Quœst. unica de Animâ, art. X
UNION AVEC LE CORPS 321
Mais arrivons à notre dernière conséquence : c’est qu'il nous est facile maintenant de concevoir quelle est la place de l’homme dans l’univers visible, et même dans la création. L’homme d’abord, noos l’avons vu, rassemble en lui-même toutes les perfections des natures inférieures : l’être physique du minéral, la vie de la plante, la sensibilité de l’animal; il possède tout cela à un degré éminent, et, en sus de tout cela, il pense et raisonne. L’homme est donc tout ensemble le résumé et le roi du monde visible. Mais n’est-il point autre chose? Ne se pourrait-il que, par son âme raisonnable qui plonge dans les entrailles de la matière, mais dont les facultés maîtresses, l’intelligence et la volonté libre, échappent aux étreintes du corps et brillent au-dessus comme deux clartés sublimes, il eût à remplir un autre rôle plus noble? Les grands philosophes de l’antiquité, Platon, Aristote, et beaucoup de leurs disciples, ont pensé que le monde visible n’existe pas seul, mais qu'il existe au-dessus de notre monde un monde invisible, le monde des purs esprits, ou in tel l igcnces séparées . Ne serait-il pas convenable, en effet, et d’un beau dessein, qu'il y eût de toutes sortes d’êtres dans la création? « Des êtres qui n’eussent que l’étendue avec tout ce qui lui appartient, figure, mouvement, repos, tout ce qui dépend de la proportion ou disproportion de ces choses : des êtres qui n’eussent que l’intelligence, et tout ce qui convient à une si noble
opération, sagesse, raison, prévoyance, volonté, liberté, vertu : enfin des êtres où tout fût uni,, et où une âme intelligente se trouvât jointe à un corps 1 ? »
Si cela est, et la Raison, je ne parle pas de la- Foi, est bien loin d’y contredire, la place et le rôle de l’homme acquièrent une nouvelle importance. Il n’est plus seulement le résumé de notre monde visible : il est le commencement superbe d’un monde invisible, le lien qui rattache l’un à l’autre, et réunit dans un tout grandiose l’œuvre de la création. De la matière première, pure puissance, jusqu’à Dieu, acte pur, je vois désormais tous les êtres qui montent par une progression insensible mais constante et sans lacune; l’unité et la splendeur de la création éclatent à mes regards; et, en admirant la matière et l'esprit s’unissant, se continuant d’une façon si merveilleuse, tant d’oppositions vaincues, tant de contrastes réduits à une si parfaite harmonie, je reconnais et j’adore la sagesse suprême qui a tout conçu et ordonné, et la puissance souveraine qui a réalisé un tel ouvrage.