‹ L'ame humaineChapitre 155 sur 203 · De Generalione animal., lib. II, c. ni · texte numérisé non relu

De Generalione animal., lib. II, c. ni

a Quand on remonte le plus haut possible dans la généalogie du règne des vertébrés, on trouve que les premiers ancêtres de ce règne ont probablement consisté en un groupe d’animaux marins ressemblant aux larves des Ascidiens existants. Ces animaux ont produit probablement un groupe de poissons à l’organisation aussi inférieure que celle de PAmphioxus; ce groupe a dû, à son tour, produire les Ganoïdes, et d’autres poissons comme le Lépidosiren, qui sont certainement peu inférieurs aux amphibies. Nous avons vu que les oiseaux et les reptiles ont été autrefois étroitement alliés; aujourd’hui, les Monotrèmes rattachent faiblement les mammifères aux reptiles. Mais personne ne saurait dire actuellement par quelle ligne de descendance les trois classes les plus élevées et les plus voisines, mammifères, oiseaux et reptiles, dérivent de l’une des deux classes vertébrées inférieures, les amphibies et les poissons. On se représente aisément cbezles mammifères les degrés qui ont conduit des Monotrèmes anciens aux anciens Marsupiaux, et de ceux-ci aux premiers ancêtres mammifères placentaires. On arrive ainsi aux Lémuriens, qu’un faible intervalle seulement sépare des Simiadés.Les Simiadésse sontalors séparés en deux grandes branches, les singes du nouveau monde et ceux de l’ancien monde ; et c’est de ces derniers que, à une époque reculée, a procédé l’homme, la merveille et la gloire de l’univers.

« Nous sommes ainsi arrivés à donner à l’homme

une généalogie prodigieusement longue, mais, il faut le dire, de qualité peu élevée. Il semble que le monde, comme on en a souvent fait la remarque, se soit longuement préparé à l’avènement de l’homme, ce qui, dans un sens, est strictement vrai, car il descend d’une longue série d’ancêtres. Si un des anneaux de cette chaîne n’avait pas existé, l’homme ne serait pas exactement ce qu’il est. À moins do fermer volontairement les yeux, nous sommes, dans l’état actuel de nos connaissances, à même de reconnaître assez exactement notre origine, sans avoir à en éprouver aucune honte. L’organisme le plus humble est encore quelque chose de bien supérieur à la poussière inorganique que nous foulons aux pieds; et quiconque se livre sans préjugés à l’étude d’un être vivant, si simple qu’il soit, ne peut qu’être transporté d’enthousiasme, en contemplant son admirable structure et ses propriétés merveilleuses1. »

Voilà ce que Darwin écrivait, il y a vingt ans. Et beaucoup se demandèrent alors, en lisant cette page, et le livre d’où elle est extraite, si une ère nouvelle ne venait pas de commencer pour la science; si l’on n’avait pas découvert la loi suprême qui régit l’univers; si la philosophie n’allait pas être bouleversée jusque dans ses principes et dans ses notions fondamentales ; si la dernière heure n’avait pas sonné pour la révélation et pour

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