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Non, par cette raison capitale que la création est exclusivement oeuvre divine. La créature peut bien modifier ce qui est, le transformer même; mais elle ne peut donner l’être total et absolument premier. N’étant qu’un mode de l’être, une détermination de l’être, elle ne produit non plus qu’un mode d’être, une détermination d’être; comme la plante, en engendrant la plante, détermine la matière à devenir plante, et l’animal,
. animal. Dieu, au contraire, étant l’être par essence et en plénitude, le propre effet de sa divine causalité ce n’est pas tel mode, genre ou espèce d’être, mais l’être comme tel, dans la pureté et l’universalité de son concept. Voilà pourquoi seul il cause l’clre à tous les degrés, et est le . seul qui n'a pas besoin que rien préexiste à son action et à ses effets, comme pour leur servir de préparation et de support l 11. La créature ne peut rien créer, ni non plus rien anéantir; par cette raison encore, que, du néant à l'être, il existe un intervalle infini, qu’une puissance infinie seule peut faire franchir.
Il est vrai que Frolischammer, pour échapper à cette difficulté, dit bien haut que, si l’homme crée, ce n'est que par une puissance d'emprunt,, qu’il tient de Dieu; si bien que cette création de
1. Somme théologique, p. I, q. 45. a.. 5. avec le commentaire de Cajélan, ad evidentiam, etc., et Somme contre les Gentils,. liv.
11, e, 21, avec le commentaire de Sylvestri (Ferrariensis), lertioy etc.
l’âme par l’homme n’est qu’une création, pour ainsi dire, de seconde main, et de second ordre, « creatio secundaria », l’homme étant le simple instrument de. Dieu. « Mais cela même ne petit être, repart saint Thomas, sed hoc esse non pot est . L’instrument, en effet, ne concourt à l’action de la cause supérieure qui l’emploie, qu’autant qu’il en prépare l’effet en exerçant d’une façon ou d’une autre sa propre activité. Car si l’instrument n’agissait pas lui-même, il ne servirait de rien de l’employer, et il ne serait pas nécessaire de choisir des instruments particuliers pour réaliser des effets particuliers. Ainsi voyons-nous que la hache dont l’ouvrier se sertpour faire un siège, coupe d’abord le bois, ce qui est l’effet propre de sa forme, et que la confection du siège, qui est l’effet propre de l’ouvrier, suit ce premier effet de la baclie. Mais quand il s’agit de création, il ne peut plus être question d’action préparatoire quelconque, puisque la création se faisant de rien, ex. nihilo, il n’existe rien sur quoi puisse s’exercer préalablement Faction de l’instrument. 11 est ylonc impossible qu’une créature quelconque puisse créer, soit par vertu propre, soit comme instrument, « nèque rirlute propria, neque instrument aliter, sive per minis ter ium *. »
Nous arrivons donc à cette conclusion, que l ame des enfants ne procède de la substance des
\. Somme théologique, p, I, q. 43, a. 3.
parents, ni par génération proprement dite, ni par création. Mais de la sorte nous nous trouvons, non plus en face d'un problème, mais de deux. Car nous avons encore à trouver d’où vient l’âme; et, de plus, étant posé que les parents nel’engendrent point, nous devons dire si les parents sont absolument sans action sur elle, et si elle leur est totalement étrangère. Mais d’abord continuons à rechercher d’où vient Pâme.
S. Thomas, se demandant les causes qui ont amené les philosophes à se tromper sur la nature des âmes, dit qu’une de ces causes a été l'idée exagérée que quelques-uns se sont formée de sa perfection. A quelques-uns, en effet, l’âme humaine est apparue quelque chose de si grand et de si noble, qu’ils n’ont pas hésité à la proclamer divine, Tiôeiov. Telle fut la pensée de Pythagore, s'il faut en croire Cicéron, dans son traité de N atura deorum C D’après le philosophe grec, Dieu est répandu dans le monde comme un éther subtil, communiquant partoutlavie et le mouvement; etles âmes ne sont pas autre chose qu’une portion de la divine substance. Pour les Stoïciens, l’âme n’est qu’une étincelle du feu divin qui estla vie de l’univers. On sait comment les Néoplatoniciens faisaient sortir, par une série de processions, de l’Un l’Intelligence, de l’Intelligence Pâme universelle, de l’âme universelle les âmes particulières. Au moyen-âge, les Arabes soutiennent cette idée, qu’il n’existe qu’une