‹ L'ame humaineChapitre 151 sur 203 · Somme théologique, p. I, q. 118, a · texte numérisé non relu

Somme théologique, p. I, q. 118, a

L’âme est créée par Dieu au moment où elle est unie au corps. Mais à quel moment lui est-elle unie?

Ici, nous abordons une question fort controversée de nos jours.

S. Thomas, se demandant à quel moment l’âme pensante vient informer le corps, avait ainsi raisonné. C'est une loi de la nature de n'arriver aux formes supérieures qu’en passant par les formes inférieures: le monde entier marche de l’imparfait au parfait. L’âme humaine, étant donc la plus noble et la plus parfaite des formes, ne doit arriver dans le corps qu’après y avoir été précédée par les formes inférieures delà vie. De plus, l’on observe que plus les formes sont élevées en dignité, plus elles exigent une disposition parfaite dans la matière : une pierre existe à quelque état qu’on la réduise ; il n’en est pas de même d’un arbre, encore moins d'un animal. Les mutiler, c’est les tuer. L'âme humaine exigera donc dans la matière qu’elle doit animer une organisation préalable assez parfaite. Or, une telle organisation n’existe pas dès le principe dans le corps; elle n’apparaît qu’après un certain temps, après environ 40 jours. Ce n’est donc pas l’âme raisonnable qui oxiste d’abord dans le fœtus; elle n’y vient, encore une fois, qu’après y avoir été précédée par les formes de la vie organique et de la vie sensitive, auxquelles elle se substituent dont elle possède éminemment les facultés et les actes: « Anima

intellectiva creatu r a Deo in fine generationis humance , quœ simul est et sensitiva et nutrition. , corruptis for mis prœexistentibus l. »

Ces idées, qui sembleraient avoir été celles d’Aristote, furent acceptées par beaucoup de Scolastiques, et assez généralement enseignées dans les écoles du moyen-âge. Toutefois, dès le xme siècle, cette opinion trouva des contradicteurs illustres, parmi lesquels on compte Albert le Grand, et cet antre prodige de science, Vincent de Beauvais, dont l’histoire et les travaux sont si peu connus aujourd’hui, et qui pourtant mériteraient si bien de l’ètre. Voici ce que disait, à ce sujet, l’auteur du fameux Spéculum majus. Quelques-uns soutiennent que l’âme raisonnable est précédée, dans l’homme, par d’autres âmes inférieures, formes de passage, qui s’évanouiraient, l’organisation une fois achevée. Mais cela ne paraît pas probable, sed hoc non videtur probcibile : car, pourquoi ces formes disparaîtraient-elles à l’arrivée de l’ànie raisonnnable, quand c’est justement l’heure où la vie végétative et la vie sensitive, étant ordonnées à la vie intellectuelle, doivent avoir, et ont en elfet, le plus d’intensité? Et, d’ailleurs, quelle serait la cause de leur disparition, étant donné qu’elles ne peuvent disparaître que par voie de corruption ou de changement substantiel, et qu’il

1. Somme théologique, p. I, q. M8, 2, ad 2, et Somme contre les Gentils, liv. II, c. 89.

n’y a nulle trace d’un tel changement 1 ? »

A quoi bon, reprenaient d’autres, ces formes qui viennent et s’en vont? C’est, dit-on, que l’àme humaine doit trouver une matière organisée. Mais la force plastique de la semence pourrait accomplir cette organisation. De la sorte, aucun principe vital ne serait antérieur, dans l’embryon, à l’âme raisonnable. Une fois la matière suffisamment préparée par la force plastique, l’àme humaine viendrait. Et comme elle est douée non seulement de facultés spirituelles, mais encore de forces vitales sensitives et végétatives, suivant que l’organisation serait plus ou moins avancée, elle opérerait d’abord comme principe végétatif seulement, puis comme principe sensible, plus tard enfin comme principe spirituel. Aristote n’a jamais voulu autre chose; tout ce qu’il a écrit làdessus s’entend d’un développement graduel de puissances, et non d’une apparition successive d’âmes distinctes “2. Ainsi raisonnait Albert le Grand.

Les sciences naturelles vinrent bientôt donner un nouveau poids à ces objections, et ébranlèrent tellement l’opinion thomiste, qu'un des plus fidèles disciples du Docteur angélique écrivait, à la fin du xvne siècle, ces paroles, que je rapporte seulement pour leur valeur historique : « 11 n’est

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