‹ L'ame humaineChapitre 152 sur 203 · Spéculum naturale, liv. XXIV, cap. xux · texte numérisé non relu

Spéculum naturale, liv. XXIV, cap. xux

2. V. Kleutgen, La Philosophie scolastique exposée et défendue, traduction du P. Sierp, IV, p. 223.

pas du tout constant que plusieurs formes se succèdent dans la production de l’homme, bien que saint Thomas suppose cette succession qui était communément admise de son temps. Des observations de la science moderne, en effet, il ressort que les organes de la vie végétative ne se forment pas plus tôt que ceux de la vie sensitive, mais en même temps, contrairement à ce que pensaient les partisans de la succession des âmes. A l’aide d’expériences très habilement conçues, Harvey et Malpighi ont constaté que, dans la formation du poulet, le cœur, le cerveau et les yeux se dessinent d’abord, et avant le foie, les veines, les artères. Comme donc l’àme humaine n’exige pas d’autres organes que ceux de la vie végétative et de la vie sensitive, ces organes lui étant fournis en même temps dès le principe de l’organisation, on en conclut avec raison, inde merito colligitur, que Tâme raisonnable, qui est à la fois végétative et sensitive, arrive sans avoir été précédée par aucune autre. Peu importe qu’au commencement les sens soient très imparfaits et inaptes à servir l’ânie raisonnable; car si cette âme n’arrivait pas avant que les sens ne fussent parfaits, les enfants n’auraient pas d’âme avant l’usage de la raison, ce (jue personne ne soutient '. »

Jusqu’ici, comme on l’a sans doute remarqué, l’âme raisonnable, bien qu’arrivant la première et

1. Goudin, Philosophia, c te. Physicæ IV pars, Disput. unica, qu.est. I, art. 3. Conclus. ,1" ad 2.'

d’emblée dans le corps, n’y entrait pourtant qu’après qu’il avait déjà reçu de la force plastique un commencement d’organisation. On alla plus loin. Bientôt des savants commencèrent à dire qu'il se pourrait fort bien que l’âme informât le corps dès le premier instant de la conception; et cette idée, avec le temps, n’a cessé de faire des progrès et de gagner des partisans. Voici les raisons qu’on fait valoir en sa faveur : Il est physiologiquement démontré, dit-on, que le foetus vit après la conception. Au siècle dernier, le fameux Cangiamila affirmait avoir constaté la vie dans un fœtus de quatre ou cinq jours : des expériences récentes ont permis de la constater à une époque moins éloignée encore de la conception. Si la vie existe, pourquoi ne pas admettre qu’elle vient de l’âme raisonnable? Si elle n’en vient pas, dit M. le Dr Frédault, vous êtes obligé de dire qu’elle vient ou d’une forme organique ou d’une forme sensitive qui se succéderaient dans le fœtus. Mais rien n’y révèle une telle succession. — Et pourquoi l’âme raisonnable, qui suffit au corps pour tout le reste de son existence, ne lui suffirait-elle pas à ses commencements 1 ?

Malgré tous ces raisonnements, soit de philosophes, soit de savants, l’ancienne opinion compte toujours des défenseurs non seulement parmi les philosophes, mais encore parmi les savants, en France et à l’étranger. Il n’y a pas longtemps en-

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