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LES PREUVES I)U MATÉRIALISME : HISTOIRE ET CRITIQUE

Sommaire. — Le matérialisme avant la science : le matérialisme depuis la science. — Valeur des preuves que le matérialisme tire des faits : valeur de celles qu'il tire des idées.

Quelle est la nature de l’âme? Est-elle corps? Est-elle esprit?

Voilà, comme je l’ai déjà dit, une question que l’on se pose depuis bien longtemps, et que l’on a tenté bien des fois de résoudre.

Or, parmi les solutions qui ont été apportées, il en est une, qui, de nos jours, a séduit beaucoup d’esprits, et en préoccupe un plus grand nombre encore : c’est la solution matérialiste.

L’on avoue que le matérialisme, pendant de longs siècles, n’a pas eu pour défenseurs l'élite des philosophes; qu’il a été le plus souvent une doctrine suspecte et mal vue dans les écoles, particulièrement dans l’école Française : mais l'on attribue cette défaveur am préjugé religieux,

à l'étroitesse des idées spiritualistes, parfois même à la témérité et à la maladresse de certains partisans du système. Surtout, répète-t-on sans cesse, si le matérialisme s’est soutenu avec peine jusqu’à présent, c’est que, la Science n’étant pas née, il lui manquait son principal et indispensable auxiliaire. Maintenant que la Science le patronne, le matérialisme peuL marcher la tête haute.

11 est, dans le présent, la doctrine la plus solide; il sera, dans un avenir prochain, le système le plus populaire.

Puisqu’on parle tant du matérialisme à cette heure, et que quelques-uns l’exaltent si liant, il ne paraîtra pas inopportun qu’on s’en occupe quelque peu.

Je me propose donc de rechercher, dans ce chapitre, ce qu’il vaut ; et si les fondements sur lesquels il fait reposer ses affirmations sont aussi inébranlables qu’on veut bien le prétendre. Je me propose de l’examiner, non pas, comme on l’a fait souvent, par son côté faible, au point de vue des conséquences qu’il entraîne, en religion, en morale, en esthétique, mais par son coté le plus fort : dans ses preuves.

J’insiste sur ces dernières paroles, parce que je sens le besoin de circonscrire et de bien préciser l’objet de notre présente étude.

Ce n’est point, en effet, du matérialisme en général que je veux vous entretenir. Ce système est trop vaste, pour prétendre en exposer et en

LES PREUVES DU MATERIALISME

examiner ici toutes les théories, avec le soin et les développements convenables.

Parmi les diverses propositions dont il compose sa formule, je ne vais prendre et examiner que la suivante, qui est le cœur du système et le contient tout entier comme en germe : L’âme humaine, ou le principe de la pensée dans l’homme, est un corps ou une dépendance du corps; ce n’est pas une force, ou, si c’en est une, elle est, par rapport à la matière, absolument immanente, et en aucune façon transcendante.

Encore, cette thèse, voudrais-je ne la considérer qu’à un point de vue restreint et tout spécial.

Laissant de côté, pour cette fois, la question de savoir si elle est vraie ou fausse, je voudrais uniquement, après avoir fait connaître les diverses manières dont elle a été formulée et soutenue, aux heures les plus intéressantes de son histoire, discuter les raisons qu’on a fait valoir en sa faveur: alin de nous assurer si jamais il en a été présenté quelqu’une de vraiment convaincante, et desavoir, une bonne fois, si cette affirmation : que le principe de la pensée, dans l’homme, est matériel, doit être tenue, oui ou non, à cette heure, pour une thèse démontrée.

Telle, et pas autre, est la tâche que je me propose d’accomplir dans les pages qui vont suivre.

Le sujet ainsi compris et défini, il est évident que je dois exposer et raconter d’abord : nous jugerons ensuite.

Cela peut paraître étrange : mais, au dire de plusieurs *, la formule la plus nette, la plus ferme, la plus logique du matérialisme, remonte à quelque vingt-cinq siècles.

Elle fut donnée par un esprit de trempe vigoureuse, — si l'on en juge par les fragments de ses œuvres que le temps a respectés, — qui eut seulement le tort, ou le malheur, de se trouver tout à fait aux débuts de la spéculation philosophique, au moment où l’âme endormie dans les sens « ne savait encore, comme le dit S. Thomas, rien concevoir au-dessus des réalités matérielles 2 », où les philosophes ne voyaient encore la vérité qu’à travers des rêves : ( iSomniabant quodanxmodo veritatem 3. » Je parle de Démocrite.

« Rien n’existe, disait le fameux Abdéritain, si ce n’est les atonies et le vide ». Avec les atomes, le vide, et aussi le mouvement, tout se fait, tout arrive, tout s’explique.

Les atomes s’unissent, et les corps sont formés. Quelques atomes plus subtils, lisses et ronds, pareils à ceux du feu, viennent-ils à se rencontrer, l’ànie existe, pénétrant tout le corps, et y entretenant partout la vie et la chaleur.

De tous les corps s’échappent continuellement des effluves : que ces effluves, ou images errantes, arrivent à l’ànie, la connaissance des corps a lieu,

d. Lange, Histoire du matérialisme, t. I, passbn.

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