LA « GENTILLESSE » FRANÇAISE
12 Décembre 1914.
Je vous ai dit bier comment le cœur généreux des enfants vole vers nos soldats : nous avons vu les plus grands d'entre eux qui courent rejoindre nos défenseurs dans les tranchées et les plus petits qui leur écrivent, leur envoient cadeaux et billets d'amitié. Mais euxmêmes nos soldats, touchés et fiers d'être si
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bien compris, iJs ne se contenlenl pas de nous donner leur sang. Ecoutez celte lettre, ce petit l)illet, crayonné, mal lisible, tel que vous tous en recevez et di'sirez anxieusement en recevoir :
Monsieur Barrés,
.le ino pcrniL'ls de vous cnvover le produit d'une ((iiète parmi les 17'' et aC compajznies et Ja compagnie hors rang du aiS*^ d'inianterie. Novis avons organisé, il y a plusieurs jours déjà, une représentation dans les Iranchées où nous %enons nous rafraîchir tous les (piatrc jours. Malgré toute la joie qu'ils avaient d l'couter les « diseurs à voix » et les « comiques troupiers », nos liommes ont eu la pensée de tous ceux (]ui soufTrent derrière n.ous, de toutes les familles sans clu^f et de celles qui 0!i( dû fuir devant les brutes (jue nous battrons, et ils ouï voulu qu un peu de joie poiu' les autres ^ ienne de leur gaîté.
Il V avait, derrière nos tranchées, au milieu d'un \illage dévasté par les obus, un pauvre clocher debout encore ; ces |oiu"s di^ruiers, jaloux sans doute de la gloire des arlilleur> de Reims, ils oui abatlu le clocher de A . . C'est ce qui nous a fait penser à vous cp>u avez si magnifiquement défendu les choses du passé.
Tous ces témoiiïnaces de la raue impuissante des Barbares augmenteront notre ardeur lorsque, dans un avenir très proche, nous les jetterons enfin hors du cher pays.
Le sous-lieutenant X...
J'irai porter celte offrande k Madame Maurice Donnay qui organise un arbre de Noël pour les enfants belges. Il me semble que c'est en faisant plaisir à des faibles que je remplirai
mieux la mission que me donnent des braves.
Cette lettre de nos soldats est charmante et touchante. Elle ne ma pas étonné. Nous savons qu'ils sont ainsi. Nous le savons par ces quatre mois de guerre et partout ce que nous avons pu lire des vieilles Chansons de gestes et des chroniques de l'histoire de France.
Il y a quelques semaines, quand j'allais de Gerbcviller à Lunéville et Nancy, je suis passé par le village de Fraimbois, où l'on m'a raconté que les soldats du 8i^ régiment d'infanterie, après avoir chassé l'ennemi, avaient fait entre eux une quête pour secourir les habitants et les consoler des liorreurs allemandes, une quête qui produit plus de trois cent trente francs.
Est-ce noble ! Ils donnent leur sang, et voilà que soudain ils ont la délicatesse de donner leur argent. J'aurais voulu que vous entendissiez cette histoire, quand elle m'était contée avec notre accent de Lorraine, l'accent de Jeanne d'Arc, l'accent traînard de gens qui ne traînent pas quand il s'agit de courir aux armes. Le narrateur ne voulait pas s'émouvoir. Mais tout au fond, lui et moi, nous étions éblouis et bien heureux d'être des Français et qui furent toujours les amis de l'armée.
Nous avons toujours pensé et proclamé que
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la carrière des armes est noble. Elle dégage l'esprit des préoccupations d'argent, ou plutôt les met à leur place. Le soldat ne courbe pas sa vie dans l'âpre recherche de la fortune, et s'il la possède, il aime d'en faire autour de lui le plus amical usage. Que pensez-vous de ce capitaine, tué en Belgique, le 22 août et mort en héros (son colonel, à mon vif regret, ne me permet pas que j'imprime son nom) qui avant de f[uitter sa garnison distribua aux sous-officiers mariés de sa compagnie une somme de huit mille francs, pour aider leurs familles à vivre pendant la guerre .'
A ous distinguez bien sa pensée, n'est-ce pas. \ ous lisez dans son cœur de soldat. Les obligations de l'honneur l'obligent à tout sacrifier à son devoir de guerre, ses affections de famille, ses plaisirs, sa vie. Il se dévoue. Lh bien ! Il cherche encore h se priver, à donner quelque chose de son bien. C'est de la chevalerie qui se reforme naturellement. De pareils faits appartiennent à toutes les époques de notre histoire et sont les ileurs naturelles de notre race. C'est la « gentillesse française ».
La (( gentillesse française ! » vieux mot que Jeanne d'Arc et Bayard aimaient et dont, tout à l'heure, je suis allé chercher l'histoire, dans les lexiques, à la bibliothèque de l'Institut.
Gentillesse, c'est noblesse d'extraction. « Degentillesse, il en a assez, car il est de la lignée du roi David », est-il dit clans le vieux poème de Lancelot du Lac. Non. ce n'est 'pas assez, réplique le Roman de la Rose : « Gentillesse de lignage n'est pas gentillesse qui vaille ». La gentillesse, c'est un ensemble de manières jolies ou gracieuses, de vertus, de qualités morales et physiques, visibles et invisibles, tenant à ce bon sang qiu ne peut mentir. ( ientillesse, c est vaillance, amabilité, générosité.
Allégez-moi par votre gentillesse
Les cruels maux que vous me faites avoir.
A cet appel des plus vieilles gestes, nos soldats de 191^ sont encore prêts à ré]3ondre. Croyez-en ce fragment d'une lettre écrite par un officier de l'armée territoriale, ancien, adjudant de l'armée active :
Nous avons evi dei'nièremont un prisonnier blessé,, instituteur à Cologne. En le soignant, j'ai eu ma capote imbibée du premier sang prussien; ce ne sera pas le dernier j'espère. Mes hommes, de démons qu'ils étaient auparavant, au moment du tir, devinrent instantanément des anges de charité ; l'un, lui offrit son sac comme oreiller : un autre, lui donna à boire dans son quart ; tous s'empressèrent, ou pour le soutenir dans sa marche ou pour le soulager. Personnellement, il me supplia de ne pas l'achever et fut passablement surpris de m'entendre dire qu'en France on ne
'luait pas les prisonniers el qu'on considérall les blessés comme sacrés. 11 lomba le soir même dans le coma el fut envo-\é à..., d'où sans doute il partit ])Our l'autre inonde.
Cette disposition a s'écarter de la brutalité est si forte qu'elle peut aller jusqu'à un adoucissement fâcheux et qui dessert les intérêts vrais de la guerre. Comparez à ce sujet la belle page écrite ici même par le général Cherfils en date du S décembre, et oi^i, après avoir admiré deux actes généreux, l'un français, l'autre allemand, déterminés par l'initiative d'un officier français, il déclare : « C'était là un joli tableau sentimental, dliéro'i'sme et de jolie tenue, mais contraire au devoir de la guerre ('). »
Il n est pas de noble qualité qui ne
(i) Voici cette page, mais je préviens le lecteur que je l'endommage en y faisant [)ar nécessité des coupures :
« C'était le lo octobre, un dimanche, notre brigade de dragons marchait sur Lestrem, au sud d'Estaires. La pointe, commantlée par un jeune sous- lieutenant du 3o'-' dragons, le sous-Heutenant Lemaitre, avait traversé le village mais avait été arrêtée à sa sortie est par des coups de feu. Le brouillard était épais et lourd. On marchait à tâtons, en aveugles, dans ■cette atmosphère d'obscurité. Soudain, un coup de feu î L'éclaireur de pointe tombe blessé. Le jeune sous-Heutenant descend de cheval, le ramasse, puis il essaie de l'emmener. Un deuxième coup de feu part : l'officier tombe raide mort. A quelques mètres en avant, un officier bavarois apparaît •dans le brouillard avec quatre hommes, sortis d'une barricade voisine. Il ramène le blessé et l'officier tué, fouille celui-ci.
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puisse avoir ses inconvénients, et l'histoire de notre pays fournit en abondance des exemples de fautes oij nous entraîna notre gentilliommerie. On sait trop que la Germanie ne tombe qu'exceptionnellement dans ces brillantes et nobles erreurs. Nous avons toujours voulu régler notre courage ; leur système officiel est de déchaîner systématiquement chez leurs liommes le vieux fonds de sauvagei'ie.
Nos soldats de 191 4 possèdent intact l'héritage moral de nos vieux chevaliers. Quel
prend l'argent de son portefeuille qu'il empoche. Il respecte une lettre que le jeune homme avait écrite à sa sœur.
» Dans le courant de la journée, la brigade de dragons est obligée de quitter Lestrem. Le soir, les Bavarois cantonnèrent dans le village. L'acte du sous-lieulenant Lemaitre avait été porté à la connaissance du commandant des troupes bavaroises. Celui-ci décida que : « vu l'iiéroïsme dont avait » fait preuve l'ofllcier français, au mépris de sa vie, une messe » solennelle serait dite le lendemain matin par le curé de » r.eslrem, que les troupes y rendraient les honneurs et que » l'officier serait enterré près de l'église. »
» Le lendemain matin, à huit heures, les troupes bavaroises se rassemblaient pour le service, cpiand, terribles, cinglants, tomijèrent les obus français. IiCS Bavarois se retirèrent en liàle. Alors, pendant cjue le clocher menaçait de s'écrouler sous le choc des obus, que les projectiles, par moments, traversaient l'église, jonchant ses dalles des pierres qui volaient des murs, le vieux curé de Lestrem, seul, devant le cercueil abandonné du sous-lieutenant Lemaître, acheva sa messe, donna l'absoute et récita les prières des morts!...»
» Quelle splendeur morale a dû illuminer la voûte de la petite église de Lestrem I Elle est jolie, l'héroïque inexpérience du petit sous-lieutenant I mais de quelle taille surhu-
sujet de réllexion. quand nous voyons flotter sur les armées de JotTrc l'atmosphère où vivaient nos lointains aïeux des légendes! La civilisation des catliédrales nest pas moi-te ! Nos soldats pratiquent toujours le code de la chevalerie et ses commandements précis, notamment le neuvième, (jui dit : « Tu seras hl)éral et feras largesse à tous», et le dixième qui proclame (écoutez. Français de tous les partis, dreyfusards et antidreyfusards, cette phrase, qui pose, dès le xi*^' siècle, le programme que vous vous disputez) : « Tu seras
inniiu' la dépasse la serciiio tranquillité du vient prêtre, qui, sous les coups de la mort, no voit que la \\e éternelle, et s'absorhe dans la célébration du divin sacrifice I
1) — Après mètre recueilli devant ce spectacle de surnaturelle beauté, me serait-il permis d'ouvrir les yeus pour tirer de ce récit un enseignement militaire.
1) Le joli geste de ce sous-lientcnant qui met pied à terre |iour relever son cavalier blessé et s'ollVe ainsi à une mort certaine est d'un litroïsme admiraljle. Kn l'état, il était peutêtre une faute. Il v avait mieux à faire qu'à lelcver ce blessé. La meilleure manière de sauver les blessés et d'assurer leurs Soins est d'emporter la victoire, la petite ou la gravule, là où l'on est. Le petit sons-lieutenant avait pour premier devoir de faire son travail davant-garde et de penser à la colonne qui butait sur une surprise. Loflicier bavarois qui, avec ses quatre bommes, sort de sa barricade, me semble aussi avoir oublié sa mission immédiate. 11 a été là plus gentleman qu'oiFicier. Pour une fois, il faut le saluer, lu détail du portefeuille excepté. Cbacun des deux officiers a dessiné un joli tableau sentimental, l'un d'héroïsme, l'autre d'élégante tenue : mais ni l'un ni l'autre, ce matin-là, n'ont fait la g\ierre. » (Général CnEariLS.)
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partout et toujours le champion du droit et du bien contre l'injustice et le mal. »
De tels conmiandenienls sont un produit de notre sang. Nous les retrouvons chaque fois que nous nous groupons pour agir. Les intelligences se querellent dans les inextricables débats de la paix, mais les sentiments s'accordent dans Faction. Indomptable instinct français, sagesse du sang, on ne voulait plus vous entendre! Qui donc, parmi les intellectuels, se préoccupait de dégager, de hausserFume et de la rendre plus active? Elle le devient spontanément à l'armée. Et ce que n'auraient pu faire les raisonnements ni les livres, de beaux exemplesFenseignentauplus inculte. Ce n'est pas autour dune chaire professorale que tourne le monde, qu'elle soit à 1 école modeste du village, ou dans l'orgueilleuse Soibonne ; c'est autour d'un cœur généreux gonllé du sang de la race et qui entre dans Faction.
P.-S. — C'est d'un véritable homme d'accepter tout au long de sa vie les leçons de l'expérience et de s"y soumettre pour se perfectionner. J'enregistre ici, parce qu'elles sont k son honneur, quelques lignes que publie dans la France un écrivain fameux et de grande influence, M. Remy de Courmont, qui,
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faisant son examen de conscience écrit spontanément : (( V un moment, la Ligue des Patriotes avait pu paraître dangereuse pour la paix. Elle était <urtoul exaspérante pour ceux qui avaient pris leur parti d'un état de choses de fait qu'ils ne voyaient pas la possibilité de changer a notre profit. Je fus de ceux-là et j\ii à me reprocher un article ot) je concluais, non contre l'idée de pairie, certes, mais contre le (jroupement bruyant qui s^en servait mal à propos et, me seml)lait-il, indiscrètement, ('.'était une erreur, et je ni aperçois maintenant (pie cette « Ligue indiscrète » n'a pas été sans influence sur le magnifique mouvement de patriotisme quia fait se lever jusqu'aux socialistes et pacifistes français, jusqu'aux anarchistes français, dans un mouvement de défense qui portera ses fruits ».
Je gcrre la main de îlemv de (ïourmont.
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LES DKl^UTÉS-SOLDATS
i4 Décembre igi-i.
Peut-être existe-t-il un léger lîottement chez quelques députés-soldats. Je suis averti que certains d'entre eux hésitent à quitter
leur poste pour venir siéger au Parlement. On leur a fait savoir qu'ils ne pourraient pas siéger en uniforme, et (jue, d'ailleurs, cette convocation n'était qu'une invitation n'entraînant nullement une obligation. De là chez eux un certain embarras, des scrupules. Si l'attitude des députés non militaires et qui siégeront doit être unanimement correcte, peut-être aurions-nous adonner l'exemple de préférer notre poste' de combattant à toute autre obligation ?
On écoute avec respect ces scrupules, mais qu'il me soit permis de les trouver malheureux. Je crois nécessaire que tous les députéssoldats, tous les députés actuellement aux armées, sans exception, assistent à la prochaine séance de la Chambre. J'aurais voulu qu'ils y fussent en uniforme. On a redouté la supériorité morale que de ce fait ils auraient prise sur leurs collègues. C'est grande mesquinerie de leur contester un avantage aussi légitime. Mais je ne m'attarde pas à souligner ce pauvre procédé. Qu'ils se dépouillent de leur tenue glorieuse, et qu'ils soient là, tous, le 22, pour écarter toute discussion oiseuse, pour acclamer leurs chels et leurs frères d'armes et pour faire connaître la volonté inébranlable de l'armée d'aller, quelque
LES SAINTS DE L,V FRANCE a/JQ
temps qu'il y faille, jusqu'au bout de la victoire. Est-ce donc que je redoute aucune difficulté de séance? Non. Je ne prévois rien de mauvais. Mais tout de même, soyons là, vous surtout, les soldats, les meilleurs de tous les partis, car un grand nombre d'orateurs, qui se réunissent et qui n'ont pas parlé depuis longtemps, peuvent être pris de fièvre et tomber dans l'intempérance de parole. C'est un bateau qui aborde au port. Nos gaillards vont courir à la tribune. Et le verre d eau sucrée n'étanche pas leur soif.
Certainement la séance publique sera bonne. La maison se sent en observation. Les mauvais députés, s il en était encore, comprendraient cju'ils sont placés sous la surveillance dune haute police spontanée. La France est mécontente des lacunes, heureusement réparées à cette heure, que présentait, au début de la ffuerre, notre organisation militaire. Nous venons tous de relire, à quarante-cinq années de distance, les lettres du colonel StolTel, qui, celte fois, s'appellent le Livre Jaunr. Et nul parlementaire ne s'avisera de fronder publiquement la sagesse nationale, cpii réclame que, dans cette séance, on barre la route à tout ce qui ne serait pas la pure et simple expression d'un patriotisme résolu et
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tenace. Les grandes machines oratoires sont prêtes, et. bien que la circonstance soit moins favorable qu au A août, puisque tout a été dit et qu'il n'y a plus qu'à agir, elles déchaîneront l'enthousiasme.
Mais il y a les couloirs ! C'est là que l'on pourrait faire « de la mauvaise ouvrage ». Hypothèse improbable. Pris k part, chacun des députés est un bon Français intéressé à la victoire complète, je veux dire à la dislocation de FEmpire allemand, par son patriotisme, par ses angoisses de famille et par son mépris de ces lourdauds d'outre-Rhin qui veulent terroriser le monde. Mais des fruits cjui se iouclient dans un compotier se gâtent aisément. Le couteau de la guerre n'a pas enlevé tout ce qu'il y a de pourri au cœur de certains politiciens. Méfions-nous des meilleures poires si l'une d'elles est blette. Il sera bon que, dans tous les partis, les députés-soldats s interposent. ♦
Le problème (|ui se pose à nos hommes de Gouvernement, à cette heure, est un peu différent de celui où ils se débattent depuis des années. A l'ordinaire, il s'agit de gouverner en dehors du Parlement, en dépit du Parlement. Et même, bien souvent, l'exécutif occopta, en vue d'intérèls qu il tenait
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pour supérieurs, d'agir en secret contre la volonté du Parlement. Aujourd'hui, le problème gouvernemental est simplifié. Très généreusement, les deux Assemblées se sont reconnues incapables et dangereuses. Dans un mouvement superbe, analogue à celui que la légende prête aux privilégiés du 4 août 1789, le^ 4 août dernier, les parlementaires se sont dépouillés. .\ous nous sommes ouvert le ventre, sous bécharpe. Depuis le vieux maréchal japonais, le monde n'avait pas eu locca sion d'admirer un si noble hara-kiri. Encore, !e Japonais faisait-il cavalier seul ! Mais nous sommes environ huit cents qui avons, par sagesse patriotique, déclaré que nous ne valions plus rien au titre de député. .\ous n'existons plus que selon notre crédit individuel. Et. dans cette minute solennelle de notre destin national, qui donc peut croire quil compte, en dehors des soldats.^ Il y a de beaux passés dans tous les ordres. Mais^ le présent est tout guerrier. Puisqu'une formahté oblige les deux Chambres à se réunir, et que le Gouvernement, pendant quelques heures, va se retrouver en présence d'un foyer endormi et d'un semblant de contrôle, il est bon, il esl de l'intérêt de tous, il est réclamé par le Gouvernement, par le Parlement et par
le pavs, que Ton ne soit pas privé de lélément' le plus estimé et le plus sage. Les divers intérêts s'accordent pour réclamer, le .>2 la présence au Palais-Bourbon de ton. les députés qui sont a cette heure sous Ic^ drapeaux.
p .§ — J'ai reçu une lettre dont je détache quelques lignes: «... On demande, paraît-il. deux mille cinq cents francs pour 1 aménagement d'une péniche en ambulance. Je les ai disponibles. Le donateur, dit-on, peut choisu' le nom. Je voudrais qu'elle s'appelât i)ero«^èt/e. Les blessés ! Vous en êtes le meilleur des avocats, leur cause est la votre. Déroulède ! Vous en fûtes l'ami et vous voudriez qu'jl fût bien connu de tous. Voulez-vous prendre celle œuvre en main et la faire exécuter ? La péniche du grand patriote pour les soms des blessés frappés en défendant le drapeau qui a été tout son amour ne saurait être placée entre de meilleures mains que les vôtres. S il se peut, qu'elle soit bénie. Je désire garder l'anonymat le plus absolu. Veuillez agir en tout en votre nom personnel...»
Je me conformerai au désir de mon généreux correspondant. 11 m'interdit de le désianer a la reconnaissance des blessés. Mais
encore faut-il que, tout en respectant l'obscurité où il veut se tenir, je lui reporte le mcrile de ce don patriotique.