‹ L'ame humaineChapitre 142 sur 203 · Somme théologique , I, cj. i.xxxix, a. J · texte numérisé non relu

Somme théologique , I, cj. i.xxxix, a. J

3. M. Elie Blanc. Traité de j philosophie scolastique, t. Il, p.

LA VIE APRÈS LA MORT

Et Dieu, ne peut-il donc éclairer les âmes ?

Mais il n’est point besoin de nous lancer dans l’hypothèse : ce que la raison nous dit de positif sur l’état de l’àme après la mort suffit bien à nous convaincre qu’elle n’y est point dépourvue d’objets de connaissance, et qu’elle peut penser.

Ajoutons qu’elle peut aimer, puisqu’il est certain que la faculté d’aimer reçoit son objet de la pensée, et agit partout où l’intelligence peut agir.

L’âme humaine n’existe donc pas seulement après que le corps a succombé : elle vit, mais d'une vie active, et tout occupée des choses do l’esprit. Elle n’exerce plus, il est vrai, faute d’organes, les fonctions de son énergie végétative et de son énergie sensitive : mais elle garde la conscience d’ellemème; mais elle peut contempler sa nature, ses divers états ; mais elle jouit des connaissances .qu’elle avait acquises quand, elle était unie; mais elle peut grandir dans la science de la vérité, et particulièrement dans laconnaissance et, par suite, dans l’amour de Dieu.

Enfin, elle peut penser, et elle peut aimer.

Que reste-t-il^maintenant, de cette objection que Ui Renaissance elle matérialismeconlemporain disaient si redoutable ? L’âme humaine séparée ne pourrait agir : donc elle ne saurait exister.

Qu'est-ce donc qu’agir, pour l’âme ? N’est-ce pas. en deux mots, penser et aimer ? Et pour penser, et pour aimer, que faut-il donc de plus

que îles facultés et un objet? Or, premièrement, l’âme séparée possède incontestablement la faculté, soit de penser, soit d’aimer, puisque l’une et l’autre faculté, comme nous l’avons répété tant de fois, s’exerçant sur des objets immatériels, levrai et le bien absolus, elles sont l’une et l’autre spirituelles, indépendantes des organes, et partant échappent à tous les coups qui frappent le corps. Quant aux objets, nous venons devoir quel’âme en est fournie en abondance dans la vie d’outretombe.

L’objection, si elle est spécieuse, n’est donc pas sérieuse.

Toutefois, je le reconnais, quand on estchrétien, l’on trouve que la philosophie parle bien froid, dans une pareille matière, et qu’elle est vite à court.

Il faut avouer, en effet, que tout ce que dit la philosophie sur l’immortalité de nos âmes, comparé à 1’enseignement si précis, si complet et si lumineux de la Foi catholique, atout ce que nous apprend l’Eglise sur nos destinées éternelles, quand elle célèbre le triomphe du Christ et de l’humanité sur la mort, et les gloires de la résurrection future, est bien imparfait et bien terne.

Mais, n’importe; tout imparfait qu’il est, cet enseignement de la philosophie calme nos alarmes les plus poignantes, et nous rassure délicieu-

LA VIE APRÈS LA MORT

sement. Il nous délivre de cette doctrine avilissante, qui, nous réduisantàlaconditionde labrute, et ne voyant dans riiomme qu’un tas de matière, affirme que tout, en nous, meurt avec le corps. Arrière, une pareille doctrine ! Elle n’est pas seulement dégradante ; elle ne tuepas seulementdans notre cœur les plus nobles aspirations, les plus douces espérances : elle est fausse, et la raison la condamne, tout aussi bien que le cœur.

Non, l'àme ne meurt pas avec le corps ; elle lui survit.

Non, ceux qui succombent près de nous, et parfois dans nos bras, ne sont pas voués à la poussière ou rejetés au néant. En nous quittant, ils n’ont fait que commencer une vie nouvelle, où s’éclairant à une lumière meilleure, libres de l’agitation et du tumulte des sens et de la matière, ils peuvent se livrer à la douce contemplation de la vérité éternelle.

La philosophie nous assure qu’ils peuvent penser et qu’ils peuvent aimer. Elle nous permet de croire qu’ils se souviennent de nous, et ne nous défend pas d’espérer que nous les retrouverons un jour, puisqu’elle démontre que la mort n’est que le passage douloureux à une- vie nouvelle, et <pie la tombe est une porte ouverte sur l’éternité.

Page 1