‹ L'âme française et la guerreChapitre 28 sur 42 · SIMPLE RECETTE · texte numérisé non relu

SIMPLE RECETTE

lo DéccmJ)re 19 li

Vous allez dans les ambulances, n'est-ce pas ? Les blessés vous expliquent volontiers leurs blessures. Avez-vous pu tirer de leurs

histoires une vue générale et quelque conclusion pratique ? J'ai souvent essayé de savoir s'il n'y avait rien à faire pour assurer au combattant une protection matérielle contre certaines catégories de projectiles. Et voici qu'aujourd'hui, je suis ù même de soumettre à nos soldats quelques idées modestes, des recettes pour se prémunir de certaines blessures et pour abaisser ainsi le pourcentage des risques.

Je me rends bien compte que je vous apporte là une littérature très modeste, mais je crois que nous nous demandons sinqDlement, les uns aux autres, de tâcher d être utiles.

Vous rappelez-vous un article, Tireurs (ïojjiciers (le mot a fait fortune), que j ai publié ici en octobre. Il a été lu dans les dépôts aux officiers et sous-officiers partant au feu ; le Bulletin des Armées l'a reproduit, et l'on m'assure qu'il a rendu de réels services. Je puis en parler librement, car tout l'honneur en revient à celui qui m'a documenté et qui avait acheté par trois blessures, en Belgique, sur la Alarne et dans la Somme, l'expérience dont il a permis que je fisse profiter ses camarades. La gratitude de mes lecteurs et la mienne se tournent vers le lieute-

liant H... (i , fils d'un cuirassier de Reichshofien et lui-même un des beaux soldats de

Aujourd'hui, si mon article offre un intérêt pratique, remercions le commandant B...

(Mon Dieu ! quelle gêne de ne pouvoir pas appeler les gens par leur nom et quel air de mystère ! Nous Aoilù dans le sujet le plus simple et j'ai l'air de jouer des devinettes.)

A oici le problème que je me proposais : Le combattant peut-il se protéger efficacement contre certains des projectiles allemands?

Contre la balle d'infanterie, à pénétration très profonde, aucune cuirasse (sinon d'un poids extravagant) ne saurait donner de résultats pratiques.

Mais la balle ronde du shrapnell est de vitesse réduite et de pénétration moins forte. Elle ne traverse de part en part ni le sac de l'homme, ni même un double pli de capote. Contre elle, il semble qu'il y ail quelque chose à faire.

Actuellement, le fantassin tire étant couché. Sont donc vulnérables, vu la chute oblique de shrapnells, la tête, la nvique, les épaules. Tout

(i) Je prends sur moi de nommer aujourd'hui le lieutenant riassler, depuis promu capitaine et décoré de la Légion d'iionneur.

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le reste, vraiment, le sac et la capote le recouvrent d'une manière utile.

Si le képi est doublé intérieurement d'un disque métallique, dissimulé sous la coiiVe ou le couvre-képi, puis d'un cercle intérieur, de même nature, garnissant le pourtour sur toute sa hauteur ; si le couvre-nuque est fortifié, à l'intérieur, de lamelles verticales et parallèles, faciles à v fixer à recouvrement ; et si, enfin, les épaules de la capote sont garnies, sous le drap, de lamelles analogues, la vulnérabilité du fantassin couché sera, en ce qui concerne le shrapnell, singulièrement réduite.

^ ous avez vu qu'avant-hier, à l'Académie de médecine. M. Hartmann établissait que sur un groupe de deux cent soixante-huit blessés, il y a une moyenne de cent soixante -neuf blessures produites par l'artillerie, contre quatre-vint-dix-ncuf seulement produites par les balles. Parmi ces cent soixante-neuf blessures produites par l'artillerie, il en est qui sont dues aux obus, contre lescjuels nous ne proposons rien. Mais les shrapnells demeurent l'engin le plus fréquent. Dès lors pourquoi ne pas tenter cette légère modification, d'ailleurs invisible, à la tenue de notre infanterie?

Bien entendu, à pareille proposition, les si, les maisj, les car des bureaux, des Comités et

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des Commissions teclmiques ne maiiq aéraient pas de s'envoler du plus large vol ! Mais ce projet peut se réaliser sans aucune collaboration ni aide olficielles.

Quelques morceaux de zinc, voire de boîtes de conserve, et l'expérience sera faite. Que dis-je ! elle a déjà donné un résultat. J'en prends à témoin deux soldats retirant des coilïes de leurs képis deux simples couvercles de gamelle, et faisant voir que ces couvercles étaient rayés, non traversés, par les balles des slirapnells qui avaient ricoché dessus. Ils affirmaient sans hésitalion devoir leur salut à cette précaution, dont ils n'avaient pas voulu parler au régiment, de peur d'être punis pour détérioration de matériel appartenant à l'Etat.

Et le conmiandant B..., me dit:

— Je pensais depuis longtemps, depuis des expériences de tir d'artillerie auxquelles j'ai assisté, jadis, à Poitiers, à celte possibilité de diminuer, par des éléments de protection très légers, la vulnérabilité du fantassin sous le tir d'artillerie. Un équipement nouveau, un casque en acier, des épaulières à mailles métalliques vaudraient beaucoup mieux. Mais il n'en est pas question. Contentons-nous d'improviser simplement, pratiquement...

N'obtiendrait-on qu'une diminution de 5,

LES SAINTS ni: Î.A. FRANCE 'l'î"}

C, 7 o/o sur le nombre aclucl des blessés, je crois (]iie l'essai vaudrait d'être tenté. La réalisation matérielle de ces mesures est très simple et très rapide. Si l'on était disposé parmi les soldats, ça et là, k faire bon accueil à cette recelte, je ne cloute pas que, sans demander d argent à personne, nos œuvres pourraient dans les paquets individuels placer les éléments que j'indique et qu'il serait aisé d'étudier, de mcUre au point en causant aAcc les blessés dans les ambulances (').

P. -S. — Le juge de paix du canton de La Charité (Nièvre) m'écrit sur papier olliciel. avec en-tele du « Cabinet du juge », ce qui! pense de mon article sur la manière peu satisfaisante dont, çà et là, les allocations aux familles des mobilisés seraient réparties. Ce magistrat de la paix publique débute par : « Monsieur, votre article est une mauvaise action », et termine par; « .., et vous pouvez dire ce que vous voudrez )>.

(i) ^^ous avons oljtenu satisfacli(jii. Ce fut d'abord une calotte d'acier s'insérant sous le képi, analogue à ce que nous demandions. Elle assurait une certaine protection, mai> s'adaplait mal à la plupart des tètes. Dans un article quVùi verra plus loin (i"^'' janvier iQiS), nous avons fait connaître à l'Administration, qui nous en a demandé des détails, le nouveau casque protecleur allemand. De là est \enu le casque <ic tranchée actuel <le nos troupes.

r^aS LKS SAINTS DE L\ FRANGE

Telle est la force du vice que je profite (]e la permission pour ni enfoncer dans ma mauvaise action.

Une personne tout à fait digne de respect et qui a consacré sa vie (et la vie des siens) au culte de l'armée, me dil que dans le Cher, les communes, après avoir admis qu'une mère de famille est dans la gène, par suite du départ de son mari, décident arbitrairement, sans aucun scrupule, de lui allouer l'indemnité pour un, ou pour deux de ses enfants, tpiand elle en a trois ou quatre.

N'est-ce pas irrégulier ?

Ici la plainte est saisissable, vérifiable, tandis que trop souvent on se trouve en présence de protestations que les Commissions cantonales peuvent discuter et déclarer injustifiées.

Je suis bien loin de jeter la pierre aux Commissions cantonales. Leur tache est délicate. Mais il faut qu'elles soient des faiseuses de calme. Elles ont déjà tort, avant tout examen, celles qui se font haïr. 11 ne leur est pas permis d'avoir une mauvaise réputation. Qu'elles s'arrangent comme elles voudront, il faut qu'elles se fassent estimer. Arrière la basse politique des clans électoraux. Nous exigeons que les pères de famille à l'armée aient leur complète tranquillité quant à leur foyer.

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Ceci dit, jécoutc avec déférence ce que me répondent les commissions cantonales, et nous reprendrons paisiblement la question. Elle vaut la peine qu'on l'étudié en se faisant une âme de vrai juge

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