LES FAMILLES DES SOLDATS
a'i Décembre 191-I.
Le Gouvernement, dans cette courte session, nous a dit qu'il créait une Commission pour réparer ce qui ne va pas dans la distribution
des secours aux familles des soldats. ^ ous vous rappelez que nous en parlions, l'autre jour. J'ai reçu un tas de plaintes. Et j'ai déjà commencé à les étudier. Je crois que je suis à même de vous dire pourquoi cette alTairelà ne marche pas très bien.
Il y a des rancunes locales, et puis l'organisation fut hâtive (il le fallait bien), mal préparée, insuffisamment pensée.
Tout d'al^ord, je prie les intéressés de m'excuser si je ne réponds pas à chacun d'eux. J'aimerais le faire; ce serait plus aimable et plus poli, mais bien difficile. Ils me demandent, n'est-ce pas, d'obtenir un résultat. Pour y parvenir, je prépare un travail d'ensemble que je soumettrai au ministre et qui le mettra à même de faire réparer les injustices commises.
En somme, je procède dans cette question des secours aux familles des mobilisés comme dans la question des soins aux blessés. J'ai donné au ministre de la Guerre certains éléments utiles pour faire une enquête sur les défectuosités du service sanitaire. Eh bien! de même, je veux mettre a la disposition du ministre de l'Intérieur certains éléments pour enquêter dans chaque département sur le service des allocations.
.)I2 LES SAINTS Dt: L\ FHAXCE
On n'attend pas que je bataille ici sur des cas particuliers. Cela nous mènerait loin. Ecoutez plutôt ce début dune lettre intéressante que je reçois :
M()n>i('iir, c'est moi qui ai contribué à faire suspendre illowme Libre. Le numéro qui a motivé cette suspension contenait deux articles cjue javais inspirés. Eh bien ! je vous le dis, l'attribution dessecours se fait lionteusement. et se fera toujours ainsi avec la composition actuelle des Commissions...
lialle-là ! mon cher correspondant. Je vous lis d'un œil curieux, mais précautionneux. \ ous êtes une bombe, d'après vos antécédents, et j'ai peur de vous introduire plus avant dans les colonnes de ce journal. Les bombes, il faut les réserver pour le front allemand. D'ailleurs, à toutes les espèces que je citerais, on pourrait toujours m'opposer que je me suis laissé tromper. Mon affirmation ne peut pas sullire; il y faudrait joindre des preuves ; elles ne peuvent résulter que d'enquêtes menées d'accord avec l'administration.
Ces enquêtes révéleront des scandales.
Cela résulte de plaintes douloureuses et autorisées, dont je puis vous donner deux expressions qui ont de la force.
M. \ictor Rocliereau, député de la Vendée, écrit :
L'allribulion des secours s'efTeclne de façon fort inégale. Telle région privilégiée reçoit plus que de raison ; dans telle autre, on distribue les indemnités d'une i'açon très parcimonieuse. Ici, abus des allocations journalières; là, impitoyable refus. Parfois aussi, liélas! d'autres considérations interviennent pour le rejet des demandes, et il m'est pénible de vous les l'aire entrevoir. Elles sont malheureusement faciles à deviner, et i ai. pour ma part, l'impression très nette que certaines demandes ont été écartées en raison de l'obstination mise par leurs auteurs à demeurer iidèles aux idées que j'ai l'honneur de représenter.
Uneleltrc que M . de Gailhard-Bancel , députe ,
m'écrit sur son pays d'Ardèche, fournil un son
également triste :
Les Commissions cantonales, me dit-Il, ont été composées de personnes à parti pris. Elles refusent les allocations aux femmes dont les maris afllrmaient leurs idées catholiques, et souvent ne se gênent pas pour rudoyer ces malheureuses, qui. à bout de ressources, viennent insister pour obtenir l'allocation.
Je signale ces situations, qui seraient vraiment très vilaines et quil faudrait enquêter. C'est à (|uoi peuvent servir mes dossiers. Est-ce à dire que la vilenie politique, ou plulot la vilenie partisane, s'étale d'un bout à l'autre du pays? Oh! non pas. C'est l'exception. Il me semble que l'incurie et la lenteur des administrateurs jouent un rôle plus néfaste que les rancunes électorales. Les négligences nuisent encore plus que les mau-
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valses volontés. Souvent, très souvent, les lettres des intéressés demeurent -ans réponse. Cela est mauvais. Il appartient hu ministre et aux préfets de stimuler le /èlc épistolaire et la bonne grâce de qui de droit.
Mais voulez-A^ous que nous cherchions à dégager le- causes, à établir schématiquement comment le mal est apparu qua.'id on voulait faire pour le mieux? Remontons au début.
En général, dans les campag'ies, le public a compris que toutes les familKs des mobilisés avaient droit à l'allocation et personne n'a osé ou n"a pu les détromper. Alors il s'est produit une véritable avalanche de demandes. C'est par centaines, c'est par milliers ([u'elles ont afflué dans les sous-préfectures. Pour examiner cet amas de dossiers, la commission manquait de renseignements nets, précis et déterminants. Les municipalités, comprenant ce qui allait arriver, ne fournissaient pas de renseignements, ouïes donnaien' trop vagues, trop uniformes pour qu'il fùl possible de différencier les situations. D'ailleurs des élus peuvent difficilement remplir une mission de ce genre. Pourtant il fallait aller Aile. La commission marcha un peu à l'aveugle.
Elle commit des erreurs d'appréciation, elle accueillit, au bénéfice de la loi, des familles
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qui auraient pu se suffire par elles-mêmes. 11 est inutile Je chercher à ces erreurs des mobiles désc )ligeants. Mais le plus beau désordre commença.
Les comparaisons se firent : « Comment, un Tel loue h > ! Il a de quoi vivre, pourtant : û est plus rie iic (jue moi. Pounjuoi ne toucherais-je pas !' »
C'est hum (in, c'est français. On pourrait se passer duii avantage, mais on veut profiter puisque d'autres profilent. « Je veux loucher, au nom de l'égalité, dès l'instant qu'un autre jiii est de même situation que moi. a louché; et si l'on m'écarte, je me tournerai ver^ mes amis, je leur dénoncerai l'injustice. » ihac vous disais-je ! Nous voilà en pleine anarchie !
Un ancien député, (|ue je n'ai pas l'honneur de connaître, mais qui a l'esprit d'obseï'vation, M. Dumas, m'écrit une lettre que je voudrais ciU r en entier pour m'expliquer qu'il replie ses voiles et, devant la bourrasque, rentre au port :
Aujourdhui, me dit-il. la situation est inextricable, et, quoi qu'on :asse, il restera des Iroisscmcnts tenaces. Effrayé par ces conséquences, ne voulant ni me prêter à des abus en accordant à tous, ni risquer en résistant de me montrer trop parcimonieux, je me suis retiré. Ma démission de la Commission d'un petit canton
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du Cher vient d'être acceptée. J'en adresse ici tous mes remerciements à M. le préfet. Je me sens déchargé dune lourde tâche, trop lourde pour im habitant du pays, très allégée pour un Fonctionnaire qui, demain, s'en ira ailleurs, en laissant derrière lui les animosilés. Je ne me sens pas le courage d'imposer ;\ mes vieux jours le poids de haines inévitables, quoique imméritées.
Il rentre sous sa tente, notre honorable collègue. C'est un sage. Mais une plus grande sagesse serait de tirer nos campagnes de cette situation.
Comment s y prendre? Quelqu'un me dit : ce 11 faut donner à tous, indifïéremment, riches ou pauvres, ce qu'ils demandent, étant spécifié qu'après la guerre, si le secours avait été indûment réclamé, la restitution serait du double, sur preuve établie. » Ah bien ! mon cher monsieur, vous nous proposez un joli lendemain de guerre !
Je crois que M. Malvy, en instituant une Commission de revision, crée un instrument qui peut servir à la paixpuliiique. Seulement, il faut qu'avec un esprit de bonne foi on aide autour de soi, chacun dans son pays, ceux qui ont été lésés, qu'on les guide. C est à quoi je me suis ofl'ert. Des gens moins occupés que moi et habitant, chacun, sa région, y conviendraient mieux. Je ferai le possible.
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Mais d'abord, je crois rendre service aux intéressés en leur rappelant toutes les étapes tle la procédure à suivre pour obtenir les allocations. Un grand nombre d'eux, je le vois par leurs lettres, semblent ignorer les portes successives auxquelles ils peuvent frapper.
Ils ont d'abord ù adresser une demande au maire, qui doit saisir la Commis- :^ion cantonale présidée par le juge de paix.
Si on rejette leur demande ou bien si on leur attribue une allocation insuffisante, qu'ils adressent une demande au sous-préfet. Celuici saisira la Commission du département, à la tête de laquelle siège le président du tribunal.
Enfin, s'ils continuent à se croire lésés, qu'ils adressent un recours au ministre de rintérieur, et celui— ci saisira la Commission de revision nouvellement constituée pour juger en dernier ressort.
Le ministre n'a pas encore fait connaître la composition de cette Commission, mais nul doute, je m'en fie à si)n équité naturelle, (ju'il ne veuille la nuancer et y introduire des éléments propres à rassurer tous les intérêts et à représenter toutes les opinions.
Les esprits politiques, tous les bons Français, tous les hommes raisonnables, après
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avoir applaudi le « jusqu'au boni » (|ui a élé dit et applaudi, d'une manière si ferme, dans la journée de mardi, sont d'accord pour comprendre que, pour tenir contre l'ennemi, il faut nous tenir entre nous. Il faut que nous donnions à nos soldats une parfaite tranquillité d'esprit sur le sort de leurs familles. 11 ne faut pas s'enquérir de l'opinion des gens avant de les secourir puisqu'avant de les envoyer au feu on ne leur demande pas leurs idées.
P.-S. — Le président du Conseil ma demandé d'ajourner la proposition que je voulais déposer pour l'institution d'une fêle nationale de Jeanne d'Arc et du patriotisme. Le président du Conseil a-t-il tort, a-t-il raison ? C'est une question qu'on pourrait discuter. Et je crois qu'il a tort. Mais je ne veux pas discuter, à cette heure, avec celui qui a la charge de si grands intérêts, ni opposer mon opinion propre à l'opinion gouvernementale. Ce n'est vraiment pas le moment. Je me suis rendu immédiatement au désir formel de M. le Président du Conseil.
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UN DiNEIl CHEZ DÉROULÈDE
20 Dccemlire iijr^.
Chaque année, a celte date, un journal qui se respecte doit donner à ses lecteurs un conte, quelque récit qui se déroule ou tout au moins s achève auprès d'un bon feu, à la lumière brillante des bouiiies et non loin d'un joyeux repas. C'est le conte de Noël, une petite composition qui a ses règles, sa forme déterminée par lusage et qui doit être plaisante, familière, doucement confortable, en quelque sorte chaullée par la grosse ])iichc de lâtre, éclairée par les bougies de l'arbre, et parfumée par les exhalaisons de Foie qui achève de nMir.
Eh bien ! ce genre de récit, oii excellaient les Erckmann-Chatrian, les Coppée et les Theuriet, cjuand j'aurais le talent de l'invenler, je n'aurais pas le cœur ù l'écrire aujourd'hui. Foin des images ordinaires de nos réveillons ! Il n'est place ce soir que pour les pensées religieuses ou patriotiques, et je songe à nos braves soldats qui, là-bas, dans les
tranchées, ouvrent les paquets que les femmes françaises leur ont envoyés ! A travers l'ombre qui les enveloppe, sous la pluie qui les fatigue, je distingue les figures de mes amis personnels et puis celles de tous mes camarades ligueurs. Et, par une pente d'émotions et d'idées, voici rjue ma pensée rejoint celui qui aimait tant, par avance, les soldats de la Revanche, qui les appelait et qui leur sonnait dans son beau clairon toutes les sonneries martiales de France, à se rompre le cœur. Je veux passer en esprit ma soirée avec Déroulède, tandis que s'achève l'année où nous l'avons perdu, où il a gagné la partie. ^ ous m'avez dit, mes chers lecteurs, (|ue vous aviez pris du plaisir, mieux que cela, de la force morale à le suivre, l'autre jour, dans son suprême pèlerinage de Champigny, dont je vous faisais le récit. Voulez-vous aujourd'hui entrer dans sa maison^ vous asseoir à son foyer, à sa table de famille? Voulez-vous passer la soirée de iSocl avec un grand Français de France? Nous n'y verrez pas scintiller les bougies de l'arbre en feu, qui prédisent en plein hiver les ileurs que le printemps ramènera ; mais, tandis qu'on allume partout ce sapin légendaire, symbole d'espoir et de renouveau, pour émerveiller les petits réfugiés de
la Belgique et de la France envalùe, vous aimerez regarder el entendre le grand patriote mourant qui voyait, par delà sa mort, la résurrection de F Alsace-Lorraine.
Il la voyait, et surtout il y travaillait à sa manière. Déroulède ne nous apportait pas de. connaissances spéciales ; il ne nous proposait pas de doctrine. Il croyait à bon droit avoir lait l'essentiel quand il avait vivement et noblement remué les cœurs.
Que do fois ses amis politiques lui ont reproché de ne pas poursuivre une organisation ! QuQ de fois nous avons dit : « C'est très bien, mais quen restera-t-il? » Il en restait plus que notre sagesse un peu grise ne croyait. Les spectateurs de Déroulède, les manifestants qu'il avait enflammés dans ses cortèges de Champigny, de Buzenval, du i.^i juillet aux statues de Strasbourg et de ,leanne-d'Arc gardaient de ces étranges journées, une fois leur lièvre tombée, un contentement d'eux-mêmes, un "oùt des émotions nobles, un désir de les retrouver, un don de propagande, oui, le don de la parole. Ils racontaient ce qu'ils avaient vu, ce qu'ils avaient fait, surtout ce qu'ils avaient senti. Tout cela se prolongeait, tournait au bien de r Alsace-Lorraine, de l'idée de patrie.
Cette conception des têtes, elle était si naturelle à Déroulède qu'à toute heure, en toute circonstance, il en inventait. Chez lui, aussi bien que dans la rue. Il en improvisait sans cesse de publiques et de privées. Et je pense à cette petite solennité que, déjà mourant, il organisa pour fêter les décorations de nos amis Pallez, Galli et Tharaud. Puissent ces souvenirs rejoindre là-bas, dans les tranchées du Nord, nos deux amis Tharaud, beaux artistes et bons ligueurs, qui se battent pour la France.
Le sculpteur Pallez venait d'être nommé oiïlcier de la Légion d'honneur, Henri Galli et Jérôme Tharaud chevaliers, et tous trois avaient choisi Déroulède pour parrain. Il décida de donner un dîner en leur honneur.
Quand ce fut le jour, il me fît porter un mot dans l'après-midi, pour me recommander de venir avec mes insignes de député. Mon écharpe I mon baromètre ! La chose me parut bien solennelle, mais j "obéis à mon hôte, et dans cet équipage j "arrivai exactement à l'heure fixée, c'est-à-dire à sept heures trois quarts.
— Déroulède est dans un mauvais jour, me dit le docteur Magnin. Il sort à peine de
son lit. Vous allez le voir bien oppresse. Tâchez qii"il ne parle pas.
Cependant, tout le monde était réiini. Les deux Tharaud avec leur mère, Henri Galli avec ses deux fils, notre cher Marcel Habert, le patriote alsacien SansJ3œuf, maire adjoint du A HT' arrondissement, vingt convives environ. Et jM'^*^ Jeanne nous dit :
— Mon frère s'excuse de ne pas venir pour l'instant au salon, il vous prie de le rejoindre dans son cabinet de travail.
Dans cette petite pièce de livres et de souvenirs, fortement éclairée, nous trouvâmes Déroulôde assis, appuyé sur une canne et ravagé par le mal. Il était en habit, et la blancheur du linge, la raideur du col accusaient encore la teinte terreuse de son noble visage. Aussitôt il se leva en s'aidant au bras de Marcel Habert, rejeta sa canne par dignité et se mit à parler, sa grande taille un peu pliée, sans tenir compte du soulUe qui par instant lui manquait, ni de ses jambes enflées qui ne le portaient plus.
— Mes chers amis, je vous ai demandé de venir dans ce cabinet, parce qu'on y est entouré de souvenirs nobles. Voici la balle qui frappa mon frère à Sedan ; voici la canne d'Alfred de Musset ; voici le buste d'Emile
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Augier, des livres de grands écrivains. . .
Ainsi, tout de suite, avec sa belle imawinalion, il illuminait l'atmosphère.
Bon. me dis-je, c'esl sur, il va cire sublime. Le thème à développer, l'amitié qui le remplit, ses tragiques pressentiments, tout y prête. Il va mettre dans l'àme de ces deux enfants qui Fécoutent des souvenirs impérissables, des sentiments qui les accompagneront toute leur vie. A oici des fils qui vont entendre louer leur père. A oici une mère qui sera féUcitée dans ses fils. Jusqu'à quel moment du discours se raidiront-ils contre les pleurs?... Ah! ce ne fut pas long! Le diable d homme, dans cette petite pièce, en cinq minutes, avait créé une atmosphère noble, enivrante et d'ailleurs irrespirable. A quoi bon essayer que je retrouve les mots.*^ ^ ous donnerais-] e l'accent loyal, rapide et fort, le visaere si brave ? Il lisait et commentait le règlement de l'Ordre, et il disait qu'à ces nouveaux légionnaires il n'avait pas à recommander la fidélité à l'honneur. C'était la magnifique allocution d'un chef, en même temps que les ulllma verba de l'amitié. Il y avait de quoi attraper une maladie pour le cceur le mieux accroché. \ ous pensez où en était le sien !
— Asseyez-vous, Déroulède, lui disionsnous avec angoisse.
— Non ! inutile. Il y a des choses qu'il luut dire debout. Il s'agit de l'honneur. Faisons d'abord ce que nous avons à faire ; disons ce que nous avons à dire. Après, j'espère bien que je pourrai dîner avec vous, on du moins, boire mon lait à votre table ; je n'aurai plus qu'à vous écouter. Si je suis trop ialigué, eh bien ! c'est Barres qui vous parlera au dessert.
Et le docteur Magnin, dans un coin, murmurait :
— 11 ne pourra pas rester dix minutes à table.
Mais lui, tenant toujours en main les règlements de l'Ordre :
— Au nom de Monsieur le grand chancelier de la Légion d'honneur et en vertu des pouvoirs qu'il nous a confiés, nous vous recevons comme chevalier de la Légion d'honneur.
Par trois fois, pour chacun de ses amis, il répète cette formide et les instructions qui la suivent. A chacun il donne l'accolade : à chacun il donne une belle et lons^ue louaucre. Et pour chacun^ avec cette vertu qu'il possédait à un degré suprême d'aller droit dans le
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secrel du cœur, il trouvait la manière la plus émouvante. Il définit lart de Pallez. Galli esi encadré de ses deux fils, c'est à eux qu'il vante leur père. Les l'iiaraud entourent leur mère ; cest elle (ju il félicite. Et sans réserve, il mêle son émolion à la leur. Une fois encore il a ojjligé son cœur èi le servir. Rien de plus beau que cette voix chaude, rapide, rythmée, toujours montante et retenue, empêchée par le manque de souille, une vraie lutte sous nos yeux de l'âme et delà maladie. Nous passâmes à table pleins de reconnaissance et de terreur de lavoir tué. Le généreux homme et sa sœ'ur avaient voulu (jue le repas fût somptueux, tout en fleurs, embelli d'une multitude d'ingéniosités charmantes, depuis les verres où chacun trouvait une petite pièce d'argent au millésime de Tannée, jusqu'où menu orné d'une croix de la Légion d'honneur, et OLi le lièvre de Charente voisinait avec les gâteaux lorrains, tandis qu'au milieu du surtout régnait une Colette Baudoche en Icrre cuite. Autant de suljlililés à la mode de la vieille France ; une fête chevaleresque où il avait accumulé tout ce cjui pouvait donner de la force aux idées d honneur et damitié ; une fêle que M"' Jeanne supporta le sourire aux lèvres, qu'il présida, pCde et défait
LES SAINTS Di: L.V FR VNCE 'S')."
comme un mort, à demi couché sur une chaise longue, à l'un des bouts de la lahle, devant un verre de lait, nous répétant trente fois :
— Merci 1 Les docteurs ne comprennen!
pas ({ue je vis de lélectricité que je reçois de mes amis et de celle que je leur donne.
C était une soirée d'une beauté morale incomparable.
Où ètes-vous. rieurs de cet homme ') Dites avec moi que vous ladmirez et que vous laimez. ^ ous voudriez qu'aujourd'hui la France en possédât de pareils par milliers. Elle les a. Dans les tranchées. Ce sont tous nos officiers et ceux f|ui, demain, de simples soldats deviendront des chefs, et d'hommes entraînés, des entraîneurs dliouniies.
P. -S. — A ceux qu'intéresse VOEiivre des Invalides de la (juerre (ateliers d'éducation et bureaux de placement pour les nmtilés), établie par l'initiative du professeur Gaston Michel, de Nancy, et de M. Jean Buffet, président de la Socié/é nancciciine, belle idée que j'ai ;i plusieurs reprises exposée à mes lecteurs, je puis annoncer que nous sommes d'accord avec le sénateui- Ilerriot, maire de Lyon, pour une Associa/ion nationale^ ayant
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son siège à Paris, et (|iii rédèrcrail les installations déjà créées à Lyon et à Nanc\. La Société (le médecine nous apporte un précieux concours, dont nous la remercions.
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