De l'Origine des espèces, chap IV, sect, XIV
tionnant comme Darwin l’entend, est indifférente au progrès comme au recul. Des générations peuvent se produire pendant des milliers de siècles,, sans que la vie ait monté d’un seul degré, puisqu’il peut se faire quejaperfection relative, c’est-à-dire une véritable infériorité, soit meilleure à l’être, étant donné les circonstances, que la perfection absolue. Il faut bien noter, par ailleurs, que, toujours suivant Darwin, nulle finalité, nulle loi ne régit les circonstances et ne les détermine de telle sorte, qu’elles doivent engager et pousser la sélection plutôt dans la'direction ascensionnelle que dans la direction opposée.
La sélection naturelle et les circonstances qui la déterminent sont donc indifférentes à produire l’un ou l’autre effet. Telle est la première donnée essentielle, telle estla première partie du système.
La seconde partie consiste dans cette affirmation, que, de la sélection et de l’ensemble descirconstances, a procédé cette évolution merveilleuse qui, par une série presque infinie de perfectionnements successifs, a fait passer la vie de sa forme la plus rudimentaire jusqu’aux formes les plus élevées, jusqu’à la forme humaine.
Mais, quoi donc? Est-ce que la seconde partie du système suit bien de la première? Est-ce que d’une cause indéterminée il peut sortir un effet déterminé? J’entends saintThomas formuler cetaxiome philosophique : Quod indifferenter se habet ad multa, non magis unum eorum operatur quant
aliud J. » Un principe qui est indifférent à l’égard de plusieurs effets est inapte à opérer, et n’opère pas, en fait, l’un plus que l’autre. De 1 indéterminé ne peut provenir le déterminé. Affirmer le contraire, serait nier ce principe, tout à fait premier, quetout. effet est proportionné à sa cause. Or, nous l’avons vu, Darwin, dans son système sur l’origine des espèces, fait sortir le progrès effectif des êtresvivants, de deux principes indifférents à produire le progrès ou le recul. Il fait donc sortir le déterminé de l’indéterminé : il admet un effet sans proportion avec ses causes. Son système implique donc la négation d’un des premiers principes de la raison.
Ce n’est pas tout : la théorie Darwinienne entraîne encore, comme je l’ai dit, la négation du fait même que veut expliquer son auteur.
Darwin doit expliquer l’origine des espèces, en même ' temps que l’ordre merveilleux, la constance et la distinction que nous voyons régner entre elles depuis des siècles. Mais la transmutabilité des espèces une fois admise et supposée effective, savez-vous ce qui adviendrait du monde organisé? Vous allez l’entendre de la bouche de M. de Quatrefages : « Supprimez, dit-il, l’infécondité entre espèces; supposez que les mariages entre les espèces sauvages deviennent en tous sens et indéfiniment féconds, comme ils le sont