lecteurs, et pour que les régiments intéressés soient avertis.

« Les ouvriers du Creusot ont décidé de pré-

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lever sur leurs salaires un poiirceutage destiné à aciieter des elTets chauds à ceux de leurs camarades coniballant sur le fntut. Les sommes ainsi recueillies permettent d'expédier environ deux cents paquets par mois, pour être distrilmés aux régiments recrutés dans la région, c'est-à-dire aux sf)'', 292'', oi)'\ 20C)'', i.')V. .")o4' et au O.'V' territorial, et. dans ces régiments, aux hommes qui ne seraient pas encore pourvus du nécessaire. »

Les chefs qui désirent faire profiler leurs soldats de celte générosité ouvrière peuvent s'adresser à M. Dufraigne, .'5, rue Etienne- Jodelle, à Paris.

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