‹ L'ame humaineChapitre 112 sur 203 · Ibicl., p · texte numérisé non relu

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cipe, quelle notion de physique ou de métaphysique pourrait-il invoquer? Par quoi démontrera-t-il (jue le cadavre n’est pas un simple agrégat de substances innombrables et diverses, comme les débris d’un édifice qui s’écroule? Mais, je le veux, le cadavre n’aqu’uneseule forme, est véritablement une seule substance. Scot n’en serapasplus avancé ; car, pourquoi cette forme n’aurait-elle pas succédé à l’âme, dans la matière de ce corps qui vivait tout à l’heure? Scot n’admet-il pas le principe : corruptio uniiis est r/ene ratio alterius? Pourquoi vouloir que ce principe ne reçoive pas partout son application? Pourquoi compliquer la nature, et briser l’unité de ses lois?

Dira-t-il que, les accidents demeurant les mêmes dans le cadavre qu'ils étaient dans le corps vivant, la forme du corps doitêtrela même ? Mais il luifaudrait prouver que tous les accidents, que toutes les qualités, chaleur, couleur, odeur, etc., restent les mêmes. Commentpourrait-ille prouver? D’ailleurs est-ceque le mixte ne garde pas quelques-unes des propriétésde ses éléments?N’est-il pas naturel que deux formes qui se succèdent, suivant cet ordre hiérarchique des formes que Scot reconnaît fort bien, aient quelques1 propriétés communes?

Que si nous nous mettons au point de vue de la science moderne, la pensée de Scot ne paraîtra pas plus solide : car, si la science marque des préférences pour quelque opinion, au sujet de cette mystérieuse histoire de notre corps après le départ

UNION AVEC LE CORPS

de l’âme, c’est bien plutôt pour celle qui tient que le corps vivant, abandonné par l’àme, se dissout d’abord en agrégats de cellules animées d’une vie inférieure particulière ; et qu ensuite les cellules se décomposent en molécules chimiques substantiellement diverses, et partant multiples1. De quelque point de vue que l’on examine l’argument philosophique de Scot, il paraît donc tout aussi peu coucluanl et solide que ses arguments théologiques; et l’on reste avec cette conviction que son système de la pluralité des formes, dans les vivants et spécialement dans l’homme, est aussi faiblement établi qu’il est inconséquent

1. Moleschott, Circulation de la vie, quinzième lettre. — M. Farges, La Vie et l’Évolution des espèces, VIJI.

2. Quelques Thomistes, en ces derniers temps, avaient affirmé ou laissé entendre que cotte doctrine de Scot avait été condamnée par le Concile général de Vienne. Le cardinal Zigliara a démontré, dans son étude magistrale De mente coneilii Yiennensis , etc., que cette assertion est matériellementfausse et calomnieuse. Le système de Scot pèche contre la Logique, mais non contrôla Foi. Que l’on soutienne qu’il ait été défini par le Concile que l’âme est la forme substantielle du corps, il la bonne heure; mais que l’âme soit l’unique forme substantielle du corps, le Concile ne l’a point dit, et ne l’a point voulu dire. C’estce que prouvait fort bien encore tout récemment le P. Prosper de Marfigné, dans son livre La Scolastique et les Traditions Franciscaines. Le savanlcapucin prouve aussi fort bien une vérité plus importante, et surtout plus nécessaire à persuader, c’est qu’il est souverainement désirable qu’on se remette à l’étude des grands Docteurs franciscains, Alexandre de Halés, saint Bonaventure, Richard de Middletown, Scot. Oui, Scot, car si Duns Scot a ses mauvaises pages comme tout auteur a les siennes et tout homme scs mauvais jours, il n’en est pas moins un des maîtres de la science. Pour ma part, j’avoue lui devoir plusieurs idées et plusieurs solutions excellentes, doni j’espère bientôt faire mon p.’Olit .

Mais je crois vous entendre dire tout bas : que Scot s'arrange avec les Scolastiques et leurs principes comme il pourra; nous, nous aurions au moins une réflexion à faire, en faveur de l’opinion qui n’accorde pas que Taine entre dans le corps comme partie constitutive du corps : c’est que si l’âme concourt de la sorte à constituer le corps, sa spiritualité paraît compromise.

C’est l’objection même que faisait valoir, il y a quelques années, un penseur français, d’une science et d’une portée philosophique remarquables, M. le Dr Frédault.

« Comment l’âme peut-elle actuer le corps en tant que corps, disait-il, si le corps est matériel et l’âme spirituelle, si le corps est étendu et l’âme indivisible 1 ? »

C’est justement la difficulté qui avait empêché Henri de Gand, un des plus illustres représentants de la Scolastique, de suivre saint Thomas dans l’application qu’il fait de sa théorie de la matière et de la forme au composé humain. Henri, plus hardi que Scot, veut bien reconnaître, avec le Docteur angélique, que non seulement dans les corps composés du règne minéral, mais encore dans les plantes et même dans les animaux, il n’existe qu’une seule forme ; quant à dire qu’il en va de même pour l’homme, il ne l’ose; il crain-

I. Y Traité d'anthropologie physiologique et philosophique, p. 169.

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lirait de compromettre la simplicité et la spiritualité de l’âme humaine *.

A vrai dire, je suis étonné que des hommes d’une telle portée d’esprit formulent une pareille objection, quand je les entends enseigner et proclamer, avec une si parfaite assurance qu’ils le font partout, que l’àme raisonnable et spirituelle communique à notre corps la vie végétative et la vie sensitive.

Est-ce donc, par hasard, que la vie sensitive, et encore mieux la vie végétative, ne relève point de la matière, ne dépend pas des organes et ne comporte pas les fonctions les plus humbles1 2? Si l’on admet que l’âme spirituelle peut être, et est, en fait, le principe d’une vie qui est essentiellement matérielle, essentiellement corporelle, n’est-il pas étrange qu’on se fasse scrupule, après cela, d’admettre que l’âme spirituelle soit par elle-même la forme du corps? Si la spiritualité de l’âme n’a pas été compromise quand vous l’avez faite principe de vie végétative, vous pouvez être tranquilles, elle ne le sera pas davantage si vous dites qu’elle est encore le premier principe de la substance corporelle.

Mais je tiens à faire observer qu’il est encore plus étrange que les Scotistes eux-mêmes fassent valoir cette objection. Qu’on veuille bien s’en souvenir, en effet, leur prétendue forme de cor-

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