Q uœst. Disput. q. un. De Spirit. créât., a. 2, ad
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sans peine. Que la sensibilité et la vie viennent originairement <le l’Ame, tout en exigeant comme sujet complémentaire les organes, de telle sorte <jue les phénomènes tant de la sensibilité que de la vie ne soient ni du corps seul ni de l’âme seule, mais de l’un et de l’autre, cela encore ressort clairement de notre étude sur le principe vital. Mais la corporéité. ce fonds de nature et cet ensemble de propriétés que le corps humain, tout vivant qu’il est, a de commun avec les corps bruts et inorganiques, l’âme contribue-t-elle à le constituer en quelque chose ? En un mot, l’âme raisonnable concourt-elle â constituer le corps humain en tant que corps, tout comme elle contribue à le constituer en tant qu’il est corps vivant et corps sensible ?
C’est ici Je point difficile ; et j’avoue que nous, touchons là une question, je ne dirai pas insoluble, car je ne la crois pas absolument insoluble, mais où il est besoin d’une certaine vigueur de pensée; où il faut surtout endormir son imagination. et que la raison seule, qui devra encore être de bonne trempe métaphysique, ait la parole. Voilà pourquoi en abordant ce problème je ne promets que deux choses, et ne puis promettre davantage : d’être précis, et d’être bref.
La question présente, ceux qui sont versés dans l’histoire des controverses philosophiques le savent, n’est pas autre que celle de la pluralité des
formes dans un même sujet, qui a tant agité et passionné les écoles du moyen-âge.
Les Scolastiques, s’appuyant syr ce fait obvie, que les corps ont tous une propriété commune, rétendue, et qu’ils possèdent, en outre, des propriétés particulières suivant lesquelles ils sont rangés en différentes espèces, comme l’or, le fer, l’argent, etc. ; sé rappelant, d’autre part, l’axiome que la nature intime des êtres répond à leurs propriétés, enseignaient que les corps sont composés de deux principes essentiels : l’un général, indéterminé, potentiel, source première de l’étendue et de la multiplicité des parties, qu’ils appelaient la matière première ; l’autre, particulier, déterminant, actuel, source première d’unité et d’activité, qu’ils appelaient la forme. De la matière pre- .mière et de la forme unies, résulte ce composé, qui est la substance corporelle ou le corps, lequel, en vertu de sa matière, est étendu, et en vertu de sa forme est un et actif l.
Étant donc supposé que par forme substantielle l’on entend ce qui donne la détermination pre-
1. Leibnitz, obligé de revenir, comme il l’avoue lui-même, « après bien des méditations » à la vieille théorie aristotélicienne et scolastique, écrivait : « Il fallut donc rappeler et comme réhabiliter les formes substantielles, si décriées aujourd’hui, mais d’une manière qui les rendit intelligibles, et qui séparât l’usage qu’on en doit faire de l’abus qu’on en a fait. Je trouvai donc que leur nature consiste dans la force... Aristote les appelle entéléchies ■premières. Je les appelle peut-être plus intelligiblement forces primitives, qui ne contiennent pas seulement l 'acte ou le complément de la possibilité, mais encore une activité originale. » Système nouveau de la nature, 3.
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rnière et essentielle, l’acte premier, ainsi que l’activité spécifique, à un être subsistant, tel que l’or, l’eau, le chêne, le lion, on se demandait et on se demande si, dans le même être, il peut se trouver plusieurs formes substantielles ; on se demande, en particulier, si, dans l'homme, il en existe une seule, l’âme raisonnable, ou deux, l’âme raisonnable et la forme substantielle de corporéité.
Les Scolastiques sont tous d’accord, pour affirmer que l’âme est la forme substantielle du corps humain, et tous en donnent cette raison, qui est évidente après tout ce que nous avons dit : L’âme humaine fait le corps humain, lui est principe d'unité et d’activité spécifique; donc elle est sa forme L Mais est-elle son unique forme ? C’est, sur quoi l’on ne s’entendait plus, et ce que nous avons à rechercher à cette heure.
Le B. Albert le Grand, abordant la question qui nous occupe, dans un de ses principaux traités philosophiques, se déclare pour l’unité de forme et s’exprime en ces termes : Ilfaut bien savoir, oportet scire, qu’il existe un ordre, une hiérarchie telle entre les formes, quecelle qui occupe le degréinférieurest comme le sujet de celle qui occupe le degré immédiatement plus élevé, la dernière étant constituée eu quelque sorte comme la détermination et la différence propre de la première, ainsi que cela paraît
1. Saint Thomas, Somme théolog., I, q. lxxvi, a. 1, et Somme contre les Gent., liv. II, ch. lxviii. — Scol, de Rerum princij>io, quest. ix, art 2., sect. II.
évidemment à qui considère ces formes qui s’appellent l’être, le vivre, le sentir et l’entendre : Sicut palet , si consicleremus lias formas quœdiciintur esse, vivere, sentire et intelligere ; car, si l’on y prend garde, l’on verra que la simple forme substantielle est comme le sujet de la forme végétative dans le vivant, et la forme végétative le sujet de la forme sensitive, et celle-ci enfin sujet de la forme intellectuelle. Mais il est capital d’observer que la forme inférieure, quand elle se trouve unie à la forme supérieure dans un être, s’y comporte comme une pure puissance, sicut potentia essentiel Us, par rapport à son acte; d’où il suit que les deux formes pour ainsi dire additionnées ne font pas deux, mais ne font qu’un : proper quocl hujus additio facit unum et non mnlta. Aussi la forme végétative, telle qu’elle est comprise dans la forme sensitive de l’animal, étant àl’état de puissance, ne saurait-elle être Pacte et la forme substantielle d’aucun être... La forme inférieure et la forme supérieure ne font qu’un seul acte substantiel, de même que l'angle d’un carré ne fait avec le carré lui-même qu’une seule figure : Et hœc est causa quod Aristoteles dixit, quod végétât ivum est in sensifivo sicut trigonum in tetragono . Lors même que dans la génération, la forme la plus élevée serait précédée par les formes inférieures, à la fin, ce n’est pas la pluralité mais l’unité de forme qui existe: de même que si un objet arrive à la blancheur en passant par le
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brun et le gris, il n’a pas à la fin trois formes, je veux dire les trois couleurs , brune, grise et blanche, mais une forme, c'est-à-dire la seule couleur blanche : « Sicut non sequitur... quod sint très formes in fine al terationis, scilicet fuscum, pallidum et album L » La conclusion qui va suivre de ces prémisses se devine d’elle-même :
« 11 doit en être de l’homme comme des autres êtres, sicut in ciliis, itaetiam in homme 1 2. L’àme raisonnable, suivant et résumant toutes les autres formes, doit donc plonger jusque dans la matière et dans l’être premier de la substance de son corps, in mater in et in esse primo substantiœ animandæ , afin de porter et de communiquer directement à la matière son premier acte, l’acte substantiel, esse primum substantiœ , l'acte fie corporéité, base et fondement de notre triple vie humaine, organique, sensitive, intellectuelle. Car si l’homme était autrement constitué, l’homme serait plusieurs et non pas un, quia aliter homo ronstitutus . . .esset multa et non unum 3.