‹ L'âme française et la guerreChapitre 7 sur 42 · L.V MORT DE LA TURQUIE · texte numérisé non relu

L.V MORT DE LA TURQUIE

5 Novembre igi^-

11 n'y a pas phis de trois mois que je parcourais une grande partie de l'empire ottoman. Mon but était de me faire une idée claire de Finlluence que nous y possédons.

Jai causé, à Alexandrie, avec un grand nomlire de personnes, et peu de temps auparavant j'avais remonté le Xil jusqu'à l'île de Philœ. Les fellahs sont très sensibles à la prospérité matérielle que leur assure l'Anglelerre. Ils sentent, ils savent qu'un retour du pouvoir politique musulman leur apporterait l'anarchie, intolérable pour eux depuis qu'ils connaissent l'équité dans la perception de 1 impôt. L Egypte ne rêve pas de partager le sort des régions voisines soumises au régime

3o LES SAINTS DE LA FRANCE

de rionstantinople ; au conlraiie, elle donne à cclles-cJ le désir de voir des « conseillers européens » se substituer à leurs gouverneurs turcs.

Le l)onlieur de l'Egypte est très apprécié en Syrie. Chaque année, des l\qyptiens viennent passer la saison chaude dans les hôtels du Liban. Beyioulh, Tripoli, Damas sont excédés de la domination de Constantinople et d'un mélange de faiblesse et de brutalité, qui est proprement l'impuissance. Les musulmans eux-mêmes , dans ces grandes cités, désespèrent que les Jeunes-Turcs puissent ouvrir des routes, assainir les villes, assurer un impôt équitable et une justice vraie. De très nombreux Syriens appellent ouvertement la France.

Avec M. Georges Picot, l'énergique consul iîénéral de France, à Bevrouth, i'ai fait une prodigieuse promenade dans le sud du Lil)an. A l'entrée de chaque village s'organisaient des fantasias ; les hommes, jeunes et vieux, décliargcaient passionnément dans les airs leurs fusils ; les femmes, depuis les balcons et les toits, A-ersaient sur nous des parfums et des fleurs, en mêlant leurs stridents cris de joie à des chansons de guerre. Je retrouve dans mes notes une sèche énumération : A

LES SAINTS DE LA FRANCE 3l

A\ad\-Safé, dix moutons sont égorgés sous nos pieds, pour nous faire honneur; à Barouk, une magnifique vocifératrice, une jeune Jé/.abel, toute écJalante de force el de poésie, monte sur le marcliepied de ma voilure et me déclame des vers: à Deïr-el-Kamar, dans un décor tragique, la fête de nuit illumine la montagne; à Jézinc, cavalcade; près dAzour, les enfants dansent avec ardeur au son des roseaux; à Biel-el-Dine, sur le tombeau des olliciers et des soldats français, morts au cours de l'expédition de 18G0, jai célébré, au milieu d'un religieux silence, les souvenirs communs aux maronites et à la France.

Partout les enfants me remettaient des suppliques ; ce Donnez-nous des écoles pour que nous apprenions le français. » Ils en ont déjà de nombreuses. Rangés des deux côtés de la route, ces écoliers et ces écolières. menés par des frères ou des religieuses de la Lozère, de la Bretagne, du Nord, agitaient des drapeaux tricolores et acclamaient avec frénésie la France.

Quand j'ai quitté définitivement le Liban, à la dernière gare, un jeune boni me s'est approclîé de mon Avagon el m'a dil, avec un accent inoubliable de tristesse et de reproche ; « A ous vous en allez. Pourquoi êtes-vous

venu? Pour écrire un livre'* Pour cela seulement? » Quand je circulais dans les montagnes des Nosairis, les gendarmes de mon escorte dirent à l'un de mes compagnons : c< On sait bien ce que ce savant français vient faire. (Le savant, c était moi.) La France a donné beaucoup d'argent à Constantinople pour avoir la Syrie. A os marins débar(|ucronl bientôt. » Et il n'y avait pas de gracieusetés que ne me fissent les nobles populations un peu farouches et quasi indépendantes de ces montagnes inabordables.

C'est la France qu'on aime, qu'on appelle et qu'on attend en Syrie, et le Liban, dès maintenant, semble une terre française. Mais les Jeunes-Turcs, qui sont intensément nationalistes et xénophobes, favorisent les Allemands, en haine de notre inlluence, et leur presse, toute germanophile, attaque violemment la France. Nous n'aurions pas indéfmiment supporté sans faillir d'aussi vigoureuses attaques. Le chemin de fer de Bagdad est une superbe réussite de la volonté allemande. Je ne saurais trop dire l'admiration que cette œuvre mérite, et sur tout son parcours, nous sommes, dès maintenant, dominés. Je l'ai senti de la manière la plus douloureuse, en Syrie même, sur un terrain oii, peu avant.

notre influence régnait. J'ai vu dans Alep les officiers de la mission militaire allemande circuler en maîtres. Leur prestige, joint à celui des ingénieurs du chemin de fer, nous aurait réduits à néant sans la ténacité des religieux et religieuses français qui forment inlassablement les enfants du pays et leur mettent dans l'esprit une vigoureuse prédilection pour la France.

Ils les instruisent, leur apprennent notre langue et la Marseillaise. Ah ! que ces enfants écarquillaicnt leurs beaux yeux devant un académicien! Mais, devenus grands, ces petits clients de la France deviendront les employés du chemin de fer allemand et les consommateurs des produits que les commis-voyageurs allemands viennent leur vendre en baragouinant le français.

C'est un crève-cœm% d'Alep à Alexandrette, et, passé le Taurus, sur toute la ligne d'Anatolie, jusqu'à Constantinople, de voir notre prodigieux elTort et notre échec tout près du but! Nous nous sommes prodigués, par le moyen de nos congréganistes, en œuvres d'éducation et d'assistance ; nous échouons à en recueillir le fruit. Nous travaillons pour le roi de Prusse. Il y a trois mois, nous étions à la veille d'abandonner

3/l LES SAINTS DE L.V FRANCE

nos positions. \os lois sur les congrégations, en arrêtant le rccrutemenl des maîtres, allaient fermer nos écoles là-bas: ou mieux les abandonner à des maîtres allemands. Dans la région de Koniali, j ai pu voir d une manière certaine l'alliance du fanatisme religieux musulman et de l'esprit germanique antifrançais. Rentré en France^ me disais-je. je lerai une campagne^ je montrerai à mes compatriotes les conditions vraies de notre succès en Orient, et je dirai si haut la A'érité cjuon me donnera raison ; mais, tout de même, pour obtenir un succès complet sur l'Euphrate, il faudrait une victoire sur le Rhin.

A Constantinople^ je fus épouvanté de voir la toute-puissance. — on le niait, mais elle crevait les yeux, — la toute-puissance de lAllemagne. On nous aimait, peut-être.

Sûrement on nous sacrifiait. Je me rappelle une journée cjue j ai passée, au début de juillet dernier^ sur le Bosphore, dans le plus beau décor qui existe sous les cieux. en compagnie d'un ami turc que jaime beaucoup. Notre barque glissait entre les deux rives sublimes de l'Europe et de l'Asie^ chargées de châteaux antiques, de palais, de villages, de forêts verdovantes, de e:randes solitudes

LES SAINTS DE LA FRANCE o5

pleines de pensées romanesques. Ces plaisirs de la nature, de Fart et de l'amitié ne pouvaient m'empêclier de sentir que la France^ sinon dans la pensée de mon compagnon^ du moins chez les hommes d'Etat qu'il me peignait, et dans les faits qu'il me déroulait, était sacrifiée. Cette injustice de notre destinée en Ojient me désespérait. Mais voici que la guerre de 191 A guérit tous nos malheurs publics.

O guerre redoutable, que nul n'avait désirée, car tous les hommes sensés craignaient que nous ne fussions pas prêts, un miracle^ un sursaut du génie national, favorisé par les plus heureuses circonstances, a suppléé à tous les mancjues, et la victoire se fait sous nos yeux éblouis. An milieu de nos efforts, de nos angoisses privées, de toute notre humanité douloureuse, qui nous empêchent de la bénir, cette guerre, nous voyons bien qu'elle est le salut. Elle nous sauve, jusqu'en Orient. Elle est même en train d'y dépasser nos vœux. iNous ne demandons pas l'écroulement de l'empire ottoman. Il va mourir des procédés de corruption et d'avant-guerre qui ont éclioué en France et en Belgique ; il est livré à l'Allemagne par Enver Pacha et la petite bande audacieuse qui, le pistolet à la main, s'est

frayé le chemin du pouvoir. Pauvre Turquie ! j y ai vu bien des noblesses et un goût de la chevalerie qui plaident pour elle au milieu de ses ruines. Est-ce sa beauté, le souvenir des lieux célèbres, des sites grandioses et des mœurs neuves que j'y ai tant goûtés, est-ce plutôt le sentiment quelle meurt victime de l'Allemagne et des mêmes embûches que notre généreuse nation a vues de si près:* Je me sens ému et désireux d'être juste pour cette terre des cyprès, dans ce moment oi^i l'ennemi donne le signal de son dépècement, et semble offrir ses provinces pour rendre plus aisés les règlements de la paix entre les alliés.

LE MAIIAE-OTAGE

G Novembre 19 1^.

En arrivant à Lunéville, dans la nuit la plus noire d'une ville sans lumière, j'étais allé chercher à sa mairie mon vieil ami Georges Keller, pour que nous dînions ensemble à l'hôtel. Hôtel entièrement vide, depuis que les officiers prussiens en ont décampé.

Dans la gi'ande salle, nous voila seuls en face dun petit repas de conserves, et tard dans la soirée le vaillant patriote lorrain, sans s'étonner, sans y mettre démotion ni de couleur, à peine quelque humour, nous explique dune voix un peu traînante comment ça s'est passé.

— En 1S70, nous les avons eus trois ans ; cette fois-ci, je crois que nous en serons quitte pour ces trois semaines.

Il m'en fait le récit. Les Prussiens sont entrés le samedi soir, 22 août, et partis le samedi matin, 19 septembre.

— Ils nous ont coulé douze personnes tuées et cent maisons incendiées, et puis 35o.ooo francs de contribution de guerre. Moi, comme maire, j'étais otage, jetais responsable; il n'v a pas à dire, j'étais dans leurs mains, à la merci d'un incident. Aussi tous mes concitoyens étaient parfaits pour moi, pleins d'attention ; quand j'étais prisonnier, on m'envoyait des petits plats, mille gâteries. Je sentais avec un profond plaisir l'amitié, la reconnaissance de tous pour leur maire.

— Keller, il y a déjà un mois de tout cela. La reconnaissance dure toujours P

Il rit. Nous rions, et le lecteur avec nous. Mais tous, nous avons beau faire les scepti-

38 LES SAIMS DE LA FUANCE

ques, nous savons que ce sera un beau titre que de s'être bien conduit pendant la grande guerre de la Revanche.

Vous aimeriez, n'est-ce pas, que je \t)us transcrive ici ce que j ai entendu toute la soirée, l'histoire de Lunéville sous les Allemands, racontée par son maire. C'est, en effet, dans tous ses détails, un enseignement du plus haut intérêt. jNlais je crains d'y glisser des erreurs de mémoire qu'on attribuerait à Ivellcr. et mieux vaut qu'à son heure il publie lui-même ses notes. Un conseil, toutefois! qu'il ne s'en tienne pas à nous raconter que la viande, l'épicerie, le beurre, les graines alimentaires, et. pendant deux jours, le pain ont manrjué : que, faute de gaz, d'électricité et de pétrole, et les bougies étant rares, il fallait s'éclairer avec de l'huile comestible. Iveller, ce qu'il y a de bien, c'est votre solidité d'âme et celle de vos concitoyens. Le préfet Mirman. dans son rapport officiel, écrit : a Le premier jour, M. Keller, industriel, maire de Lunéville, et douze de ses concitoyens, ont été pris comme otages, et ils nont été relâcdiés qu'au bout de dix jours. Dans la suite, quatre otages, quotidiennement fournis, répondaient de la sécurité des troupes allemandes. M. Keller a fait

jiisqu au bout, non sans péril, tout son devoir, avec un sang-froid et une dignité audessus de tous éloges. » \ oilà le schéma. iVous voudrions avoir la série des faits et des émotions par lesquels vous avez passé et qui justifient ce beau témoignage d'un digue préfet radical à un maire nationaliste, d'un patriote à un patriote.

Keller n'étail pas maire de Lunéville avant la guerre. 11 appartenait à la minorité du Conseil municipal. Soudain, au début du mois d août, le poste devient libre. Pourquoi tous se tournent-ils vers lui ? Pourquoi accepte-t-il quand llieure est périlleuse ') Parce que quaiante-quatre ans auparavant, en 1870- 7 1 , son père a tenu avec excellence ce haut poste et que tous sentent le fils qualifié pour répéter la belle conduite du père. C'est émouvant de voir comment la cité, la nation, la grande et la petite patrie, aux heures périlleuses, se resserrent, se coordonnent, font un seul être, doué de mémoire, et appellent les morts eux-mêmes aux délibérations des vivants. Ali ! comme tout dtnient intelliuence, beauté, bel ordre, quand l'intérêt collectif et liîitérèt individuel se confondent !

Keller a connu sous toutes ses formes le rôle d'otage. Il a été gardé au fond d'une

/io LES SAINTS DE LA FRANCE

chambre, Il a élé promené comme un bouclier au front du régiment. Un soir un officier le prie d'entrer au corps de garde et là :

— Monsieur le maire, voudrez-vous nous servir de guide pour sortir de la ville?

— Oh ! c'est l^ien simple, vous n'avez qu'à suivre les rails du tramway.

— Non, veuillez marcher devant.

Deux hommes se placent à sa droite, à sa gauche, le revolver au poing. 11 s'en va, ainsi encadré, voué à une mort immédiate si quelque incident se produit. C'est un poste d'honneur. Mieux que jamais, il représente sa ville. Tout de même, en rase campagne, il voudrait s'en aller. « Non, monsieur le maire, il faut continuer ». Au bout d'un temps, il s'insurge :

— Je ne suis plus jeune, je n'ai pas l'habitude d'aller de ce train.

— Oh ! monsieur le maire, dit le chef, il y a quinze jours que je n'ai pas couché dans un lit. /Nous n'avez pas le droit de parler de fatigue.

Et l'on continue.

La scène vous donne une faible idée des trois semaines que Keller a passées, toujours ù la merci de la fantaisie honorable du n patriote militant et, plus encore, mis en dan-

ger par les hallucinations des Allemands obsédés de peur et criant soudain quon leur tire dessus.

Enfin, ils partirent. Et ce jour-là, pour une dernière fois, ils emmenèrent avec eux Keller qui devait leur servir de gage jusqu'à ce que le dernier soldat fût en sécurité.

— Je marchais, comme d habitude, au premier rang. A quelques kilomètres de la ville, le général me dit : « Monsieur le maire, vous êtes libre, et je vous félicite de la dignité avec laquelle vous avez accompli votre devoir )). 11 me tendit la main. Il fallut bien y mettre la mienne. ^ ous pouvez croire que je manquais délan. Ils mont laissé là, sur la- route. Le temps était beau, je suis revenu à pied. En cheminant, qu'est-ce que je vois ? Deux soldats allemands entourés de femmes et d'enfants, ce Ils veulent être prisonniers ». me dit-on. Ah ! non, gardez- vous du piège ! Qu'un civil fasse un acte de guerre, et les Prussiens reviendront nous fusiller et nous brûler. Je ne m'en mêle pas. « Mais au moins, dis-je à ces deux soldats, vous n'allez pas faire du mal à ces femmes et à ces enfants ?» — « Nous n'y pensons pas ! » me répondirent-ils avec indignation. Et les enfants, les femmes criaient : « Ils n y pensent

Aa LES SAINTS DE LA FRANCE

pas ». — « Ma foi, dis- je embarrassé, je ne vous arrête pas, mais si vous voulez venir avec moi,.. »

Et c'est ainsi que les bonnes gens de Lunéville, émerveillés, ont vu leur maire, qui était parti, le matin, prisonnier des Prussiens, revenir, au soir, sa canne à la main, avec deux captifs.

L'histoire n'est pas mauvaise. Elle est loin de vous donner l'essentiel de l'intérêt que je trouvais à causer avec mon ami Keller. Mon plaisir profond, tandis que je l'écoute et le regarde, dans cette salle oi^i je crois encore respirer l'odeur des Prussiens, c'est de voir un fds qui renouvelle à un demi-siècle de distance la conduite de son père ; c'est d'admirer un oalant homme, un industriel estimé de tous, mais que rien ne désignait pour jouer dans la vie les héros, tenir ce rôle à merveille, au premier appel, au premier coup de clairon du destin. Et autour de lui, avec une pareille aisance, tous ses concitoyens ont fait leur devoir comme leurs pères en 1870, comme leurs aïeux, d'âge en âge.

La lutte contre les gens d'outre-Rhin, voilà notre esprit profond, le foyer de notre vitalité, à nous gens de la rive gauche. Et l'on s en assure, on en reçoit d'admirables clartés, si,

quittant le monde qui raisonne, on se plonge dans le monde du sentiment et dans le peuple instinctif.

Sur la promenade, au Champ de Mars de Lunéville, un petit monument s'élève oij l'on peut lire: a Le ii août 1870, les Prussiens ont fusillé J.-.l. (ngant. Ils le savaient innocent ! )) Cette inscription me dispense de vous raconter une histoire. A eus comprenez que ce monolithe commémore une atrocité accomplie, il y a près d'un demi-siècle, par l'ennemi héréditaire. Et là, dans le moment où j'étais à Lunéville, une couronne venait d être déposée sur cette pierre de souvenir avec ce mots : (c Mo/i Dieu, ayez pitié des Français qui vengent mon prre. » Est-ce assez beau et jallH, à la fois, du cœur d'une enfant et du co'ur de la race ?

Celte ardente prière, à laquelle en passant chacun de nous s'associe, a exactement la qualité, la force qui éclate dans les deux plus belles lettres que j'ai lues depuis le début de la guerre^ et qui furent écrites par deux femmes lorraines, l'une paysanne de Moyen, l'autre paysanne de Moncel, qui sont des villages auprès de Lunéville, et toutes deux criant vengeance, comme la femme sculptée par Uude, dans son groupe du Départ, avec

une bouche violemment ouverte. « Nous te disons que tu sois fort et que tu ailles les venger », dit la jeune fille de Moyen, a Tu peux faire part de cette lettre à tes camarades pour que tous les soldats puissent nous venger ». redouble la jeune femme de Moncel.

Femmes admirables, témoignage de la vitalité puissante de nos campagnes, signe de ce qu'il y a chez nous de plus intuitif et de plus inspiré, qu'elles sont belles quand elles ramènent leurs fils, leurs frères, leurs maris au combat contre lennemi héréditaire et leur font jurer fidélité à la loi de leur race ! \oilà le fond lorrain, la nappe d'eau vive d'où sortent nos réflexions et notre spontanéité,

... Je m'arrête, je m'éloigne trop de Keller. ^ oilà un instant que je n'entends plus ce qu'il me dit sur la manière, à la fois ingénieuse et régulière, dont il procédait à ses récjuisitions. Est-ce donc que je m'endors? Non, ce qui m'entraîne en songeries, c'est l'émotion, le plaisir puissant de voir un bourgeois, un notable, un administrateur accordé étroitement avec ce qui vit et palpite, de toute éternité, dans les entrailles de cette terre d'invasion.

— Mon cher Keller, voulez-vous que nous

allions ensemble, demain matin, à celle cérémonie pour les morts sur le plateau de Ger— béviller ?

Page 1