LA TERRE OÙ TOUS LES ENFANTS NAISSENT NOBLES
1 1 Décembre nji^.
La classe 191^ est arrivée maintenant sur le front. Denière elle, voici la classe 1910 qui part pour les dépots. Et déjà, 1916, la classe des enfants de dix-huit ans, s'apprête. Depuis un siècle, nous n'avions vu de recrues de ces âges. Et toutes, un élan magnifique les soulève. Elles sont l'étoile de notre destin, le signe du salut national. Le voilà, le bel astre que nous appelions, avec la certitude qu'il apparaîtrait sur le bord du ciel nocturne. De ses doigts de rose, la jeunesse, comme jadis chez les Hellènes, écarte les ténèbres et dit en souriant : « Tout nous est facile, joyeux, lumineux. » Ceux qui la regardent, cette jeunesse de France, y voient
23o LES SAIN'JS DE L.V FRANCE
reproduits, comme dans un miroir, les plus grands moments de notre passé. C'est une jeunesse héritière, en même temps que novatrice. Et nul, l'ayant rencontrée qui part à la bataille avec des cris de joie, ne peut mettre en doute l'immortalité de la race.
Les vétérans accueillent ces conscrits dans les casernes, au quartier et dans les tranchées, avec une amitié que vous savez par vos lettres de famille. Mais écoutez une histoire de plus. C'est un commandant qui raconte ;
« Au moment, m'écrit-il, où je visitais une de mes compagnies, dont la tranchée est sous bois, les gens d'en lace nous envoyèrent, un peu au hasard, une rafale fusante, réglée à 3.5oo mètres environ. Trois hommes furent blessés, peu profondément. L'un deux, un petit engagé volontaire de 17 ans, arrivé depuis huit jours, était atteint au pied. Ses camarades le soutenaient sous les bras, et je vis bien qu'il avait un peu envie de pleurer. On délaça son soulier : la balle roula contre terre ; on la lui montra. Et comme quelqu'un s'écriait : « Quel veinard! Ici depuis dimanche, » et déjà un atout », il commença à rire tout à fait. Puis, voyant les brancardiers accourir, il jeta les yeux autour de lui, se saisit de la pipe qui dépassait la poche d'un camarade,