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V. sa lettre 166, à S. Jérôme

2. Commentarii Collegii Conimbricensis in II lib. Aristot. de Anima, cap. I, quest. III, art. 2.

transcendant par rapport à la matière, une réalité spirituelle, puisqu’elle a tout un ordre d’opérations dont la matière n’est pas capable. Il est dès lors impossible : « Et ideo impossibile est , » que la semence corporelle soit le principe générateur de l’âme pensante1. Il serait superflu d’apporter d’autres preuves après celle-là.

Le Traducianisme nepeutdoncse soutenir : mais que penser du Génératianisme, que l’on a encore appelé Traducianisme spirituel?

Cette idée qu’une âme produise une autre âme, comme une lumière produit une autre lumière, at-elle donc rien de déraisonnable? La comparaison est, en effet, séduisante; mais il faut se défier des comparaisons en philosophie, et c’est bien le cas de le rappeler ici. La lumière n’est pas quelque

1. Somme théologique, p. I. q.CXVIII, a. 2. et Somme contre les Gentils , liv. II, c. 86.

Rosmini, dont les doctrines ont été l’occasion de si vifs débats en Italie, pendant ces dernières années, avait corrigé le Traducianisme comme il suit : Par la génération, l’enfant reçoit de ses parents une âme simplement sensitive. Mais Dieu, faisant rayonner sur celte âme l’idée de l’être, elle devient intelligente et raisonnable. Cette pensée n’était que la reproduction d’une erreur déjà signalée et réfutée par S. Thomas, dans la Somme théologique (p, I, q. 118, a. 2. ad 2). — De deux choses [l’une, disait le grand Docteur, et nous le disons après lui : Ou bien cette lumière, cette idée que Dieu fait briller sur l’âme sensitive de l’enfant, est quelque chose qui subsiste par soi, et partant d’essentiellement distinct de Pâme sensitive qui n’.est pas subsistante; et delà sorte nous voilà ramenés à l’opinion insoutenable de la pluralité des âmes dans l’homme: ou elle n’est pas quelque chose qui subsiste par soi, et alors elle doit s’évanouir quand le corps est détruit, et périr avec le corps, « quod est impossibile. »

chose de simple; l’oxygène et ce qu’il brûle n’est pas simple et indivisible non plus. Il se comprend donc très bien que la lumière se divise, se partage, pour se communiquer. Mais une telle division, une semblable manière de se communiquer n’est plus intelligible, quand il s’agit d’un être simple. Et l’âme est simple, parfaitement simple. Ce qui arrive à la lumière ne m’explique donc nullement ce que le.Génératianisme nous dit arriver à l’âme.

De fait, quand on a prié les partisans de ce système d’expliquercomment ils entendaient que s’accomplissait la génération de l’âme par l’âme, leur comparaison ne les y a guère aidés Quelquesuns ont hasardé que l’âme du fils procédait de celle du père par mode d’émanation; d’autres, qu’elle en procède par le moyen d’une matière spirituelle dont se formerait une semence, pareillement spirituelle , principe générateur de l’âme.

Mais, premièrement, il est de toute impossibilité que l’âme du fils procède de l’âme du père par mode d’émanation. L’émanation, en effet,

• suppose un être qui peut se diviser et se fractionner; or l’âme humaine, étant essentiellement simple, n'est pas susceptible de division : elle ne peut donc donner naissance à une autre âme par voie d’émanation.

Dirons-nous que l’âme spirituelle est unie à une matière spirituelle, et que de cette matière spirituelle

il se forme une semence, pareillementspirituelle, d’où sortira une nouvelle âme?Mais saint Augustin, tout le premier, trouve l’idée de cette matière spirituelle bien étrange : Une matière spirituelle, voilà deux mots qui jurent ensemble C De plus, sur quoi se fonde-t-on pour admettre l'existence d’une semblable réalité? Y a-t-il quelque raison, soit a priori soit a posteriori, que l’on puisse invoquer? Non, aucune. C’est donc en face d’une assertion tout arbitraire que nous nous trouvons. Sans compter, comme le remarque subtilement saint Thomas, que cette matière, fût-il accordé qu’elle existe, ne saurait en aucune façon être semence d’une âme nouvelle; car, autrement, c’en serait fait de l’incorruptibilité et conséquemment de l’immortalité des substances spirituelles. S’il existe, en effet, une telle matière dans les substances spirituelles, et si l’on suppose qu’elle est le substratum delà génération des âmes, les âmes se trouvant, au regard de cette matière, exactement dans les mêmes rapports que les formes inférieures, les forces de la vie organique, au regard de la matière sensible, rien n’empêche plus que, dans le monde des âmes, il se passe des transformations analogues à celles qui s’accomplissent dans le monde visible: « Substantiœ spirituales invicem transmut arentur 1 2. » Ce qui ne saurait être admis, et ce que rejettent , comme nous , les partisans

1 F. S. Thomas, Quæstio unica, de Spiritualibus créât., art. 1.

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