‹ L'âme française et la guerreChapitre 35 sur 42 · JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC

iS Décembre 191 4.

Je déposerai mardi sur le bureau de la Chambre une prop<»sition de loi ayant pour objet rinstitution d'une fête nationale de Jeanne d'Arc. Ce projet d'hommage, dont l'initiative remonte à un sénateur radical, INI. Joseph Fabre, a depuis des années rencontré laccucil le plus favorable en dehors et au-dessus de tous les partis politiques. Et pourtant on ajournait de l'adopter décidément. Il faut nous féliciter aujourd hui de ces retards que l'on comprenait mal. Hier, cette idée naurait pas eu la haute et pleine

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signification que notre piété patriotique lui donne dans ces jours d'union sacrée, en face de l'envahisseur.

Quand l'Allemagne glorifie et justifie, pour mieux les déchaîner, tous les instincts hrutaux, groupons-nous autour de cette incomparable image de la force jointe à la plus rayonnante loyauté.

Mardi, dans une séance où. seuls, à mon avis, doivent parler le président de la Chambre et le Gouvernement, je me bornerai à déposer cette proposition et à faire ce geste national. Il convient d'élever, à l'arrière de la bataille, en face de leur temple de la Walhalla oi'i trône le roi des \ andales, cette figure de la A ictoire, cette sainte de la patrie, l'un des cires les plus purs qui aient honoré l'humanité. (Ju'elle dise à l'univers : Voyez quel est l'idéal des Français.

K\MERAD!

IÇ) Décembre igi^.

Les chefs de l'Allemagne sentent que la victoire leur échappe. Ils ne croient peutêtre pas à leur défaite complète (qui, moyen-

LES SAINTS m: LV FRANCK 26o

nant une prolongation de nos eiïoiis et de nos sacrifices, est certaine), mais ils reconnaissent que leur coup est manqué. Ai Paris, ni ^ arsovie. L'effroyable supériorité que leur assurait leur magnifique préparation guerlière a, par miracle, échoué. Nous avons été servis par un état-major et des soldats que la France n'aura jamais assez de voix pour bénir. Honneur au Généralissime, honneur à ses généraux, à Gastelnau et à Sarrail, à Pau. Dubail, Foch, Maud huy, a tous ceux dont l'ignore le nom, quelles qu'aient été leurs opinions, leurs amitiés, leurs légendes vraies ou fausses ! La patrie les remercie, eux et leurs officiers et les plus modestes soldats couverts de la bouc des tranchées. Ce sont des hommesmiracles. Abrités tant bien que mal derrière le 75, ils ont supporté la supériorité première des mitrailleuses et de l'artillerie lourde allemande, et, grâce à l'ingéniosité de l'esprit français, grâce à la fermeté de l'âme française, tout étant réparé, voici la civilisation sauvée.

C'est bien! disent les Austro -Allemands dans leurs sinistres conciliabules ; c'est un coup à recommencer !

Ils voudraient annuler la partie. Kamerads! Et les voilà qui esquissent le geste de mettre les deux mains en l'air.,. C'est un guet-apens ;

il le faut dénoncer. Il faut que l'on distingue l'arrière-pensée de l'Allemagne. L'Allemagne veut faire circuler à travers les pi'vs alliés une vague idée cjue la guerre pourrait cesser, idée amollissante el propre à jeter des in'juiétudes entre l'Angleterre, la Russie et la France. El. cette paix, cet armistice quelle laisse entrevoir comme une déclaration de maldonne, comme un retour à l'état antérieur, elle l'emploierait à rompre nos amitiés et à reconstituer ses forces matérielles.

Xous ne serons pas dupes de cette grossière manœu\Te. Assez de fois nos soldats sont tombés dans les pièges allemands. Quand je suis allé en Lorraine, on m'a raconté quau col de la Cliipotte ils s'avançaient les bras en l'air et criant! « Kamerads ! » Et puis, soudain, se jetant de coté, démasquaient des mitrailleuses qui massacraient nos frères trop ronflants ; on m'a dit encore, et PouAOurville en a fait un récit inoubliable, qu ils ont bombardé une nuit Nancy, parce cju'on leur avait généreusement permis de ramasser leurs morts, et que leurs prétendues civières et fourgons funèbres contenaient des pièces d'artillerie. Ecartons les pièges de ces fourbes.

Ces avances indirectes, cauteleuses, ces sapes de l'Allemagne font comprendre l'incon-

!.T:s S\IMS de la FRANCK '>.8~

vénienl qui! y aurait aujourd liui à ouvrir des discussions parlementaires. Il pourrait se trouver des individus pour avoir une opinion à la tribune sur ce qui ne peut être traité en public que par le Gouvernement. C'est déjà bien assez dangereux qu il y ait des couloirs oi^i fermentent des centaines de forces inoccupées.

Les meilleures activités, quand elles n oni pas de direction, d'issue, et qu'elles tournent sur elles-mêmes, gênent, troublent, encombrent et même peuvent nuire. On ne sait que faire des deux personnels parlementaires: ils se sont très bien conduits au 4 août ; on compte sur leur excellente tenue pour mardi ; (juanl à janvier, c'est l'inconnu. Les meilleurs disent qu'en janvier il faudra qu'ils parlent, qu'ils se sont sacrifiés assez longtemps, que c'est de leur dignité de rouvrir la tribune et, pis encore, que c'est constitutionnel.

La tribune! le problème serait d'y trouver un sujet de conversation. Si les hommes distingués qui composent la représentation nationale pouvaient laisser en dehors de leurs développements, et, en quelque sorte, en dehors du jeu, l'armée et la diplomatie, la défense nationale serait déjà un peu mise à l'abri. Mais il y a les ambitions minislé-

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rielles I C'est terrible où elles peuvent mener ceux qu'elles tenaillent! Ouvrons l'œil, citoyens, et que personne ne vienne dans les couloirs nous apporter ses idées sur une meilleure conduite de la guerre ou sur un plus prompt règlement de la paix, que personne ne nous apporte un écho pacifiste des menteuses avances de l'Allemagne !

Silence aux intérêts individuels et de parti ! Continuons d'être nationaux, sans plus.

il n'est plus permis qu'il y ait des « pacifistes ». L'abbé A^etterlé, qui a assisté aux congrès de la paix et à leurs réunions préparatoires, en qualité de membre du Reichstag, nous a dit cent fois que « les pacifistes ne furent jamais, si on excepte quelques naïfs égarés au milieu de criminels conscients (ce sont ses propres expressions), que les pionniers du germanisme. Les congrès (de Berne et de Baie), pour les Allemands, n'avaientpas mission de prévenir la guerre, mais d'en régler les conditions de manière que son issue fût plus favorable à l'Allemagne... Ce sont les mêmes criminels, dit-il encore, qui maintenant tentent le sauvetage de l'Allemagne. Si les troupes de Guillaume étaient entrées triomphalement à Paris, les pacifistes n'auraient pas plus bougé qu'ils ne le firent

au mois d'août quand la neutralité belge fut honteusement violée. Mais voilà le Rhin menacé... »

Espérons que nous ne verrons réapparaître chez aucun Français le bout de l'oreille de l'àne pacifiste. Les sacrifices consentis par la nation veulent pour récompense une paix de cent ans. Nous poursuivons le brisement de l'Empire qui a déclaré la guerre à tout ce qui n'est pas germanisme. Ils sont venus chez nous pour rompre les os de notre nation. Allez voir ce qu'ils ont fait des pays où leur flot a passé ! J'ai vu Senlis, aperçu Reims, visité un coin de la Somme, les Vosges, la Lorraine. Les vaillants Belges pleurent au milieu de nous la jîelgique qu'ils reconstruiront, et nos réfugiés français nous nomment des centaines de villages et de petites villes qu'il sera difficile de remettre debout et de ranimer. Nous savons que les Prussiens voulaient jeter à terre nos hommes-drapeaux, comme ils font de nos monuments nationaux, comme ils auraient fait, quartier par quartier, c'est ma conviction, de Paris. Et quand nous les tenons, quand, poitrine contre poitrine, nous les sentons haleter, nous irions desserrer l'étreinte !

Ne tentez pas le destin. Des miracles comme celui de 191^, il y en a plusieurs dans l'his-

loire de Fronce. C'esl même par là que nous sommes une nation tout à fait exceptionnelle, un peuple a rebondissement. Et pour ma part j'ai toujours compté sur ces fièvres sublimes, à la française, qui nous rendentla santé. Mais profitons-en. <( Peuple merveilleusement élastique, disait de nous le prince de Biïlow.,, Ses succès et ses revers ont toujours rempli l'Europe de nouveaux étonnements. » Jeanne d'Arc est toujours agissante, et, fleur de notre sang, Phénix de la patrie, elle renaît éternellement de ses cendres. Mais cette opinion que je reproduis de l'ancien chancelier de l'Empire, dans son livre, La politique allemande sous Guillaume II, prouve qu'on nous connaît outre-Rhin. On y est capable de comprendre qu il faut céder à la France quand elle a pris son élan et déployé ses ailes, quitte à la saisir quand elle retourne à son terre-à-terre, à ses vaines disputes. Cette tactique ne serait pas si malhabile. C'est même contre nous la plus redoutable. Nul Français ne s'y prêtera. Nous poursuivrons la lutte jusqu'au brisement de l'Empire allemand.

Nul ne répondra : « Camarade ! »

P. -S. — J'ai reçu la AÎsite de MM. Henri Leclezio et Edgard de Rochecouste qui m'ont

fait riionneur de me remettre, de la part du Comité de secours Mauricien de Paris, deux mille cinq cents francs « pour les soldats français ». \JEcho de Paris sera 1res heureux de disposer de cette généreuse offrande selon les désirs que voudront bien lui exprimer les chefs qui s'adressent à nous poumons signaler les besoins de leurs braves soldats. On sera très touché en France de cette pensée affectueuse qui nous Aient de l'ile Maurice, du pays enchanteur de Paul et l irrjinie et dune petite nation dont le roi George disait, il y a peu, qu' « elle a conservé tout le charme de la race française ». Nous prions MM. de Pvochecouste et Leclezio de recevoir nos plus cordiaux remerciements .

" LE YRAI NOËL POUR LARMÉE "

21 Décembre iQii.

« Poursuivez votre campagne! » C'est le mot d'ordre que je reçois de tous les côtés. 11 est en toutes lettres dans la belle page que voici, et qu'un grand chef me fait l'honneur

•2q'.i LES SAINTS DE LA FRANCE

de m'écrii'e du fronl. 11 y parle, comme on verra, d'accord avec ses oniciers d'élat-major et ses soldats :

. . . Pas plus tard qu iiicr tout le bien fondé do votre article sur la médaille « Valeur et courage militaires » éclatait d'évidence et était l'objet de nos conversations.

Sur la poitrine d'un feldwebel. tué devant nos tranchées, nous avons trouvé la médaille de la « Croix de fer » avec l'exergue iSiS-iqiZi. S'il ne faut pas imiter les Allemands dans toutes leurs œuvres, je suis convaincu, connaissant le soldat depuis près de quarante-cinq ans, qu'en la circonstance le Kaiser a raison. Il surexcite l'émulation et fait, en octroyant cette distinction, que celui qui la porte ne recule jamais.

Ce matin même, j'ai interrogé les cavaliers du ... Parmi eux beaucoup avaient pris part à de sanglantes batailles comme à des combats singuliers avec les uhlans et autres cavaliers ennemis, beaucoup revenaient sur le front pour la deuxième et même la troisième fois. Sans prétendre faire un plébiscite, je leur ai demandé : « Sericz-vous heureux, si on vous donnait une médaille de bronze portant ces mots : Valeur et courage militaires ? Vous savez bien que je ne peux pas vous donner, à tous, la médaille militaire. » Et tous de me répondre avec leur accent de terroir : « iMais oui, mon général ! Si on est tué, si en ne revient pas, ça fera plaisir aux vieux. Si on revient, ça fera un souvenir glorieux. »

Poursuivez donc voire campagne. Déjà de nombreux blessés m'écrivent pour me demander de les citer à l'ordre ; ce n'est pas possible. Au contraire, cette médaille donnée aux vrais combattants, serait la consécration de leur énei'gie, de leur dévouement à la Patrie, de leur fidélité au drapeau.

La médaille commémoralive, qui s;Ta créée lût ou tard, n'aura jamais la valeur de celte médaille, signe du courage et de la valeur. Elle sera distribuée aux mobilisés, à ([uantité de gens ((ui n'auront jamais entendu sifTler une balle, ni éclater une <( marmite ».

Puissent ces arguments, (jui sont d'ailleurs implicitement contenus dans vos articles, décider le Parlement! Beaucoup de parlementaires ont vu le leu, y ont été blessés ; ils vont rentrer à Paris. Je suis convaincu (pi'ils partagent mon opinion,, tpai est celle d'un clicf (|ui vit très prés de ses soldats, parce qu'il les aime, parce (pi'il a été soldat de deuxième classe comme eux, il y a quaranl("-c]uatre ans, parce cjuil connaît leur cœur dont il sent les battements.

^ oilà une belle lettre, n'est-ce pas, et d'un homme de qui le lecteur, immédiatement, se dit : « Je serais fier d'être son ami ou son subordonné, cnlln, de quelque manière, son collaborateur. »

Pour varier le ton, lisez donc cette extraordinaire épitre que je reçois d'un do mes collègues ! C'est un député de qui je ne veux pas donner le nom, tant je désapprouve sa manière de voir et tant j'espère qu'il voudra bien la modifier, s'il me fait l'honneur de causer avec moi mardi. Je publie sa lettre, puisqu'il veut que nous ayons celte petite discussion au pied de la tribune muette, mais vraiment je la puldie comme un modèle de ce qu'il ne faut pas penser, bxoutez :

2 04 LES SAINTS DE i.\ FRANCE

Ainsi, mon cher collègue, iTrécril l'honorable représentant du peuple, vous croyez opportune, nécessaire inême, la création d une nouvelle décoration destinée à récompenser le mérite militaire !

Vous savez cependant qu'il existe chez nous cinquante décorations, tant métropolitaines cjue coloniales ! Allons-nous braver une fois de plus ce ridicule et justifier les plaisanteries d'usage en pareille matière? Véritablement, avec les médailles et insignes portés sous le gilet de tlanelle et l'étalage extérieur des décorations et rubans en tous genres, nous versons peu à peu dans le fétichisme, ou tout au moins nous en offrons l'apparence.

Et puis on finira par croire que le Français n est capable d'aucun héroïsme, d'aucun dévouement, sans l'appât d'une récompense. . .

Voilà ! Jai lu et relu. Je ne sais pas si vous êtes de mon avis, moi, je trouve ça phénoménal. Je suis même curieux de causer avec l'auteur et d'entrevoir de quel ensemble d'idées il dispose et comment il les associe. Réfléchissez un peu, mon collègue. Il y a quelque chose que les soldais français ne nous diront jamais, mais que, vous et moi, nous devons nous dire de ces braves : ce Leur sou est une toute petite chose. » Ils ne réclament rien ; ils y ont du mérite, (juand, à la relève des tranchées, ils veulent s'offrir un léger supplément et que leur poche est vide. D'autant quils ont rencontré les Anglais merveilleusement nourris et ravitaillés à la solde de

'2 fr. 20 c. par jour et par homme. Le manque de bien-èlre, nos défenseurs acceptent de le compenser avec de la gloire. Ils ne peuvent pas se payer du bien-être avec de l'argent, ils se payeront de la gloire avec leur sang. Cliapeou bas ! collègue.

Croyez-vous donc qu'une décoration donnée sur le champ de bataille pour valeur c! courcif/e inililaires, ressemble à ces divers rubans dont on a follement abusé et dont vous me semble/ désabusé ? Dans mon premier article sur la question, j'ai raconté une scène de décoration après la bataille qui m'avait frappé, bien qu'elle fût prise dans la moyenne. Toujours mal à laise avec la Censure, dont jignore ce c|u'elle défend exactement, ou permet, mais qui, au bout du compte, empêche plus de gaffes quelle nen fait, j'avais tu les noms. Le Petit Courrier d'Angers les a publiés et a raconté tout au long ce bel épisode. Je reprends donc mon récit, pour avoir l'occasion d'ouvrir les yeux de mon collègue et pour donner toute satisfaction au héros.

Ce héros s'appelle Henri Gallard. il est de son métier facteur des Postes à Angers, et, pour la guerre, il est sergent réserviste au 117® de ligne.

Le II octobre, il était désigné, sur sa

demande, comme sergent éclaireiir. Assisté de trois hommes, il devait se rapprocher des lignes ennemies et en repérer les positions. Du II au i5, il signala à son corps plusieurs tranchées ennemies, ainsi qu'un convoi de ravitaillement qui. sur ses indications, lut bombardé. Le iG, vers quatre heures et demie, il s'avance, avec deux de ses hommes, jusqu'à 1.200 mètres en avant des lignes françaises. A l'aigri derrière une charrue, il est gêné dans ses observations par un brouillard intense. Il tente de s'approcher davantage, mais essuie plusieurs coups de fusil ; une lialle l'atteint à la cuisse droite. Il continue cependant à marcher. A travers le jjrouillard, il aperçoit alors, à 100 ou i5o mètres devant lui, trois formes imprécises qu'il prend tout d'abord pour des meules de loin ! C'étaient \es Allemands. Ils ouvrent une très vive fusillade. Lne balle atteint Gallard ; il tombe, puis, se relevant, il se replie au pas gymnastique pendant 4oo mètres et, finalement, s'abat épuisé dans un cliamp de betteraves. Un de ses compagnons avertit alors les soldats du i3o*^ de ligne, à l'alTùt dans les tranchées en avant d'E... 11 est aussitôt relevé et transporté en arrière de la ligne de feu.

On le mène à la gare de Montdidier, on le

place dans un fourgon sanitaire. Mais soudain deux brancardiers viennent le reprendre et se mettent en devoir do le redescendre sur le quai.

— Qu'est-ce C|u"il y a? Oui me demande?

^ oilà qu'il aperçoit sur le quai deux généraux, des soldats en armes et le personnel de la gare nu-tête.

Le général Boëlle, commandant du 4'' corps darmée, s'approche :

— Sergent Gallard, dit-il, vous n'avez pas craint, au péril de votre vie, d'aller vers les lignes ennemies chercher les reusciojnements précieux pour l'armée. Sur la demande de votre commandant de compagnie, de votre colonel, de votre général de brigade et au nom de M. le Président de la République française, je vous décore de la médaille militaire.

Il lui donne l'accolade et il ajoute :

— Comme vos blessures, m'a dit le major, n'ont aucune gravité, j'espère vous revoir d'ici peu, et je vous réserve, pour votre retour, une place de sous-lieutenant !

Quelques instants après, le train sanitaire quittait Montdidier.

Eh bien ! mon cher collègue, les généraux sont obligés de laisser sans récompense beau-

coup d'aclcs pareils, parce qu'ils ne disposent pas d'un nombre suffisant de médailles militaires. Maintenant, relisez votre lettre, ou plutôt, non, déchirons-la. et joignez-vous à moi pour déterminer un courant.

...\ oici encore une lettre qui nous y invite ; vous pouvez la lire parrdessus mon épaule et regarder la signature. Elle est du général des Garets, dont je puis donner le nom sans inconvénient, puisqu il nest plus en activité :

Voire idée pour la médaille du mérite militaire est magnilîque, cl sa réalisation est une chose urgente. Nos braves troupiers, qui, pour un sou par jour, subissent les terribles épreuves que l'on sait, et sont appelés à en affronter tant et tant jusqu'à la mort, ont besoin de ce stimulant, qui les fera rivaliser entre eux à qui la médaille.

Cette médaille, à défaut de ])lus liante récompense, restera dans leur vie le jeton do présence qui fera dire à leurs concitoyens, en vovant passer un des héros de 1914-191Ô: Celui-là est un de ci-ux (jui ont sauvé la France !

Eh bien ! la France ne doit pas attendre pour donner à ces enfants qui la sauvent, son merci, sa récompense, son encouragement. Elle ne doit pas attendre que soldats ou chefs demandent qu'on pense à eux. La Chambre trouverait une magnifique occasion de se signaler à l'armée, en lui apportant, le 22 décembre, ime acclamation bien méritée, et en y joignant une motion pour la création de l'insigne que vous demandez. \ oilà le vrai Noël pour l'armée ! Une expression de reconnaissance et un réconfort pour les nouveaux élans qu elle va donner ! . . .

Je remercie le général des Garets et tous ceux des chefs qui veulent bien m'approuver Je ne mentionne pas l'opinion des soldats, a qui cette décoration est destinée. Elle va de soi. Un maréchal des lo!::is d'artillerie m'écrit : a Me< camarades et moi ont fort apprécié votre proposition d'une médaille de lironze », et spirituellement il ajoute : « C'est sans doute que nous pensons tous l'avoir un peu méritée ». Eh ! oui, « les camarades » Font tous un peu méritée !

Est-ce à dire que demain je déposerai une proposition? Je ne le crois pas. C'est au Gouvernement ou bien au Parlement tout entier de prendre cette initiative. Je ne veux pas me donner un rôle qui dépasse ma taille alors que nous avons des collègues qui sont à la bataille et à qui je me dois de céder le pas par respect pour l'armée. Mon rôle modeste où je suis amené par l'ardent souci de faire plaisir et honneur k nos admirables soldats, c'est de dire ce que nous autres, les non-combattants, nous voudrions qu'on fît pour les combattants, et je suis sûr de le dire d'accord avec des grands chefs. Ceci fait, 1 opinion publique prévenue, nous attendons avec confiance un acte du Gouvernement, toujours vigilant s'il s'agit de donner

aux soldais la consécration de leur gloire et aux chefs un nouvel instrument moral de victoire.

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