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LE RÉCHAUD DU SOLDAT

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La gaieté règne dans les tranchées ! Vous le savez par les journaux et par les lettres de vos enfants, maris et frères. Il ne faut rien exagérer cependant ; il ne faut pas les croire sur parole, les braves gens : il ne faut pas s'imaginer qu'ils sont là, par ces longues nuits pluvieuses, comme dans un restaurant de fête. Sans doute, beaucoup s'ingénient par des plaisanteries à chasser l'ennui. Et je sais telle région où, clans le labyrinthe de huit kilomètres que depuis un mois ils ont creusé, des chemins bien entretenus se nomment pompeusement l'avenue des Champs- Elysées, la rue Monsieur-le-Prince. Je sais

tel a cagibi » d'ofllcier qui possède un fauteuil de Aelours cramoisi, une taille avec un bouquet de roses de ^»oël et des assiettes de vieux Strasbourg. Qu'est-ce que cela prouve ? Le courage moral, la tenue d'àme de noire armée. Les soldats, dans ce village abandonné et bombardé, parmi les ruines, ont découvert un mobilier que les propriétaires retrouveront plus tard dans les tranchées. En réalité, on sauve la situation à force de vaillance et de bonne humeur. Camarades, vous êtes bien capables de vous tromper vous-mêmes, les uns les autres, mais vous n'arriverez pas à nous empêcher de aous plaindre et de vous admirer.

(Je n'aime pas beaucoup le mot « plaindre » quand il s'agit de gens si braves, c'est entendu, mais enfin, c'est une nuance qu'il y a dans notre admiration et notre reconnaissance. Nous ne pouvons pas ignorer sous prétexte qu'ils n'en disent rien, ce que nos frères souffrent pour la patrie).

S'ils avaient, du moins, dans les tranchées, des aliments chauds et des boissons chaudes ! C'est une des grandes préoccupations du commandemetit et du service du front. Dans les premières lignes, il est impossible de faire du feu : on donnerait un point de repère à

l'ennemi. D'autre pari, les cuisines sonl 1res éloignées... Voulez-vous que nous examinions en bonnes gens pratiques ce problème?

Des marmites norvégiennes pourraient être utilisées. Mais elles encombreraient et il en faudrait plusieurs : une pour le café, une autre pour les aliments. Le mieux serait un réchaud, facile à manier, à placer dans un trou à même la paroi de la tranchée, facile à transporter avec soi, ne dégageant ni fumée ni vive lumière.

Devant ces données, un beau jour, un major se frappa le front ;

— Mais, dit-il, quand j'étais enfant, nous avions un jouet ou plutôt un amusement, l'alcool solidifié.

Le problème était résolu. Restait à mettre la chose au point. C est fait aujourd'hui, .l'ai en main « le réchaud du soldat w. Je l'ai montré autour de moi à ceux qu'il intéresse. Ceux qui doivent s'en servir m'ont dit: « C'est épatant ! » Je veux donc mettre l'explication sous les yeux de tout le monde, afm que toutes les tranchées, de la mer à Belfort, puissent profiter, s'il en est digne, de cet ingénieux objet.

Les initiateurs n'ont aucune prétention.

« Nous n'avons rien inventé, disent-ils;

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nous avons retrouvé un amusement d'enfanL.» La matière combusliMe ù employer est connue depuis longtemps : c'est l'alcool solidifié, ol)tenu par un mélange à chaud au !)nin-marie de 8 parties d'alcool et i partie (le savon ordinaire. La solidification résulte du refroidissement,

Le réchaud seul est nouveau et original. El est constitué à laide d'une boîte à conserve (l)oîle de 3oo grammes, vulgairement appelée par les soldats « boîte à singe »). Les bords sont dentelés plus ou moins profondément suivant l'intensité qu'on veut donner à la combustion. Ces créneaux servent de support on récipient à chauffer. Une deuxième boite sert de couvercle et d'éteignoir. Après refroidissement, le tout peut être remis en poche. En quelques minutes, le soldat peut avoir son café chaud ou sa soupe. En vingt minutes. si la température est trop rigoureuse, il peut se procurer une bouillotte d'eau chaude. La durée de combustion de la boîte est de 60 à ~o minutes. Un réchaud ménagé peut flonc servir à plusieurs hommes et plusieurs jours. Le prix de revient de la boîte est de dix centimes.

Des officiers d'une formation sanitaire de la zone de l'avant ont organisé un atelier

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d'où il peut sortir 200 à 200 réchauds par jour, et les réchauds sont distribués gratuitement aux hommes. Jusqu'à ce jour, les matières premières, alcool et savon, ont été fournis par la générosité privée. Ceux qui voudraient aider à multiplier cet instrument d'un modeste bien-être pourraient adresser leur olTrandc à M. l'abbé Champly, supérieur des missionnaires diocésains, 19, rue Nitot.

J'espère que personne ne nous reprochera de traiter en première page d'un grand journal des questions trop humbles. Nous sommes bien d'accord^ n'est-ce pas? tout ce qui concerne nos soldats est noble.

MAX BARTIIOU

17 Déceiiihre Iijl'l.

J'avais vu le jeune Max Barthou le matin même où il venait de contracter son engagement pour la durée de la guerre, et je sais mieux que personne ce qu'il lui avait fallu de ténacité pour réaliser son vœu et se

LKS SAINTS Di; LA FUA>CE 2yO

faire accepter malgré son jeune âge. J'admirais l'âme résolue de ce petit soldat. Charmante fiç!:ure ferme, ton net, intelligence claire, né pour le commandement, un jeune Français pour qui la vie ne pouvait pas avoir d'obstacle. Son cœur généreux d'enfant et le noble désir d'ajouter ses forces aux services patrioti<{ues de son père lui ont mis tout de suite la main aux armes. Il s'est engagé, il a marché, il a rencontré la gloire. Mon cher ï^arthou, quand vous donnez à la patrie votre 111s unique, âgé de dix-huit ans, toute Tamitié de la France vous entoure, voudi-ait vous aider. Je prie Madame Barthou d'agréer l'hommage respectueux de notre admiration pour elle et pour l'enfant qu'elle regardait avec épouvante partir et à qui elle eut la vaillance de ne pas montrer une larme. C est quelque chose d'inoubliable et qui nous assure la victoire, cette bonne volonté des familles françaises, cet effort du «pays des fils uniques », comme ils disent là-bas avec mépris. \ ive la I^'rance î Mon cher Barthou, je vous embrasse.

27^ Llîf> SAINTS l)i; I A IKANCF.

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