SUR LA TOMBE D'UN HOMME NATIONAL
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Les amis de Paul Déroulède, dans cette après-midi radieuse du jour des morts, oi^i la plus douce lumière nous conviait à l'espérance, se sont réunis autour de sa tombe. Ils étaient venus trop nombreux pour que le petit cimetière de la Celle-Saint-Cloud pût nous contenir tous. Beaucoup étaient restés sous les grands arbres aux alentours. Mais tel était le silence que mes quelques mots aisément franchissaient les murs, descendaient la pente. Et puis, ce que j'essayais d'exprimer, chacun l'entendait de son propre cœur.
(c Nous sommes venus, mes chers camarades, disais-je, visiter et honorer le grand patriote. C'est une chose émouvante pour jious que ce pèlerinage, au milieu de la tragédie qui va transfigurer le monde. Notre chef est dans cette tombe, mais sa pensée vit phis que jamais. Elle est aux armées. De ce tertre, sahions pieusement le généralissime, ses généraux, les officiers, tous les soldats qui accomplissent le devoir que Déroulède nous enseignait. Tous ici, nous nous tournons vers
nos frères, les lirrueurs. en^a^ïés sur les liijnes
o ce o
de feu. A travers l'espace, qu'ils entendent notre amitié (|ui les appelle, les remercie, les encourage. Soyez heureux, ligueurs combattants! Mais je me tais. Dans ces semaines, c est aux armes seules de parler. Bientôt, Déroulède, nous viendrons tannoncer la victoire définitive de la France, dès maintenant à demi-victorieuse, et te dire que ta statue de bon serviteur va se dresser dans Strasbourir ».
La valeur inestimable de Déroulède, c'est qu'il a été une perpétuelle action. Il ne s'est pas contenté de penser sainement et de dire : ce Ln pays qui consent à une diminution les prépare toutes et court à la désagrégation. » 11 s est mis au travail, au rude labeur de
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donner de la chair à son idée, de la faire peuple, de la faire foule,
Quelque chose existe, l'esprit ligueur. Déroulède Fa fondé et maintenu par un prodige de tous les jours. Cet esprit, fut-il assez bafoué! Je demande aujourd'hui à tous les Français sils naiment pas cet esprit-là. Je le leur demande et je me hâte de dire qu il ne faut pas (ju'ils me répondent. Il ne faut pas que personne réclame une antériorité dans la bonne Aoie, ni que personne ait l'ennui de faire son ?iieâ culpù. Mettons-nous tous au mT-me pas, le pas militaire, et en avant la musique.
Si c'était l'heure des cortèges, j'aurais invité Hervé, mais oui. Hervé (entre autres), à venir avec nous à la Celle-Saint-Cloud. 11 a parlé, ces temps derniers, à plusieurs reprises, de Déroulède en beaux termes que je voudrais retrouver pour les mettre ici. Il disait comme il avait été ému de voir ce vieillard entêté, ce noble mourant à la barbe grise, se faire porter à Champigny pour rendre un dernier culte public à la patrie, à la Revanche. Citoyen Hervé, Tesprit prophétique, pour consoler Déroulède, le visitait dans sa chambre de mort et lui airnonçait les gloires de iQiA-
Aujourd'hui, k la Celle-Saint-Cloud, nous sommes allés, entre amis, en famille, un millier de fidèles autour de M"'- Jeanne. Mais dans mon esprit, à mesure que le but approche, ({ue le rêve se réalise, que la tâche saccomplil, la Ligue s élargil, se confond avec la nation et se prépare à s anéantir glorieusement.
Déroulède est mort comme tous les erands conducteurs, sans avoir touché la terre promise. Ses lieutenants, ses fidèles se disperseront, une fois reconcjuises l'Alsace et la Lorraine. Notre dernière tâche sera de lui dresser, là— bas, le monument pour lequel la nation nous a donné une magnifique obole de cent mille francs. Et cette apothéose, nous la mènerons, tous ran2:s ouverts, en disant : « Pioyalistes, bonapartistes. républicains, (antimilitaristes même), autant de prénoms: le nom de famille, c'est Français ».
Comme on me raconte de belles histoires sur les antimilitaristes:^ Il y en avait un dans la tranchée qui répétait tout le temps : a Drapeau tricolore, bleu de choléra, blanc de famine. rou2:e de san». » Il embêtait tout le monde, et puis, peu à peu, il a aimé ses camarades et ses officiers, et il en était aimé. Il sest aperçu, ils se sont aperçus que Fanti-
mililarisme, celait la haine (loquc](|ue chose (|in est prussien et trunc ceitaine méthode, elTroyal)le en eirel, qui n'existe pas chez nous. Chez Jious, lautorité du clief vient de ce qu'il est le meilleur et donne le bon conseil, l'aide. Attendez que la guerre s achève! La fraternité des armes aura mis dans les âmes la fraternité française, qu'il ne faucha pas que les politiciens nous gâtent.
Entre tous les Français, aujourd'hui, sur le nom (le Déroulède, il existe des liens de sympathie spirituelle. Galli, le Menuet, et certes à larmée, les Marcel Ilabert, les Tournade, les Georges Ducrocq, lesTharaud, tous enfin, nous ne rencontrons personne qui ne nous (lise « Ah! si votre ami vivait! Quel malheur qu'il ne soit pas là pour jouir, au soir de sa vie, de cette victoire! »
Les grandes circonstances élèvent les esprits et les mettent en contact avec un grand homme. On pouvait discuter Déroulède.
Viennent l'orage et l'heure de l'enthousiasme national, on laisse à terre, comme des loques, toutes les objections, et l'on se met à agir sous l'influence du même esprit qui le possédait. La France depuis trois mois a reçu l'étincelle électrique dont il fut toute sa vie animé. Nous avons tous son mouvement
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d'élan, si caractéristique. Le rc voyez-vous, toi qu'il entrait dans une foule, cliez des amis, dans une conversation ') Les plus indulgents disaient que c'était de l'entliou— siasme et qu'il faut bannir l'entliousiasme de la vie publicjue. Quelle pitié ! Nous ne pouvons remplir nos devoirs d'êtres humains que si nous sommes à la fois raisonnables et enthousiastes. Notre pays regarde avec froideur celui dont le cerv^eau fonctionne au-dessus d'un co3ur sec. C'est l'origine de la distinction qu il faut faire entre le personnage olficiel et l'homme national.
P. -S. — Je reçois la lettre suivante, que je donne pour indiquer quelles ressources on trouverait si les efforts pour les blessés étaient dignement coordonnés ;
«... Je lis aujourd'hui l'article de l'Echo. Un train sanitaire reviendrait k i.ooo francs. Si c'est largcnt qui manque, je tiens cette somme à votre disposition. ISic'est le personnel qui manque, je me mets à votre disposition. » En 1871, à l'âge de seize ans j'ai fait ce métier, comme sous-aide à la Société de Secours aux Blessés et après larmistice j'ai ramené beaucoup de blessés d'Allemagne, où ils étaient prisonniers... « Taudiveau. )■>
L'areent el les dévouements s'oiTrent en
abondance. Toute la dilficullé est de les mettre à la disposition de nos blessés. Vraiment, cette dilTiculté ne peut pas être insurmontable.