Discours de métaphysique adressé à Arnault
UNION AVEC LE CORPS
son âme encore, il tient des facultés sensitives; il doit donc connaître les réalités matérielles avec lesquelles il se trouve en rapport . Et en tout cela l’âme est tour à tour active et passive au regard des corps avoisinants; elle porte et reçoit tour à tour le coup de l’action. Et cela doit être, puisque l’âme et le corps ne faisant qu’une substance, le corps ne peut agir qu’elle ne soit associée à son action, de même qu’il ne peut arriver que le corps soit atteint, sans que l’âme le soit en mêmetemps.
Mais c’est particulièrement sur la question capitale de l’origine de nos idées que la théorie thomiste projette de précieuses clartés. L’objet et le procédé de notre connaissance intellectuelle dans ses grandes lignes sont définis et marqués d’avance par ce qu’elle enseigne.
N’est-il pas évident, en effet, que l’âme pensante étant par nature destinée à subsister dans un corps, et l’objet propre de l’agent devant répondre à son mode d'être, notre âme aura pour objet proportionné de sa pensée les natures ou essences qui subsistent dans la matière? et que ce sera seulement après avoir pris connaissance des êtres matériels, qu’elle pourra parvenir, à l’aide du raisoonementet de l’analogie, à se former quelque notion des réalités immatérielles?
D’autre part, nous pouvons déjà prévoir suivant quel procédé ses idées se formeront. L’homme, ne cessons de le redire, est un être complexe, qui possède, dans l’unité de sa nature, des puissan-
ces, des énergies d’ordres fort divers, physiques, végétatives, sensitives, intellectuelles, si bien reliées et jointes entre elles, qu’il en résulte ce bel être, plein d’harmonie et de force, qui est le couronnement et comme l’orgueil de la nature.
Mais l’ordre qui paraît dans l’être de l’homme devra, sans aucun doute, reparaître dans son opération : « Operatio enim sequîtur esse et ei proportionatur » ; ce qui ne saurait avoir lieu qu’à la condition que ses facultés inférieures exercent leur activité sous la dépendance et au profit des facultés supérieures. L’intelligence étant donc la faculté maîtresse de l’homme, et la pensée son actcle plus noble, il s’ensuit que tout dans l’homme, de près ou de loin, doit servir à l’intelligence et à la pensée, si bien qu’à produire la pensée tout l’être humain devra travailler; et qu’elle sera comme le terme suprême d’une élaboration à laquelle toutes les puissances, chacune suivant son ordre et à sa manière, auront dû prendre part. Les puissances sensitives, en particulier, qui se trouvent placées immédiatement au-dessous de l'intelligence, et dans un rapport plus immédiat avec elle, devront surtout lui apporter leur concours.
N’est-ce pas aussi ce qui a lieu? Si nous avons l’idée des corps étendus et résistants, c’est que nous les avons touchés ; des couleurs, c’est que nous les avons vues ; du son, c’est que nous l’avons entendu; des saveurs, c’est que nous les avons goûtées; des corps avec l’ensemble de leurs
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propriétés, c’est qu’après avoir perçu chacune d’elles par chacun de nos sens, nous les avons embrassées dans une seule perception par notre sens interno général, sensus communis ; et que notre imagination en retrace sans cesselesimages devant notre esprit, toutes les fois qu’il pense. Voilà ce que notre expérience personnelle nous dit : mais voilà aussi ce qu’avec notre théorie de l’âme forme substantielle du corps nous avions prédit L
Il serait facile de montrer que notre doctrine éclaire bien d’autres parties de la science que l’idéologie ; qu’elle fournit, par exemple, à la pédagogie, à la médecine, spécialement à la thérapeutique, une base sûre et des principes féconds en applications; mais je dois me borner, et je n’ai plus que le temps de signaler, en finissant, deux conséquences.
La première rogarde la place que l’àme occupe dans le corps. Puisqu’elle en est la forme substantielle, qu’elle lui donne son actualité, sa subsistance physiques, qu’elle l’unifie, le vivifie, ['humanise dans son tout et dans ses parties, et que d’ailleurs elle est simple, spirituelle, et absolument indivisible, elle ne saurait manquer d’être partout présente par son essence, tout entière dans la totalité et tout entière en chaque point, tota in tôt o ,