‹ L'âme française et la guerreChapitre 3 sur 42 · ÉCHEC DE L'ATTAQUE SUR CALAIS · texte numérisé non relu

ÉCHEC DE L'ATTAQUE SUR CALAIS

Les Allemands entendent mener leurs attaques avec une prodigieuse énergie. Dès le début d'octobre, le kronprinz de Bavière a exhorté ses soldats « ù faire contre l'aile gauche française l'effort décisif et à trancher ainsi le sort de la grande bataille engagée depuis des semaines ». Ils voulaient enlever Duid,-erque, Calais, Boulogne, c'est la bataille de Calais, ou bien, ï opération s'attardcmt, se saisir d'Ypres, c'est la bataille d'\pres. Déborder et briser notice gauclie ou la couper en deux ; de toute manière menacer l' Angleterre dans le ravitaillement de son corps expéditionnaire, peut-être même dans son île.

L'Empereur allemand se porte à Thielt et à Courtrai pour encourager pjar sa présence f ardeur de ses troupes.

Les forces et rartlUerie lourde groupées par r ennemi sur la côte et dans la région du ?\ord de Dixmude étaient très importantes et làf^n supérieures aux nôtres. Le '23 octobre^ des troupes françaises^ commandées par le général Grosselti^ viennent étayer les Belges sur la ligne du chemin de fer de JSieuport à Dixmude. Dixmude était tenue par nos fusiliers marins sous les ordi'cs de l'amiral Ronarc'li. J\ous étions inférieurs en nombre, maltraités par la plus p)uissante artillerie, et pourtant nous avons développé sur la voie ferrée une résistance magnifique très vite devenue légendaire .

Le '20. l'inondation s' élargissant entre le canal et le chemin de fer protégea le plus heureusement notre front. Le 30. nous reprenions Ramscapetle. le seul ptoint de la ligne ferrée que les Belges eussent perdu. Le l^^ et le 2 novembre, l'ennemi bombardait Furnes, mais commençait it donner des signes de fatigue. Dès le 2, il évacuait le terrain entre VYser et la voie ferrée, abandonnant des canons, des morts, des blessés. Le 3, nos troupes pouvaient être ramenées dans la région de Dixmude.

Ainsi le succès obtenu par les Allemands à Dixmude fut sans lendemain. Ils avaient réussi à enlever la ville, ils ne réussirent pas à en déboucher.

Leur atlaqae par la cole avait totalement échoué. La c< hataille de Calais »^ si hruyamincnt annoncée par leur pi-esse, était pour eux un échec caractérisé.

Mais, dès ce moment, ils chercJiaient plus au Sud leuT revanclie.

l 5. — L'ECHEC DE L"ATÏvQUE SUR YPRES

Au lieu de nous tourner par ta C()te, les Allemands essayaient maintenant de déborder, avec des niasses puissantes, notre armée du Nord sur sa droite. C est la hataille d'Ynres, longue, acharnée, furieuse.

Dans un nouvel ordre à l'armée, le prince RuprecJd de Bavière constate que ses troupes « viennent de combattre dans des conditions très difficiles y>, et il ajoute : « il s'agit maintenant de ne plus laisser traîner le combat avec notre ennemi le plus détesté... Le coup décisij 7'este encore à frapper. » Le généixd de Dem— ling, commandant le 15^ corps d'armée, de son côté déclare : a La percée sur } près sera d'une imoortance décisive. )>

En quelle situation étions-nous pour résister ?

Le IS octobre, au moi lient oh notre cavalerie avait atteint RouJers et Corfemark, les divisions territoriales de l)nn/:erque, sous les ordres du (jénéral Bidon, avaient organisé une position défensive à } près. Celait là un point d'appui nous peruïettnnt de préjiarer et d'assurer la liaison avec l'armée belge. Au ?.'> octobre, deux corps anglais et franrais étaient venus Voccuper et devaient en faire la base de leur marche en (œant dans la direction Menin-Roulers. Fin orfobre, le corps de cavalerie du général (lonneau assura la liaison entre les deux coj'ps a agir lis eiujagés au sud de la Lys... Sans doute les difficultés (pie nous avions pour amener des troupes et riniportanre de celles dont disposait l'ennemi arrètèreid bientôt )iotre progression sur la ligne Poelcapelle, Paschendaele, Zandvoi'de, G/taluvelt, mais, tout de même, Y près était solidement couvert et toutes les forces alliées étaient en liaison.

De Dixmude « Y j ires s'étendait le corps d'ai'/nér du gén''ral Dubois et le corpts de cavalerie du génértd de Mitry.

C'est contre la ligne ainsi formée, au Nord, () l'Est et au Sud d'Y près, que se déchaîna, du :?5 octobre au 13 novembre, une furieuse att(Hpie allemande.

A partir du '2(j octobre, cette attaque s'est

répétée quolidienne/nenl ave une exiraonUnalre violence, nous obligeant à appliquer^ nos renforts au far et à mesure de leur arrivée, sur les points les plus menacés.

C'est ainsi que, le 31 octoln-e, nous dûmes étayer la cavalerie anglaise, puis les deux corps anglais que cette cavalerie mettait en liaison, et enfin intercaler entre ces deux corps la valeur de deux corps d'armée.

Du 30 octobre au 0 novembre, Ypres fut plusieurs fois en péril. Les Anglais perdirent Zanvorde, Gheluvelt, Messines, Wytschaete.

Le front des alliés ainsi ressente n'en était que plus difficile à défendre: il le fut sans féchir.

L'entrée en ligne de trois divisions françaises nous permit, du h au 8, de reprendre une offensive vigoureuse. Le 10 et le 11, cette offensive, se heurtant à de nouvelles et plus vives attaques ennemies, fut enrayée, et pour la poursuivre, il fallut attendre l'arrivée des éléments envoyés da/is le ?^ord le 12 novembre.

Dès le 1^1, nos troupes recommencent à proqresser, fermant la route d' Ypres aux Allemands et infigeant à leurs formations massives, des pertes d'autant plus formidables que notre artillerieet l artillerie anglaise groupaient près de 300 pièces sur ce front de quelques kilomètres.

Pour cette marche à la mort, le Grand Etat-Major allemand avait choisi des formations intactes de jeunes recrues, car les troupes drjà décimées ne veulent dIus marcher dans des conditions si atroces. La mémoire des liommes n'oubliera jamais ces adolescents blonds, qui s'avançaient en hurlant et en se tenant par les bras, ivres de bonne volonté patriotique , d'inexpérience et d'éther. Imar/inez-les dans la nuit, et leurs centaines de fujures ejjroyables, bouches ouvertes, soudain illuminées par nos réJJecleurs qui guidaient notre mitraille. Ces attaques nar masses profondes échouèrent comme la marche sur Paris, qui est leur s<cur. Toute une jeunesse en fleur fut anéantie. Mais en livrant à la destruction leui's individus, ces enfants ajjirmaient avec une force inouïe fètre germain. (J'est dans de telles Jieures probablement qu'il faut voir le Doint culminant de l'Esprit qui flotte au profond des forêts du Ao/y/, le sommet d'un génie qui toujours aspire au colossal et qui s'est déjà exprimé dans les œuvres de Hegel et de Wagner. Il se trouve au fond de ces faits variés, dans ces divers efforts extraoï'dinaires, une même sorte d'enivrement, une pareille odeur de mort.

Le nomtjre des cadavres allemands que nous avons trouvés sur le terrain pjendant ces trois

lO LES SVIMS DK LA FUAiNCE

semaines dépasse ^lO .000 . Dans la seconde niolLlé de novembre, V ennemi épuisé, ayant perdu, dans la seule ha/aille d'} près, plus de J 50.000 hommes, n osa plus renouveler sonejjort. ']\ous avions réalisé, au Nord et au Sud (Opines, des pro- (jres appréciables et assuré par une puissante organisation défensive l' inviolabilité de notre front.

Il faut noter (pie ces opérations de la mer à la Lys n'ont été possibles <pie par le concours des armées qui tenaient le front entre la Lys et hoyon. L'armée Maud'liuy occupait la ligne d'Arras à Armeidières, tarmée Caslelnau^ de Noyon à An^as.

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