‹ L'ame humaineChapitre 113 sur 203 · Quodlib., I, q. 2 et · texte numérisé non relu

Quodlib., I, q. 2 et

2. V. Traité d' anthropologie physiologique et philosophique ,

poréité n’achève pas le corps même comme corps; la matière, avec la seule forme de corporéi té, est une substance corporelle incomplète, même en tant que substance corporelle, « ne 2 species in cjenere corporis nec in généré substantiæ l. » Ils sont donc bien obligés d’admettre que l’àme, en s’unissant au corps, l’achève et le complète comme corps; que l ame raisonnable, suivant la propre expression d’un des maîtres de l’Ecole Franciscaine, est le complément spécifique du corps humain, specificum humani corporis complementum 2, quelque chose du corps enfin,. Ti cro)[j.a70!j. Mais s'il en est ainsi, de quel droit viennent-ils opposer à saint Thomas une difficulté qu’ils ont eux-mêmes à résoudre?

Du reste, la solution est facile; car si cette objection frappe à première vue, je ne crains pas d’affirmer qu’elle n’est que spécieuse.

Que la simplicité de l’àme, d’abord, ne s’oppose en rien à son union avec le corps, je crois l’avoir clairement montré, il y a quelques instants, en faisant ressortir que l’étendue matérielle, loin d’être incompatible avec tout ce qui est simple et indivisible, suppose au contraire nécessairement un tel principe; puisque la multiplicité des parties

1. Scot, Super quartum Hibrum Sentent., dist. XI, q. 3, et Frassen, Philosophia academica , t. III, p. 180.

2. Cum eliam anima rationalis, sit ipsius hominis specifica forma et specikicum humani corporis complementum, ut ostensum est lib. II, disp. 17. — Richard de Middletown, in IV Setitent. dist. 43, 8e colonne.

UNION AVEC LE CORPS

appelées à la constituer ne peut être ramenée à l’unité sans un principe intrinsèque immédiat, ou au moins médiat, qui soit un et indivisible de soi. Pour ce qui est de la spiritualité, je dis qu’elle n’est pas plus compromise que la simplicité, par cette assertion que l’âme actue le corps, comme parle M. Frédault, ou concourt à le constituer, même on tant que corps. Par spiritualité, il vous en souvient, je pense, l’on entend le pouvoird’exister indépendamment et même hors de la matière ou du corps. Or, quelle impossibilité y a-t-il à ce qu’un principe substantiel simple comme l’àme humaine actue le corps, comme forme ou force substantielle, et possède, en même temps, le pouvoir d'exister indépendamment du corps et même hors du corps? De soi, le fait d’actuer ainsi un corps n’implique ili dépendance ni indépendance du corps, quant à l’existence. La force substantielle peut être indifféremment dépendante ou indépendante. Elle sera dépendante si elle ne peut exercer aucune opération à elle seule, et sans que le corps conjoint n’y prenne une part prochaine, immédiate et directe; indépendante, s’il est quelque opération dont elle soit seule principe immédiat et prochain; parce que, comme nous avons toujours raisonné, l’opération révèle la nature et le mode d’existence des êtres, et, partant, là où l’opération est indépendante, l’être est indépendant. L’âme humaine donc, ayant une opération où le corps ne peut atteindre, à savoir la pensée, l’âme lui-

maine, même actuant le corps, garde son indépendance par rapport à lui, et, le cas échéant, peut exister sans lui.

Cette argumentation est rigoureuse, et je ne crois pas qu’il soit nécessaire de nous arrêter davantage à l’objection formulée par Henri de Gand, et reprise par M. le docteur Frédault. D'autant plus que, repoussés sur ce point, les partisans de la pluralité des formes recommencent l’attaque sur un autre. Écoutons encore M. le docteur Frédault. Il n’est plus question de la vieille forme de corporéité des vieux Scotistes:M. le docteur va parler au nom de la chimie moderne qui démontre que le corps vivant « réclame pour sa constitutiont elle ou telle substance plutôt que d’autres... ; qu'il faut surtout de l’oxygène, de l’hydrogène, du carbone et de l’azote, plus quelques autres éléments accessoires comme le soufre, le phosphore; que le plus grand nombre des substances élémentaires qu’on connaît est inutile, souvent même nuisible, toujours inefficace à la composition du corps organisé ». Sur quoi, M. Frédault raisonne ainsi : « Si l’on voulait admettre que les formes matérielles, ou autrement les activités des substances élémentaires, disparaissent dans l’union avec l’âme, ou demeurent simplement en puissance, non en acte, on se trouverait conduit à deux erreurs. D’une part, ce serait récuser que les divers éléments qui entrent dans la composition du

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corps sont pour quelque chose en lui, ce qui serait aller contre un fait expérimental avéré: d’un autre côté, ce serait admettre que l'une des deux natures du composé est anéantie. En elfet, la matière nue ou sans forme, qu’est-ce, si ce n’est une pure privation, un rien, dont on ne peut même comprendre l’existence, car rien n’existe en dehors de l’activité? L’âme s’associerait ainsi non uneactivité possible, mais une pure possibilité b »

Il paraît que cette objection remonte à Averroès. Duns Scot nous apprend, en effet1 2, que le Commentateur, au xe J ivre des métaphysiques, voulant établir que la forme des éléments demeure dans le mixte, prouve que cela est, par cette raison que, si la forme des mixtes atteignait directement la matière première, sans l’intermédiaire de la forme des éléments, il y aurait confusion absolue parmi les formes ; tout pourrait se faire de tout; et l’expérience, au contraire, nous montre que chaque corps mixte exige, pour se former, des éléments spéciaux.

Mais cet inconvénient ne résulte aucunement, répart Duns Scot, de la doctrine que la forme des éléments disparaît dans le corps mixte. Si nous disons, en effet, que toute forme de mixte peut actucr la matière immédiatement et par elle-même, nous tenons aussi, conformément à l’expérience,

2. In Sentent. lib.II, distinct. XV, quæst. un., « Ad aliud cum dicit, etc. »

que telle forme de mixte ne peut succéder à telles formes élémentaires ; et qu’il existe parmi les formes un ordre de succession constant fixé par la nature: « itaquod observatur ordo formarum in transmutando, sed non in essendoet perficiendo i. » Cette solution de Scot est excellente, et agréera, sans doute, à M. Frédault et à ceux qui, comme lui, s’honorent d’être les disciples du Docteur subtil. Mais j’ajoute, afin de répondre plus complètement à l’éminent Docteur, qu’il est très vrai que c’est pour nous comme pour lui « un fait expérimental avéré, que les divers éléments qui entrent dans la composition du corps sont pour quelque chose en lui ». Ils y sont pour quelque chose, sans doute, puisqu’ils lui communiquent leur matière, et concourent ainsi, pour leur part, à lui donner son volume et son poids et même ses autres propriétés ; car le volume, le poids et toutes les autres propriétés du corps émanent simultanément de sa matière et de sa forme, en tant qu’elles constituent une seule substance et une seule nature, « simul. et indivision ah essentiel phijsica constante mater ia et forma. » Notre doctrine de l’unité de forme substantielle, dans l’homme, ne conduit donc pas le moins du monde à la première erreur signalée par M. Frédault.

Elle ne conduit pas davantage à la seconde,

J . Loc. cit.

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qui serait que l’âme s’unissant directement à la matière première des éléments, les éléments devraient être dits anéantis, puisque d’eux-mêmes il ne resterait que la matière, et que la matière et rien, c’est la même chose.

L’on doit comprendre, en elfet, après ce qui a été dit, que, pour nous, la matière et rien, ce n’est pas du tout la même chose. La matière, disions-nous tout à l’heure, est principe premier, radical et partiel de l’étendue, du volume, du poids et des autres qualités du corps. Un tel principe est bien quelque chose, je pense. Nous enseignons, il est vrai, que la matière, pouvant être, tour à tour, oxygène, eau, plante, homme, est de soi un principe indéterminé et potentiel, qui, pour ce motif, ne peut exister ni même se concevoir sans la forme; mais, pour être indéterminé et potentiel, ce principe n'en est pas moins réel ; et s’il n’est rien et ne peut exister ni se concevoir sans la forme, il est quelque chose, existe, et se conçoit fort bien sons la forme : absolument comme, dans l’ordre des accidents ou des modes, l’étendue d’un corps est une propriété réelle, encore qu elle ne soit, ni ne puisse exister, ni même puisse se concevoir, sans une forme extérieure ou configuration quelconque, qui ladétermine et l’actuc comme modalité. En résumé, nous voulons bien dire, avec saint Augustin, que la matière, touchant au néant, est presque rien, « prope nihil » ; mais qu’elle soit un pur néant, ou le

simple concept abstrait de possibilité, nous le nions1.

Je laisserais là M. le docteur Frédault et les partisans de la pluralité des formes, s’il n’y avait • un autre argument en faveur de leur tiièse, auquel la plupart de ces philosophes attachent un grand prix, et dont ils paraissent espérer beaucoup : c’est l’argument qu’ils empruntent à l’analyse chimique.

Décomposez le corps humain, et vous obtiendrez en dernière analyse de l’hydrogène, de l’oxygène, de l’azote, etc. Si l'hydrogène, l’oxygène, etc., sortent du corps humain en décomposition, c’est donc qu’ils y étaient contenus durant la vie.

Averroès raisonnait encore absolument de la même façon, pour démontrer que les éléments persistent dans le mixte : Les éléments sortent du mixte, disait-il, donc ils y sont contenus.

A quoi Scot, aussi, répondait fort bien : Qu’ils y soient contenus, c’est nécessaire; mais il n’est pas nécessaire qu’ils y soient contenus actuellement; il suffit qu’ils y soient contenus virtuellement 2. C’est aussi notre réponse à cette dernière difficulté.

Que dirait M. Frédault à quelqu un qui lui tiendrait ce raisonnement :

De l’ovule fécondé sort l’organisme complet ; donc, l’organisme complet est contenu dans

]. Confessions, liv. II, ch. xvii.

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