Descartes, Méditation deuxieme
contre la vraie doctrine les pins funestes préventions. Telles devaient être les conséquences de ce spiritualisme exagéré. Et pour se convaincre qu’elles se sont produites, il suffit d’observer la défaveur, l’on pourrait presque dire la déconsidération, qui, depuis quelques années, malgré le talent et le zèle dont ils ont fait preuve, s’attache à l’enseignement de nos maîtres spiritualistes modernes l. C’est qu’il est par trop évident que nous ne sommes point de purs esprits. L’homme n’est ni un esprit seulement, ni un corps seulement, mais le composé personnellement et substantiellement un, qui résulte de l’union de l’âme avec la matière. Telle est la formule justifiée par le sens intime et par l'observation, non pas arbitrairement partielle et restreinte, mais complète et adéquate des phénomènes. Cette formule est justement, notre thèse.
La doctrine de l’âme forme substantielle a donc pour résultat de nous faire éviter le matérialisme et le spiritualisme exagéré. Mais ce n’est pas la seule conséquence heureuse qu’elle amène.
Comme elle explique bien, par exemple, l’unité del’homme, etcomme elle est la justification scientifique éclatante de ce sentiment si vif, si profond, si persistant que nous portons tous au dedans de nous-mêmes, que nous sommes des êtres parfaite-
1. V. l’aveu do M. Paul Janet: La Crise philosophique, p. 6. — A propos de M. Janet, j’ai été heureux de constater que le savant professeur adopte la thèse Aristotélicienne de l’àme forme substantielle du corps dans son Manuel de philosophie, p. 359 .
UNION AVEC LE CORPS
ment uns, bien que composés. Comment ne nous sentirions-nous pas quelque chose de parfaitement un, alors que notre âme entre dans la composition intime, dans la constitution essentielle de notre corps? si bien que notre corps ne peut ni être ni se concevoir, sans notre âme, sa forme substantielle première et unique; alors d’autre part que notre âme ne peut se comprendre ni se définir sans le corps « iii de finit ione animce caclit corpus » , puisque, par essence, elle en est la forme spécifique, et que même, suivant une admirable expression de S. Thomas, lorsqu’elle en est séparée, après la mort, elle demeure toujours apte à lui être unie, encore qu elle ne lui soit pas unie actuellement : « Sunt enim (animce) unibiles corporibus divers is licet non actu unitæ 2. » Comment ne nous senlirions-nous pas quelque chose de parfaitement un, alors que Taine vient prendre le corps quand il est simplement à cet état potentiel et plus que rudimentaire de matière première ; quand il ne possède encore aucun acte, quand il n’est encore complètement ni être ni substance, « neque ens simplicité,r, neque substantiel simpliciter ? »
Si l’âme, dans l’homme, donne à la matière tout ce qu’elle a d’actualité, il faut bien que l’homme soit, et qu’il se sente, non pas deux substances juxtaposées, deux natures accolées l’une à l’autre, mais une seule nature, une seule substance; il faut