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De Unitate Intellectus contra Averroystas

LA VIE APRES LA MORT

<le sa nature : « Grave esse sursum non includit contradictionem ; sed grave esse sursum secundum suam naturam , contradictionem includeret. »

De même, la façon naturelle (le penser, pour l’âme humaine, c’est qu’elle pense, en mettant à contribution les représentations de l’imagination et du cerveau, qui lui fournissent en quelque sorte la matière brute de ses idées. Mais cette façon de penser, naturelle à l’âme comme lui est naturelle l’union avec le corps, et qui suit du reste de cette union, n’exclnt nullement une autre façon d’agir qui pourra se trouver en harmonie avec une autre manière d’être. Nous dirons seulement que l’âme a deux manières de penser, répondant à deux manières d’exister : une manière de penser, naturelle, normale, avec le concours des images sensibles, dans son état d’union avec le corps : une autre manière de penser, pas naturelle, pas normale, sans le concours des images sensibles, dans l’état de séparation d’avec le corps.

D’après cela, pour montrer clairement que l’âme séparée peut penser, il suffit que nous puissions lui assigner un moyen de se pourvoir d’objets intelligibles, indépendamment de tout apport de l’imagination. Ce ne sera pas difficile.

Je remarque d’abord que l’âme séparée est à elle-même son premier objet. « Reflectere super se , dit saint Bonavenlure, hoc est virtutis cognitivœ sublimatœ a materiel. » N’est-il pas constant, en

effet, qu’étant simple et tout à fait immatérielle, elle peut se replier sur elle-même? Voilà tout de suite une ample matière à connaissance et à réllexion. Elle scrutera sa nalure, étudiera les facultés qu’elle possède, scs états, ses actes.

Mais, en se repliant sur elle-même, elle trouvera autre chose que sa nature, et ses facultés. Elle trouvera tout un trésor de notions et de connaissances, qu’elle avait insensiblement amassé quand elle existait dans son premier état. Toutes les idées que nous nous formons sur Dieu, sur l’homme, sur le monde, idées morales, idées religieuses, philosophiques, scientifiques, toutes ces idées, vous le constatez chaque jour, par votre expérience personnelle, demeurent pour ainsi dire consignées dans notre intelligence; elles y sont, même quand nous n'y pensons pas, et il ne faut qu’un acte de notre volonté pour les faire briller à notre esprit, souvent aussi nettes et aussi vives qu’au moment où nous les avons conçues pour la première fois.

Toutes ces idées, ne résidant point dans les organes, mais dans l'esprit, le corps peut disparaître, sans qu’elles aient le moins du monde à en souffrir. C’est, une nouvelle jnatière, et comme infinie, que l’âme peut exploiter. J’ai bien dit : exploiter. Car l’âme peut travailler sur ces idées : et, en travaillant de la sorte, en creusant ces notions, non seulement elle reprendra possession et jouira d’un bien déjà acquis, mais elle déve-

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loppera et étendra ses connaissances, multipliant par là sa perfection et son bonheur. De sa nature, elle peut remonter à Dieu, et accroître beaucoup sa connaissance de l’être premier et infini, grâce à l’état nouveau où elle se trouve, et qui l'aide à comprendre, beaucoup mieux que son existence passée, ce que peut être et comment peut vivre un pur esprit.

Est-il pas même impossible que l’àme séparée se forme des idées nouvelles non plus seulement en spéculant, comme nous venons de le voir, sur des notions anciennement acquises, mais en se mettant directement en rapport, soit avec notre monde, soit avec un monde supérieur? De fait, je trouve, à ce propos, dans le B. Albert le Grand4, une vue hardie, si l'on veut, mais qui n’est peutêtre pas insoutenable ni indigne d’être prise en considération :

Rapportant une parole de saint Denys, qui affirme que l’âme séparée peut connaître le monde sensible, il suppose que quelqu’un fait cette objection : l’esprit humain ne peut connaître le monde sensible que par voie d’abstraction; or, l’abstraction s’exerçant sur les images, l’abstraction est impossible après la mort, puisqu'après la mort l’organe de l’imagination n’existe plus.

A quoi il répond : que l’esprit ne pense que par

i. Sentent, lib. II, distinct xxv, p. i, a. 1. q. 3, résol. — V. les raisons qu’oppose S. Thomas, Somme Ihéologiqitp, p. r, q. lxxxix, a. 7.

abstraction, nous le voulons bien; mais il ne s’ensuit rien de là contre la doctrine de saint Denys, si nous supposons que l’esprit peut exercer son action d’abstraire sur les choses aussi bien que sur les images : « Sed nos ponimus quod potest fieri abstractio a re per intellectum sicut a phantasmate. Tant que l’esprit est dans les ombres du corps, obumbratus ccnpore, il lui faut les sens et l'imagination pour penser; mais une fois qu’il s’en est dégagé, il est capable à lui seul d’abstraire 1 universel des choses elles-mêmes: per seipsum su f fîcit a rebus ipsis facere abstractionem .

Et de fait, s’il peut l’abstraire des images, pourquoi 11e pourrait-il l’abstraire directement des choses ? Nec aliquid invenitur quod buic positioni repugnet l. »

Pourquoi aussi, l’âme séparée ne recevrait- elle pas de nouvelles lumières et de nouvelles idées d’autres àines, comme elle séparéesde leur corps? Pourquoi n’en recevrait-elle pas même d’autres esprits d’une nature plus élevée que la sienne 2 ?

« Car, il faut bien admettre que les créatures spirituelles de Dieu ont des relations entre elles, qu’elles forment un monde analogue à celui de lamatière et qui lui est supérieur. Elles s’éclairent donc mutuellement, dans -une mesure qu’il est d’ailleurs impossibleàlaplnlosoplne de préciser3.»

t. L)e Naturu et. Origine Anima', Iractat. U, cap. xvi.

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