‹ L'ame humaineChapitre 137 sur 203 · Phédon · texte numérisé non relu

Phédon

LA VIE APRÈS LA MORT

Si l’on admet une fois, dit S. Thomas, cette opinion que l’âme n’a pas besoin, par nature,

« secunclum suam naturam ,» du secours des sens pour penser, la difficulté présente ne subsiste plus : « hæcquœstio facilis est et absoluta. o

Mais pour nous, qui admettons avec le saint Docteur que l’âme et le corps forment « un tout naturel », et sont deux réalités qui se complètent et s’appellent, l'embarras demeure.

Pour en sortir, l’on s’est demandé d’abord si, toute naturelle que soit l’union de l’âme et du corps, l’âme dépend tellement de son conjoint dans la vie présente, qu elle ne puisse former une seule pensée, sans avoir recours au ministère des sens. Des philosophes, comme Avicenne et Algazel, au témoignage du B. Albert le Grand, ont, en effet, soutenu que l’âme, une fois en possession d’une idée, n’a plus besoin de l’image qui la lui avait fait concevoir; de même, disaient ces philosophes, que la voie n’est plus nécessaire â celui qui est au terme, ni l’échelle à celui qui est monté. Mais, ajoute le grand homme, quelque opinion que l’on embrasse sur ce point, l’on voit surgir de telles difficultés qu’il paraît bien malaisé de savoir certainement ce qui en est : « Videtur mihi ferre perarduum veritatem attingere l. » Voyons donc s’il n’y a pas moyen de se tirer de la difficulté, même dans la supposition que

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