‹ L'âme française et la guerreChapitre 32 sur 42 · Déc3rnljre · texte numérisé non relu

Déc3rnljre

C'est une grande satisfaction d'inscrire sa pensée dans une œuvre, d'une telle manière qu'elle continue d'agir et de bien agir, après (ju'elle s'est détachée de nous. Oui, c est beau qu'une idée s'en aille loin de nous, équipée par nous, belle et forte comme un régiment que nous aurions levé à nos frais. Albert de Mun est mort ; son œuvre des aumôniers militaires continue à donner des fruits de vie. Il est couclié dans la terre, et, par ces prélres, il continue k distribuer à ses frères d'armes et de croyance, dans les circonstances les plus tragiques, ce qu'il tenait pour l'essentiel. C'/est une bien belle immortalité.

Je me rappelle qu'ici même, peu avant sa fin, dajis cette série d'articles inoubliables où se brisa son cœur, il disait, en parlant des

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aumùniers militaires qu'il venait d'organiser et de faire accepter par le (louvernemenl : « C'est l'œuvre de ma vie dont je suis le plus fier. » Il est donc naturel que ses amis déposent l'histoire de cette réussite, comme une couronne, sur sa tombe. Les lecteurs de VEcho de Paris trouveront dans le Correspondant le bel article de M. (ieoiïroy de Grandmaison, (jui a aidé M. de Mun dans cette organisation et qui la dirige aujourd'hui ; ils seront heureux de connahre le succès d'une pensée qu'ils ont vu se iormer sous leurs yeux et qu'ils ont aidée de leurs souscriptions.

Partout et partons, nous dit M. de Grandmaison, les aumôniers militaires ont été admirablement accueillis. Médecins, brancardiers, oiïiciers et soldats leur firent fête, car leur présence répondait à un besoin. Lii-dessus leurs lettres abondent en renseignements unanimes et touchants. Ce qu'ils ont fait, vu, entendu, dépasse leur attente.

Quand l'heure sera venue décrire les fastes de cette guerre de la Délivrance, les prêtres voudront raconter la délivrance de l'âme reJi gieuse française. Nous les écouterons avec un prodigieux intérêt. Ne nous parlez pas seulement de l'aumônier autorisé à exercer son oiinistère aux armées, leur dirons-nous, mai»

encore de ces vicaires, moines et ecclésiastiques de tous ordres, confondus dans le ran^% car c est un des caractères les plus importants de nos armées de igiA, et une de leurs plus saisissantes beautés que rapparilion au milieu d'elles du prêtre soldat. Figure toute neuAC et bienfaisante, à qui un universitaire protestani, M. S. Roclieblave, a consacré dans le Jo«/v<a/ de Genève une des plus belles pages que j aie lues depuis quatre mois.

« Bénie soit la loi fameuse des curés sac au dos ! » sécrie M. Gcofîroy de Grandmaison, et cette exclamation réjouit mon vieux cœur boulangiste, car cest l^ien le général Boulanger, n'est-ce pas^ qui assuma la responsabilité de cette mesure radicale, dont ceux qui la voulaient ne calculaient pas tous les eflets. Aujourd'hui, la position des jeunes prêtres exclus de l'armée serait intenable au milieu de nos villages. Ils y mourraient de chagrin. Au contraire, dans l'armée, ils conquièrent les sympatliies de leurs camarades avec qui ils vivent familièrement, et, vienne la circonstance, ils apparaissent, de la manière la plus vraie, comme les interprètes de la haute vie morale et du surnaturel.

On peut imaginer telle guerre où l'on verrait avec malaise participer celui qui repré-

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sente dans le monde l'eflort vers l'établissement du royaume de Dieu. Mais le serviteur du Christ est à sa place au milieu des défenseurs de la civilisation, quand l'humanité est mise en croix par les reîtres d'outre-Rhin. La guerre de 1914 n'est pas une de ces campagnes d'Afrique, aux brillants uniformes, ovi les journées de jeunesse et d'ivresse cavalière alternaient avec les terreurs de la soif et du soleil. C'est une grande œuvre triste. Ne vous méprenez pas aux saillies que nos fds et nos frères nous écrivent, du fond des tranchées boueuses, pour nous rassurer et puis, les fiers garçons, parce qu'ils n'ont que faire d'être plaints. Merci, courageux amis, de nier vos souffrances et de ne pas vous laisser submerger par cette grande marée de désolation. Croyez bien que nous distinguons avec respect votre volonté héroïque d'être gais. Mais s'il convient que vous vous fassiez une face de gaîté, il convient aussi que nous sachions, pour vous en aimer davantage, que vous êtes les saints et les martyrs de la France.

Au milieu de vous, le prêtre n est pas déplacé. 11 ny compromet pas son caractère sacré. On serait mal à l'aise de le voir mêlé à une guerre de gloire et guerroyant pour rien, pour le plaisir; mais il est à sa place

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quand nous sommes engagés dans une lutte qui est en même temps que la libération de Metz et de Strasbourg le plus haut conflit intellectuel et moral. Un colosse de violence, servi par un incomparable outillage de meurtre, s élance pour écraser le monde des esprits, pour anéantir le dépôt des plus antiques traditions. Les animes du ciel eux-mêmes devraient se porter sur la brèche, leurs ailes étendues. Les envahisseurs arrivent avec leurs héros et leurs dieux. C'est Luther et plus loin tout le ^ alhalla qui accourent. Prêtres de France, vous défendez mieux que nos églises qu'ils 1)ombardenl, vous défendez nos a aies qu'ils visent.

L'oflicc des morts, célébré par un prétresoldat, auquel jai assisté sur le plateau lorrain et sous le vent d'automne, ressemblait peu aux grandes solennités religieuses et fastueuses du camp de Châlons, mais plutôt à ces messes dites au milieu des chevaliers du xi'' sii^'cle, qui tiraient leurs épées du fourreau quand le prêtre lisait l'Évangile, et qui se tenaient ])rêts à défendre les paroles divines. Nous entendions le canon tonner dans le lointain, des ombres héroïques flottaient sur les nuages, et nous reconnaissions sur la table du sacrifice la flamme où s'allume la vie

héroïque. De telles minutes sont inoubliables. J'éprouvais le sentiment d'une grande solitude, et pourtant d'une communication avec chacun des assistants ou du moins avec ce qui nous était commun à tous et qui nous dépassait. S'il en va déjà ainsi quand seules des images nous ébranlent, quelle peut être l'action du minisire de Dieu au milieu des réalités pressantes et sanglantes, et auprès de celui pour qui l'heure est venue daccepter et de parfaire son sacrifice !

Étendu sur la terre, les yeux dans le ciel, et comme placé en face de sa douleur et de l'univers, le blessé songe : « Ce coucher de soleil, pour mon dernier soir, est bien beau ! Se peut-il que le monde inconnu soit inférieur à cet horizon splendide ? Se peut-il que Je destin soit plus injuste que mon cœurP Si j'ai préféré mourir, plutôt que de commettre une lâcheté, il faut qu'il y ait un paradis des braves. Autrement, l'unixers est sans équité. » Ainsi le soldat mourant oppose aux lois de la nature les réclamations de son être. Mais l'aumùnier s'approche, entre dans ce monologue, y mêle toute sagesse, console, rassure ce héros, empêche au moins qu'il ne meure en proférant des murmures. L'obscurité s'éloigne, et voici la lumière. Aube d'une

LIS sviJNTs nr, la frvncl 'î-H)

\ le nouvelle, pour le mari: malin d'une nou- \eile journée, pour ses compagnons qui, [)aciriés eux-mêmes par les rites dont ils virent leur camarade consolé s'éloignent en clianlanl léternelle chanson des races courageuses, la chanson d'Ariel : ce Sous les eaux, à cinq hrasses profondes. Ion frère est couché : ses os en corail sont changés : ce qui formait ses yeux est devenu deux perles : rien de hii ne peut s'anéantir, mais tout se transformera en quelque chose de riche et de mer- \eilleux. » Ils chantent d'instinct, et, dans leurs rangs, le prêtre, aumônier ou simple soldat, accordé de ca^ar avec ces croyants spontanés de T immortalité, murmure les promesses latines.

LES IWTIUOTES D'OHIT^NT

i(i Décembre 19 li-

Le torpillage du cuirassé turc par le sousmarin anglais dans les Dardanelles attire les regards vers Constantinople. 11 y a quelques mois, je me promenais là-bas, arrivant de Syrie, par l'intérieur des terres. Je regardais,

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j'écoutais, je m'instruisais. Nul dans l'Empire ottoman ne nous détestait. Les musulmans eux-mêmes nous préfèrent aux Allemands, mais ils les croient invincibles et c'est cette belle opinion, partie de Sedan il y a quarantequatre ans pour faire le tour du monde, Cjui vient d'armer contre nous ces peuples encore ignorants de la victoire de la Marne. Je leur ai pourtant bien expliqué, sur tous les tons et dans un nombre illimité d'allocutions, que la défaite de 1870 était une surprise et qu'elle ne se renouvellerait pas. Mais les Jeunes- Turcs sont payés pour ne pas nous croire, et puis (comme tout Européen) je ne pouvais me taire entendre que par la clientèle de nos maisons d'enseignement.

En ai-je vu de ces maisons françaises, quelques-unes laïques, quelques-unes Israélites, presque toutes congréganistes ! Les deux cents visites que j'ai pu faire me laissent dans l'esprit une masse de souvenirs qui se superposent, se confondent, se fortifient pour me donner une seule image scbématique. Du soleil, un brouhaha de fanfares et de Mai'sei/laise, une iinmense file d'enfants aux yeux magnifiques, émerveillés de voir un Français; et puis l'un d'eux qui se détache, salue et avec l'accent guttural commence : a Monsieur l'aca-

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démicien... ». pour Unir toujours par: «Tout homme a deux patries, la sienne et puis la France. )> Et cela se passait sur le Nil, sur le rivage de Phénicie, dans les sforocs du Liban, à Damas Tinoubliable, dans les villes du désert, lloms, Hama, Alep, sur l'Euphrate. dans Antioche où j'aimerais tant retourner... Mais je m'égare, je n'ai pas le droit de déserter ! Revenons en France et à notre tâche, qui est aujourd'hui de mettre en valeur un signe de notre union sacrée.

Depuis quatre mois, depuis le début de la guerre, je ne cesse pas de recevoir des lettres de ces chers et nobles amis que je me suis l'ait en Orient. Seulement ils m'écrivent de France, a ^ ous vous rappelez, me dit l'un, le jésuite qui vous a serré la main sur l'Euphrate, je suis maintenant à Langres. » Et moi, le lazariste d'Antoura, je fais depuis une tranchée l'éducation des Boches. » Mais voici une lettre du mois d'août qui vous donnera le mieux une idée de ces braves amis et de leur empressement à courir au secours de la mère patrie^ qui, de vous à moi, leur avait été quelque peu marâtre.

Je suis revenu, ni'écrivait le Supérieur du collège français de Pliilippopoli, [)ar le paquebot Saghalien, qui cul les honneurs de la visite si parfaitement leu-

tonne dos olïiciers du lucbcii. Nous eûmes une traversée mouvementée, lopMnent à la belle étoile, ukmiu rationné de lentilles et de pois cliiclies; mais les troiscenis mobilisés du bord faisaient bonne entente et joyeuse liirure. Sur le nombre, d y avait 70 religi(Mi\ de diverses congréfralions venant de Constantinople. d'Andrinople et de lîulgarie. La veille, un autre paquebot, la Phryqic. en avait emporté davantage, ci beaucoup. na\anlpu trouver de place, même sur le pont, attendaient un déjiart suivant.

Dans le gi'oupe du Saghahen, on vovait beaucouj) de vénéiables quadragénaires aux longues barbes giises, un Supérieur provincial et liuit directeurs de collèges ou d'importantes missions. Pour c|uelques-uns c'était la première l'ois qu'ils retournaient vers Ja patrie. Plusieurs étalent des volontaires, dispensés légalement, mais qui tenaient à servir. Je vous parlerai de l'un d'eux, qui. dans la guerre balkanique, reçut poiu- sa belle conduite une décollation du Gouvernement français. Il vint me supplier de le laisser partir, malgré ses quarante-neuf ans. Ouand j'eus dit : « Oui », d pleura de joie et m'eudjrassa. Lui. c'est aux lignes, lie l'Est qu'il veut absobnnent aller.

Ce qui fut bien douloureux dans certaines coiunmnautés, ce fut de voir un certain noudjre de leui-s membres partir pour l'autre côté du Rbin. Voilà ini effet inédit de l'affreux empècheineni que la loi sur les congrégations met à notre recrutement en France, (îette législation livrerait à des éti'angers nos collègues français.

Au départ de Conslantinople, plus de dix niill(> personnes étaient venues acclamer les mobilisés. Du bord du Saghalien, nous répondîmes par laMarseiUaise et tout le répertoire des cbants patriotiques cpi'un religieux accompagnait d'un piston trouvé à bord.

Tout de suite, ce fut la bonne fraternité des

escouades inskillécs sur le [»onl du navire, où, pour la soupe, se coudoyaient iiK)ines et civils, graves direc- Icurs de ban(|U(> ou d'industrie avec employés et ou- \iiers. tous disposes à ni)nj2;pr les maigres pois chiclies, à laver la vaisselle de {orltuie qu'on s'était fabriquée jivec des boîtes de conserves, à trouver sufllsant le coin de planciicn- où l'on tàeliaif de s'étendre à demi pour dormu'.

Aux Dardanelles, ces messieurs du (iù^ben vinrent interpeller notre commandant et demander si on n'avait pas à bord des f ipis, des meubles précieux et ce que faisaient là tant de [)rètres. Qnel([ues mains se crispèrent ; mais les plus avisés avaient surtout peine à retenir leur rire devant celte exhibition de la politesse allemande, siuioul qiiitid un des olFiciers dit: « Si fou pougez, che vous goule. » Pour toute réponse, le couunandant incita les pi^ssagers à une messe solennelle pour demander la bénédiction de Dieu sur nos armées. On v ajouta une autre cérémonie : la bénédiction du poste de T. S. F., vite n'-paré après l'inintelligent sabotage des Allemands. Ce n'est pas une bénédiction, mais une désinfection, disait le capitaine.

.lusqu'au bout, les moLiilisés du Saghalieii ne firent (pi'un cœur. On retrouva moines et civils ensemble, même aux restaurants de la Cannebière, et, quand les trains s'ébranlèrent dans les diverses directions, ce furent de longs et touchants adieux. Espérons que tous jKiurront retourner après la gueri'e servir la France d'Orient...

Seules à peu près les femmes étaient restées là-bas. Ce n'était pas pour longtemps. Je puis vous donner de leurs nouvelles. J'ai reçu une lettre deléminenle Supérieure d'une

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des plus grandes maisons de l'Orient, une lettre de Sœur M... E,.., supérieure de Notre- Dame de Sion, à Gonslantinople.

Cette lettre a ramené rapidement mon esprit vers ces maisons charmantes et célèbres, Notre-Dame de Sion à llamleh, près Alexandrie, et Notre-Dame de Sion à Pancaldi de (Gonslantinople. Ce sont des œuvres d'éducation organisées avec un goût ravissant et très utiles, pour deux raisons, que je ne mets pas sur le mOme rang, mais que j'indique l'une et l'autre. Les religieuses y inclinent les jeunes filles orientales, catholiques et musulmanes, vers les mœurs et les modes de Paris ; elles préparent (bien entendu, en quelque sorte sans le vouloir) les plus élégantes clientes à nos grands couturiers et parfumeurs ; et puis, c'est l'important, elles leur forment l'àme française. Je me rappelle la couleur légère et triste qu'avait le ciel d'Egypte, ce soir de mai où je suis allé à Ramleh, sous le palmier, le sycomore et le figuier sauvage, pour saluer la supérieure, la Mère R..., qui a élevé par centaines toutes ces jeunes femmes d'Egypte et de Grèce répandues à Paris et qui est ellemême la fille de Prévost-Paradol. Et je me rappelle encore mon plaisir, ma reconnaissance à Constantinople quand, dès mon

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entrée clans le pensionnat de Pancaldi, mes yeux tombèrent sur un portrait de Paul Déroulèdc, du grand patriote dont ces jeunes filles musulmanes ou chrétiennes-orientales allaient me réciter les vers.

(le n'est pas parmi les élèves de nos religieux et de nos religieuses que l'Allemagne a pu développer sa propagande dans l'Empire ottoman. Des plus humbles maisons aux plus raffinées, garçons et filles savent par ca.^ur les (puvres de nos grands patriotes.

Mais écoutez celte lettre que me fait Ihonneur d'écrire Madame la supérieure de Xolre- Dame de Sion de Constantinople :

Le 18 novembre, nous éllons sommées par le Ciouvernement oUoman davoir à abandonner toutes nos œuvres d'éducation cl d'instruction. Cette mesure était générale et s'étendait à toutes les maisons françaises. Hien n'avait pu nous faire prévoir une pareille décision, et nous aurions été réduites à la plus dure extrémité .si nous n'avions trouvé un défenseur aussi énergique que dévoué, dans l'ambassadeur des Etats-Unis. M. Morgenthan.

Le 18 novembre au matin, la police subitement nous donna l'ordre de renvover tous nos enfants en trois beurcs et de cpiitter nous-mêmes le sol de la Turcpiie dans les vingt-cjuatre beurcs. En même temps, elle exigea la remise de notre caisse, où elle posa les scellés, nous obligeant ainsi à partir sans nous en laisser les moyens.

M. Morgentban, (|ui avait été cbargé de la protec-

t'ion des Français depuis le départ de notre aniljassade, se trouvait inopinément à Sion ; il s'interposa immédiatement, il exigea par téléphone que le prél'et de police vînt en personne s'entendre avec lui, et il lui lit voir l'impossibilité matérielle d'exécuter les ordres donnés. Grâce à cette intervention, les scellés furent enlevés le soir, et la police qui était restée dans la maison depuis le matin, fouillant tous les bagages des enfants qui partaient, fut retirée. Le préfet de police vint lui-même lious annoncer qu'un délai de dix jours nous était accordé. Je lui demandai alors à quel titre nous étions chassées, coimne religieuses ou comme Françaises? Il me répondit, sans hésitation : « Oh 1 pas comme religieuses, comme Françaises. »

A partir de ce moment, M. Morgenthan s'occupa de préparer notre départ, sauvegardant autant qu'il le put nos intérêts lésés, ne ménageant ni son temps ni sa peine, et poussant même la sollicitude à des limites extrêmes que nous n'aurions osé prévoir et que je ne peux écrire.

Ce qu'il a fait pour nous, il l'a fait également pour toutes les maisons françaises, assisté clans cette tâche laborieuse par M'"- Morgenthan, qui a déployé autant d'intelligence et de dévouement que l'ambassadeur. Ce dévouement ne s'est pas démenti un instant jusqu'à notre départ, auquel M. et M"'*^ Morgenthan voulurent présider eux-mêmes : leur protection nous suivit jusqu'à la frontière, où ils nous Ih-ent accompagner pour nous épargner les dernières vexations c£ui avaient été infligées à beaucoup d'autres.

Amis lecteurs, pourquoi je vous raconte tout cela ? Oh ! vous le sentez bien. C'est dans le même esprit qui nous anime tous, pour secouer la poussière des querelles, pour

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retrouver et dégager la vraie France amicale et noble, pour préparer Fère nouvelle où nous allons entrer au prix de nos souffrances. Je n'essaye pas de vous faire croire (jue les prêtres sont seuls à aller au feu, que ^euls ils ont travaillé à la préparation morale de la guerre, pas plus que je ne vous dirais que l'esprit de 1792 est le seul à combattre 1" Aileniaone. Vous el moi, lecteurs, nous sommes nationaux ; nous savons, nous voyons que c'est notre pays tout entier qui veut vivre et qui lutte. Dès son existence assurée, combien de problèmes, très vite, se poseront ! Le premier sera de maintenir notre unité physique et morale reconstituée, au cours de cette guerre, par la reconquête des provinces perdues et par « le pacte de l'union sacrée ».

Je compte sur l'électricité qui se dégagera du bonheur, pour achever de transformer la France. Nous nous séparions pour interpréter l'invisible et pour élaborer des idées. J'attends que cette génération victorieuse réunisse el concilie des doctrines qui s opposaient. Après tout, nous ne dilférons les uns des autres que selon l'échelon où nos forces de sentir et de nous élever nous placent sur la même échelle. C'est l'échelle mystérieuse allant de la terre au ciel et sur laquelle les bons serviteurs ne

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cessent pas de monter et descendre, .\oiis n'allons pas rester cncliaînés, chacun dans notre parti, quand nous aurons délivré les peuples ! Si le danger nous a obligés à nous réunir et à nous réconcilier, (jue ne fera pas la joie et la générosité de la victoire !

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