Somme contre les Gentils , livre II, chapitre lvii
UNION AVEC LE CORPS
la sensation, elle apparaît manifeste, jusque dans les conditions qui accompagnent la pensée.
Connue nous l’avons démontré dans un autre chapitre1, et comme le répétait tout à T heure saint Thomas, la pensée proprement dite, c’cst-à-dire la perception de l’immatériel, ne peut être le fait d’aucune activité ou puissance organique. L’âme humaine, en tant que puissance intelligente, ne peut donc être immanente au corps, mais le dépasse. Si l’homme n’est qu’un agrégat de deux substances, au lieu d’être une substance, sa dualité doit paraître surtout à cet endroit où Pâme, émergée pour ainsi dire du corps, produit un acte où le corps ne peut rien directement. Eh bien ! à ce moment-là même, ce n’est point la dualité, mais l’unité de substance qui éclate de la façon la plus inattendue.
Saint Thomas avait déjà remarqué que les sentiments les plus spirituels que l’homme puisse éprouver ont un retentissement jusque dans son existence organique; et, de ce phénomène, il inférait, avec raison, l’unité de substance dans l’homme 2. Mais saint Thomas, malgré tout son génie, ne pouvait pas développer cette preuve, ni la mettre en lumière comme nous le pouvons aujourd’hui, grâce aux découvertes de la physiologie ; et, je le dis avec bonheur, — car ce nous est une nouvelle preuve que Dieu ne permet l’erreur.