Bossuet
gager, et de fait il s’engage, lui-même à l’égard de lui-même 1. Il est libre incontestablement de 11e pas créer un être; mais dès l’instant qu’il le crée, Dieu se doit à lui-même de traiter cet être conformément à la nature qu’il lui a donnée. C’est en cela , suivant saint Thomas , que consiste, pour Dieu, la justice envers les créatures. Sa sagesse lui fait aussi un devoir de ne pas tenir une conduite qui se contredise : et Dieu se contredirait dans sa conduite, si, produisant à l’existence un être avec une nature, il traitait cet être comme en ayant une autre. L’homme se croit obligé à montrer de la suite et de la constance dans ses conseils et dans ses œuvres: qu’en doit-il être de Dieu?
Il est donc de la justice et de la sagesse de Dieu, de traiter les êtres suivant leur natureparticulière. Or, nous l’avons prouvé, l’âme humaine a une nature qui demande l’immortalité. Dieu doit donc à sa justice et à sa sagesse, supposé qu'il crée une âme humaine, de la conserver immortelle.
Il faut donc dire quel’àme humaine est immortelle en fait, comme elle est immortelle en droit, ou mieux, parce qu’elle est immortelle en droit.
Toute cette thèse sur l’immortalité de l’âme humaine se trouve merveilleusement confirmée par le sentiment unanime des peuples de tous les pays et de tous les temps.