‹ L'ame humaineChapitre 148 sur 203 · Lib. I, c. il · texte numérisé non relu

Lib. I, c. il

soûle intelligence, l’intellect séparé et divin, comme ils disent, pour tous les hommes, les individus ne se distinguant entre eux quepar Pâme nutritive et par l’âme sensitive. C’est cette erreur que combattent si souvent dans leurs œuvres, Albert le Grand, S. Bonaventure et S. Thomas; celui-ci, en part iculier, dans un de ses plus beaux opuscules : De uni/a/c intellect us contra Averrhoïstas. Enfin, jusque dans nos temps modernes, il s’est trouvé des philosophes pour prétendre, comme Pierre Poiret et Arhens, que l’âme humaine n’est pas autre chose qu’un eftlux divin, une émanation de Dieu.

Si je mentionne toutes ces idées, toutes ces vues plus ou moins singulières, c’est beaucoup moins dans l’intention de m’y arrêter et de les discuter longuement, qu’afin de vous faire donner un coup d’œil d’ensemble sur les efforts auxquels s’est livrée la pensée philosophique, et sur les diverses voies où elle s’est engagée, pour arriver à connaître l’origine de l’âme ; car tous ces systèmes ne méritent pas une réfutation en règle.*

L’Émanatisme, en effet, sous quelque forme qu’il se présente, suppose toujours que Dieu se divise et se partage. Dieu ne serait donc pas simple ; or, Dieu est simple, ou il n’est pas Dieu.

« Vous prétendez que notre âme est une partie de Dieu, disait S. Augustin aux Manichéens. Si cela était, nous ne la verrions pas, comme nous

la voyons, reculer ou avancer dans la perfection, acquérir ce qu’elle n’avait pas, ou perdre ce qu’elle avait. Qu’elle change à tout, moment, et subisse des vicissitudes sans fin, il n’est pas besoin d’en aller chercher bien loin la preuve : Quisquis semetipsum advertit, agnoscit. C’est donc une opinion sacrilège, poursuit le grand Docteur : Sacrilega opinio est , de penser que l’âme est de la même substance que Dieu. Qu’est-ce autre chose, en effet, cela, sinon dire que Dieu lui-même est changeant ? Quid enim hoc modo aliiid quam et ille commutabilis dicitur 1 ? »

Quant au rêve des Arabes, sur l’intellect séparé, âme pensante unique de tous les hommes, il s’évanouit devant cette simple remarque de saint Bonaventure: « Est contra sensibilern experientiam ; quoniam diversi hommes diversas habent et contrarias cognitiones 2. »

De tout ce que nous avons dit jusqu’à présent, vous voyez, sans doute, se dégager la réponse qu’il faut faire à cette question: D’où vient l’âme humaine? Elle ne peut être produite que par l’une ou l’autre de ces trois manières : par génération, par émanation, par création. Or, elle n’est point produite par génération, puisqu’elle ne peut sortir ni d’une semence corporelle ni d’une semence spirituelle, sous peine de cesser d’être simple et incorruptible. Elle ne peut procéder

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