DES ORIGINES DE LAME HUMAINE
Sommaire. — Les âmes humaines arrivent à l’exisLence non par voie de génération, mais par voie de création. — Darwin et la première âme d’homme.
La question de l’origine dé Pâme humaine peut s’entendre de deux façons. L’on peut se demander comment la première âme humaine a- fait son entrée dans le monde. Oubien, l’onpeutse demander simplement comment sont produites, et d’où viennent les âmes humaines, dans l’état présent, et dans le cours actuel des choses.
Si distinctes que paraissent ces deux questions, il existe cependant entre elles une connexion étroite ; tellement étroite même, que, si au point de vue philosophique elles ne constituent pas un seul problème, elles peuvent, à tout le moins, être résolues d’un seul coup, et par les mêmes principes.
Rechercher, en effet, quelle a été l’origine de la première âme qui ait paru dans le monde, ce n’est pas autre chose, pour le philosophe, que
rechercher si Famé humaine, étant donné sa nature, a pu, ou n’a pas pu être le résultat d’une évolution de la matière ; et si elle a été transcendante dans son origine comme elle l’est dans son mode d’existonce. Mais rechercher d’où viennent les âmes humaines dans l’état présent et dans le cours actuel des choses, cela se réduit encore, pour le philosophe, àse demander quelle cause, étant donné la nature des âmes, peut les . amener, .et les amène en fait, à l’existence. Les deux questions se résolvent donc bien par le même principe, puisque la réponse à l’une et à l’autre est appuyée sur l’idée qu’il faut se faire de la nature de notre âme.
Comme il convient, en toute recherche, de regarder d’abord à ce qui est plus près de nous, et en second lieu seulement ce qui est plus éloigné, nous verrons d’abord quelle est actuellement l’origine et le principe des âmes humaines; nous considérerons ensuite comment la première âme humaine a dû faire son entrée dans le monde.
La pensée qui se présente d’abord à l’esprit, quand il se met àréfléchir sur l’origine des âmes, c’est que peut-être elles sont transmises par la génération, tout comme les corps. Pourquoi ne pas dire que l’homme engendre tout l’homme, corps et âme ?
On l’a dit, en effet, et nous apprenons de saint
Jérome 1 et de saint Augustin 2 que cette manière de voir eut pour défenseurs, dans les premiers siècles de notre ère, un certain nombre d’écrivains ecclésiastiques, qui tous s’accordaient à dire que les âmes des enfants, aussi bien que leurs corps, procèdent de la substance des parents, par le moyen de la génération ; encore qu’ils fussent divisés sur l’explication à donner de ce prétendu fait.
Les uns, en effet, comme l’illustre Tertullien, prétendent que la force plastique inhérente à la semence corporelle ayant organisé cette dernière, l’âme se forme par le concours des forces de la nature, lorsque l’embryon vient à être animé 3. La génération de l’âme humaine, d’après cela, n’aurait rien de plus extraordinaire que la génération du principe vital des plantes ou de l’âme sensitive de l’animal4. D’autres, comme l’explique saint Augustin dans sa lettre à Optatus, révoltés à cette idée que l’âme humaine sortirait d’une semence corporelle, de la même façon qu’une tige de blé sort de son grain, enseignaient que l ame est engendrée par l’àmecomme un flambeau s’allume à un flambeau, « tanquam lucerna de lucerna accendatur, » la semence corporelle n étant pas le sujet ni la cause, mais le simple instrument de cette génération.