‹ L'ame humaineChapitre 149 sur 203 · In lïb. n Sentent, dist. XVIII, a. 2, cj. i. ad arg · texte numérisé non relu

In lïb. n Sentent, dist. XVIII, a. 2, cj. i. ad arg

par émanation, puisque, étant simple et indivisible, elle devrait émaner, c’est-à-dire se détacher d’un principe simple et indivisible, ce qui implique contradiction. Reste donc qu’elle soit produite par création et par création divine, puisque Dieu seul peut créer, et qu’il ne peut employer à l’œuvre créatrice un autre être comme instrument. Le propre de l’instrument, comme nous l’entendions dire tout à l’heure à saint Thomas, étant de préparer le sujet où doit s’exercer l’action de la cause principale, et un tel sujet ne préexistant point où s’accomplit une création, puisqu’il s’agit de produire un être de toutes pièces, il ne peut être question d’attribuer un instrument à Dieu, quand il crée.

L’âme humaine donc vient immédiatement de Dieu : elle est œuvre de main divine. Mais l’affirmer, n’est-ce pas rendre l’àme trop indépendante de là génération, n’est-ce pas faire l’àme de l’enfant trop étrangère à celui dont il procède? Quel est le terme de la génération humaine ? N’est-ce pas un homme? Toutle monde le dit: mais comment continuer de le dire, si la génération n’a pour terme et pour effet que le corps du nouvel être?

Tout le monde dit, en effet, que l’homme engendre l’homme, et le père, son fils. Et l’on a raison de le dire, parce que cela est A'rai. Mais pour qu’on soit autorisé à parler de la sorte, il n’est nullement nécessaire que le père engendre

L’AMÇ HUMAINE

l’âme de son fils. EL vous en conviendrez sans peine, quand vous aurez entendu la doctrine de S. Thomas sur ce point.

Vous frappez un homme d’un coûp d’épée, et il meurt sous le coup. Pourra-t-on dire que vous avez tué un homme? Oui, sans doute. — De quel droit le dira-t-on ? Est-ce que vous auriez tué l’ame spirituelle, comme vous avez tué le corps? Non, mais vous avez détruit le composé humain ; et le composé humain , nous l’avons vu , c’est l’homme. Vous avez donc détruit un homme. Qui sépare l’âme du corps et détruit le composé, détruit donc, tue donc un homme. D’après ce même principe, que l’homme c’est le composé de l’âme et du corps, qui unit une âme pensante à un corps, ou pose une action d’où suit nécessairementl’union d’uneâmo pensante à un corps, sera dit, en toute vérité, produire un homme. Or, c’est là précisément, poursuit S. Thomas, ce que fait l’homme qui engendre : il pose un acte, d’où suit nécessairement et par l’institution même de l’auteur de la nature l’union d’une âme pensante à la matière, à cette portion de matière que celui qui engendre dispose de telle façon quelle appelle, qu’elle exige pour l'informer telle ou telle forme substantielle , c’est-à-dire telle ou telle âme.

Ce n’est donc pas à tort, vous le voyez, que l’homme est dit engendrer l'homme, le père, son fils. Notre doctrine fait donc la part très équitable

à l’action divine et à l’action de l'homme dans la génération, en disant que Dieu crée l’âme, et que l’homme procure et assure l’union de l’âme avec le corps qu’il prépare à l’âme, aux dépens de sa substance1; ou encore, suivant l’expression heureuse d’un philosophe scolastique de grand mérite, que l’âme de l’enfant dépend de Dieu quant à son existence, et dépend de ses parents seulement quant à son inexistence dans le corps: « Dicitur clependere a generatione non quantum ad suum esse, sed quantum ad suum inesse 2 ».

Mais si Dieu crée les âmes, toutes et chacune, à quel temps devons-nous rapporter cette création? Cette nouvelle question donne naissance à toute une série de problèmes intéressants, dont plusieurs peuvent être résolus avec une pleine certitude.

Le premier que l’on pose est de savoir si les âmes n’auraient pas été créées de toute éternité. Ce fut la pensée de Platon. 11 tenait que Dieu, dès l’éternité, avait créé toutes les âmes d’un seul coup, et que ces âmes, dans le temps, par suite de je ne sais quelle faute dont elles se seraient rendues coupables, sont envoyées parDieu, ou tombent d’elles-mêmes dans les corps de ceux

1. Somme théolog p. I., q. 118, a. 2, ad 4, et de Polenlid, quæst. III, a. 9, ad 2.

2. Goudin, Philosophia, etc. Physic., part. III, disput. unica, q. I, art. 2.

qui arrivent à la vie. La raison qui semble avoir déterminé le grand philosophe Athénien à embrasser cette opinion, c’est que l’âme est éternelle, comme disent les philosophes, aparté post, c’est-à-dire destinée par sa nature à exister sans fin; car il semblait à Platon que ce qui ne doit pas finir ne doit pas non plus, ne peut pas même avoir commencé. S. Augustin, au Xe livre de sa Cité de Dieu l, s’élève avec force contre ce raisonnement platonicien. « De quel droit, dit-il, affirmer que l’ame humaine n’a pas commencé dans le temps, parce qu’elle ne doit point finir, quand, de l’aveu des Platoniciens, nous voyons commencer dans l’âme quelque chose qui, toujours d’après eux, ne cessera jamais d’être? — Ne promettent-ils pas à l’âme vertueuse qu’un jour elle sera affranchie de tout mal, et mise en possession d’un bonheur qui sera éternel? S’il ne répugne pas que son bonheur soit éternel dans l’avenir, bien qu’il ait commencé dans le temps, il ne répugne pas davantage que l'âme elle-même, bien qu’ayant été créée dans le temps, demeure et subsiste à tout jamais. »

Comment d’ailleurs expliquer que nos âmes, existant depuis si longtemps, aient traversé tant de situations et d’états divers, sans garder le plus petit souvenir de tout ce qu’elles ont faitou de tout ce qui leur est arrivé?

Cette conception de Platon est donc dénuée de tout fondement, et contredite par le sens intime.

Leibnitz, dans nos temps modernes, avec sa facilité déplorable à concevoir et à bâtir des systèmes, qui sont bien loin d’être toujours dignes de son génie, a soutenu, lui aussi, que Dieu a créé les âmes, sinon dès l’éternité, au moinslongtemps avant le premier homme. « Je croirais, dit-il dans ses Essais de Théodicée , que les âmes qui seront un jour des âmes humaines, comme celles des autres espèces, ont été dans les semences et dans les ancêtres jusqu’à Adam, et ont existé par conséquent depuis le commencement des choses, toujours dans une manière de corps organisé Mais

il me paraît encore convenable, pour plusieurs raisons, qu’elles n’existaient alors qu’en âmes sensitives ou animales douées de perception eide sentiment, et destituées de raison ; et qu’elles sont demeurées en cet état jusqu’au temps de la génération de l’homme à qui elles devaient appartenir, mais qu’alors elles ont reçu la raison; soit qu’il y ait un moyen naturel d’élever une âme sensitive au degré d’âme raisonnable (ce que j’ai de la peine à concevoir), soit que Dieu ait donné la raison à cette âme par une opération particulière, ou, si vous voulez, par une espèce de transcréation ; ce qui est d’autant plus facile à admettre que la révélation enseigne beaucoup d’au 1res. opérations

immédiates de Dieu sur nos âmes L »

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