Del Fondamenti dellàReligior.e
LA VIE APRES LA MORT
Dieu étant un être infiniment parfait, toutes les perfections se trouvent en lui, et chacune à un degré infini. De môme, par conséquent, qu’aucune perfection ne lui manque, nulle non plus ne peut être inférieure, ni faible par rapport aux autres : selon notre manière de concevoir, toutes, au contraire, sont dans un admirable équilibre et agissent avec un merveilleux concert. Il suit de là qu’en Dieu, nulle perfection ne saurait être sacrifiée à une autre, ni blessée par une autre; et que la puissance, par exemple, ne saurait jamais faire ce que la bonté, la justice ou la sagesse, n’approuverait pas.
Or, je dis que la justice et la sagesse de Dieu lui défendent d'anéantir l’âme humaine, et lui commandent au contraire de la réserver pour une autre vie.
Et d’abord qu’il existe une autre vie, cela ne peut pas être mis en doute par quiconque admet l’existence de Dieu.
Dès lors que Dieu existe, en effet, il est nécessairement conçu comme providence et comme justice infaillible.
Or, si Dieu ne nous réservait pas une autre vie, Dieu ne serait plus ni justice, ni providence.
La justice et la providence de Dieu, en effet, ne doivent-elles pas surtout se montrer par le sort différent fait au vice et à la vertu? Dieu saint, et j-uste, n'est-il pas obligé à flétrir, à châtier l'un, à récompenser, à glorifier l’autre? Quoi donc! il
pourrait exister une providence divine, et Je mal rester éternellement impuni, et la vertu rester éternellement oubliée et méconnue? Dieu pourrait exister, et regarder du même œil, traiter avec la même indifférence ou la même sympathie, le crime et la sainteté, la charité et l’égoisme, l’orgueil et l’humilité, la continence et la débauche, la générosité magnanime et l’avarice sordide? Dieu pourrait ne pas faire de différence entre Néron et saint Louis, entre saint Vincent de Paul et Voltaire, entre saint Thomas d’Aquin et Jean- Jacques Rousseau ?
Non, il ne saurait en être ainsi. Si Dieu existe, il faut qu’il se montre, par des effets, le défenseur et l’ami de la vertu, le juge et l’ennemi du vice; et que vienne un moment où les préférences divines soient éclatantes et incontestables.
Hé bien! regardez notre [monde, et dites si la part y est toujours faite plus belle à la vertu; si elle y triomphe partout, et si le vice, au contraire, y est partout abaissé, partout flétri, partout châtié.
Le prétendre, serait dérisoire. 11 faut donc reconnaître que, dans la j vie présente, la justice divine retient son cours et, suspend ses effets ; qu’elle ne dit pas son dernier mot, mais le réserve pour un autre état de choses, pour une autre vie qui succédera à la vie présente, et où notre Dieu saint, juste et sage, traitera chacun selon son mérite; où il réalisera les compensations nécessaires, où il fera l’ordre parfait, en nous montrant
LA VIE APRÈS LA MORT
« la vertu, toujours avec le bonheur, et le vice, toujours avec la souffrance 1 ».
Voilà ce que dit la raison : Si Dieu existe, il doit à la vertu une autre vie, qui soit un dédommagement de l’existence présente.
C’est là ce qu’entendait si bien notre poète, lorsque, pensant tout ensemble aux aspirations immenses de l’âme humaine, et aux nobles combats de la vertu, il disait en face d’un tombeau :
Non, non, pour éclairer trois pas sur la poussière, Dieu n’aurait pas créé cette immense lumière,
Cette âme au long regard, à l’héroïque effort!
Sur celte froide pierre en vain le regard tombe.
O vertu ! ton aspect est plus fort que la tombe,
Et plus évident que la mort !
Mais je n’ai pas seulement à prouver que Dieu donne aux âmes une vie d’outre-tombe : il faut encore établir que cette vie ne finira point, que Dieu ne doit point les anéantir.
Qui va nous en assurer? Qui se portera notre garant contre Dieu? — Dieu lui-même.
Sa justice et sa sagesse s’opposent, en effet, à ce que nous soyons anéantis.
Rien de libre et d’indépendant comme Dieu, à l’égard de sa créature. Devant lui les natures les plus nobles sont comme si elles n’étaient pas, et notre néant ne saurait jamais fonder le moindre droit, à l’égard du Créateur. Mais Dieu peut s'en-