In lib. II Sentent., dist. XII, q. un
UNION AVEC LE CORPS
l’ovule fécondé? Il répondrait sans doute : L’organisme complet est contenu dans l’ovule virtuellement, mais non pas actuellement. Tous les physiologistes répondraient ainsi : tous les physiologistes admettent donc, en principe, notre distinction de contenance actuelle et de contenance virtuelle.
D’autre part, M. Frédault, en parlant des principes immédiats, albumine, fibrine, caséine, etc., que nous présente l’analyse chimique du corps humain, dit : « Rien ne prouve que ce ne sont pas de simples produits de décomposition ; rien ne démontre qu'ils préexistent à l’analyse L » — Par quoi prouve-t-on que les principes élémentaires ne sont pas, eux aussi, de simples produits de décomposition ?
Enfin, M. Frédault dit encore : «Il est bien vrai que les éléments matériels entrant dans la composition du corps vivant cessent d'être ce qu'ils étaient, pour devenir quelque chose de nouveau : ils cessentd’ètre oxygène, hydrogène, azote ctcarbone, pour devenir chair » — Mais si les éléments matériels cessent d’être ce qu'ils étaient, pourquoi et comment soutenir qu’ils persistent actuellement dans le corps vivant ?
Restons-en là ; et voyons maintenant à quelles conséquences nous amène la doctrine que nous avons exposée et soutenue.
2. Truité (T anthropologie physiologique et philosophique, p 199.
Le résumé de ce que nous avons dit dans la première partie de notre chapitre se réduit à ceci : L’homme est un corps animé par un esprit, ou un esprit incorporé. De l’âme et de la matière il se fait, dans l’iiomme, une seule substance, une seule nature. L’homme a donc deux facteurs : l’ame raisonnable et la matière. — L’apport, de l’âme, en cette union, consiste en quatre choses: l’intelligence, la sensibilité, la vie, la corporéité; entendant par corporéité, non pas l’étendue ou ta matérialité, mais l'actualité physique, l’unité et la subsistance, sans lesquelles un corps ne se conçoit pas plus qu’une substance spirituelle. De ces quatre choses, elle en communique trois à la matière, à savoir ; la sensibilité, la vie, la corporéité. C’est-à-dire quelle communique d’elle-même à la matière tout ce que la matière est susceptible de recevoir. Or, comme la matière n’est pas susceptible d’intelligence, puisque, ainsi que nous l’avons démontré, nulle faculté organique ne peut penser ou concevoir l’immatériel, il suit de là que l’âme humaine, à cause de cette incapacité de la matière, ne lui communique point l'intelligence. L’âme humaine, encore qu elle se donne elle-même et directement, je veux dire sans intermédiaire, à la matière dont est formé le corps humain, n’est donc pas totalement incorporée, n’est pas entièrement immergée dans le corps ; elle reste libre et dégagée par la plus haute de ses puissances, que la raison seule conçoit telle qu’elle
U MON AVEC LE COUPS
est, et dont l’imagination fait je ne sais quelle lumière d’une pureté incomparable, brillant audessus du corps comme la flamme sur son flambeau.
Si l’âme humaine apporte tout ce que nous venons de dire, si elle est principe non seulement d’intelligence, de sensibilité et de vie, mais encore d’actualité physique, d’unité et de substantialité corporelles, la contribution de la matière se trouve bien réduite. Elle n’a plus qu’à offrir cette réalité de soi incomplète, puisqu’elle est indéterminée ; indéterminée, puisque de soi elle est commune à tous les corps ; commune à tous les corps, puisqu’elle est la source première en tous les corps d’une propriété qui leur est commune à tous, je veux dire l’étendue ; réalité de soi incomplète, indéterminée, commune, qui, par l’accession de l'âme, s’achève, se détermine, "et devient substance corporelle, vivante, sensible, en un mot, corps humain.
liref, l'âme spirituelle est, dans l’homme, Tunique forme ou force substantielle qui , avec la matière, constitue entièrement l’être humain.
Voici maintenant quelques-unes des conséquences plus remarquables qui suivent de cette doctrine-, et qui me paraissent de nature à mieux en faire pénétrer la profondeur et l’importance.
La première, c’est de nous faire éviter deux écueils, auxquels n’ont pas su échapper beau-
coup de philosophes depuis deux siècles: le matérialisme, et le spiritualisme exagéré.
Nous échappons d’ahord au matérialisme, par notre théorie delasimplicité et de la spiritualité de l’âme. Alors même, en effet, quenous proclamons l’âme forme substantielle du corps, ou plutôt parce que nous la proclamons forme substantielle, nous affirmons et nous démontrons qu’elle n’est pas un être à trois dimensions, mais qu’elle est, au contraire, inétendue, indivisible, simple. Mais nous n’en restons pas là. Nous appuyant sur le fait et sur la nature de la pensée, nous faisons voir qu’il est tout un ordre d’opérations où nulle forme emprisonnée dans des organes et agissant par leur moyen ne peut atteindre; que, partant, l’âme ne penserait pas, si elle ne dépassait son corps, et si elle n’émergeait au-dessus de la matière, selon la belle parole de Dante Alighieri, comme le nageur au-dessus de l’eau. D’où il suit rigoureusement que l’âme humaine, comme elle peut agir par elle-même, peut exister par ellemême, agir seule, exister seule, qu’elle est spirituelle enfin.
Vous voyez, par ce peu de paroles, que nous échappons bien au matérialisme, avec notre doctrine de l’âme spirituelle forme substantielle du corps. Mais elle nous préserve aussi d’un autre extrême, je veux dire le spiritualisme exagéré.
S’il fallait en croire certainsphilosophes, s’inspirant, jelesais, d’intentions très louables et de vues
UNION AVEC IÆ CORPS
fort élevées, nous ne serions rien moins que de petits anges, administrant et gouvernant, comme petits royaumes, ces portions de matière organisée qui s’appellent nos corps.
Vous vous rappelez les fameuses paroles : « Je suis une chose vraiment existante, mais quelle chose ? Je l’ai dit, une chose qui pense. Et quoi davantage? J’exciterai mon imagination pour voir si je ne suis point encore quelque chose de plus. Je ne suis point cet assemblage de membres que l’on appelle le corps humain, je ne suis point un air délié et pénétrant répandu dans tous ces membres; je ne suis point un vent, un souffle, ni rien de tout ce que je puis feindre cl m’imaginer... Je ne suis donc, précisément parlant, — ne trouvezvous pas ce « précisément parlant » toujours plus admirable ? — qu’une chose qui pense, c’est-àdire un esprit , un entendement ou une raison l. »
Affirmer en ces termes le spiritualisme, c’est en compromettre la cause. Vous scindez l’homme en deux, et vous considérez exclusivement le côté élevé et transcendant de sa nature : vous donnez à vos adversaires l’exemple, sinon le droit, de scinder l’homme à leur tour, et de considérer exclusivement en lui ce qui no dépasse pas la matière. Vous méconnaissez letémoignage le plus irréfragable du sens intime ; on vous opposera ce témoignage, et vous ne saurez qu’y répondre; et votre silence, vos réponses plus encore, créeront