Somme contre les Gentils , liv. III. chap. ïi
dans nos colombiers, nos étables, nos chenils, entre les races domestiques. A l’instant même, que va-t-il se passer? Les barrières entre espèces, entre genres, sont enlevées ; des croisements s’opèrent dans toutes les directions ; partout apparaissent des types intermédiaires, partout disparaissent et s’effacent progressivement les distinctions actuelles. Je ne vois pas où s’arrêterait la confusion. Tout au moins des ordres entiers, et bien probablement les classes elles-mêmes, ne présenteraient, après quelques générations, qu’un ensemble de formes bâtardes, à caractères indécis» irrégulièrement alliées et entrelacées, où le désordre irait croissant, grâce au mélange de plus en plus complet et à l’atavisme, qui bien longtemps sans doute lutterait avec l'hérédité directe. — Ce n’est pas là un tableau de fantaisie. Tout éleveur à qui on demandera ce que produiraient les libres unions entre les cent cinquante races de pigeons reconnues par Darwin, entre les cent quatre-vingts races de chiens qui ont figuré à nos expositions, répondra certainement comme moi.
« L’infécondité entre espèces a donc dans le monde organique un rôle à peu près analogue à celui que joue la pesanteur dans le monde sidéral. Elle maintient la distance zoologique ou botanique entre les espèces, comme l’attraction maintient la distance physique entre les astres. »
Vous le voyez, la théorie Darwinienne une fois admise, c’en est fait de l’existence ordonnée,
constante, distincte, harmonieuse de ces groupes d’êtres que Darwin appelle, comme nous, des espèces. La théorie détruit ce qu’elle doit expliquer.
Concluons donc, non seulement que le transformisme Darwinien n’est pas prouvé, non seulement qu’il n’est pas vrai, mais qu’il n’est pas même possible.
Mais qu’avais-je besoin de parler du transformisme de Darwin, et de m’exposer, en touchant cette matière, à tomber en deux défauts, qui ordinairement s’excluent, et que j’aurai eu peut-être ici le triste privilège de réunir, le défaut d’être trop long et celui d’être trop court? N’avais-je donc pas un moyen beaucoup plus simple et plus expéditif, de répondre à la question proposée : quelle a été l’origine delà première âme humaine? Il me suffisait de dire, en effet, dès le commencement, ce que j’affirme maintenant, mais trop tard, je le crains :
Quand bien même le transformisme Darwinien serait vrai des êtres vivants inférieurs à l’homme; quand bien même il serait démontré quun transformisme quelconque peut se soutenir même à l’égard du corps de l’homme, il reste toujours que l’âme humaine ne peut arriver â l’existence que par un acte de création; et, partant, que la première âme raisonnable qui soit venue réjouir et embellir notre monde n’a pu avoir, tout
comme les âmes qui arrivent maintenant à l’existence, que Dieu même pour auteur.
Cette thèse, après ce que nous avons dit dans la première partie de ce chapitre, n'a plus besoin d’être prouvée. N’avons-nous pas montré, en effet, que l’âme humaine étant spirituelle, c’est-à-dire ayant une existence et une opération indépendante de la matière, non seulement elle ne peut avoir pour cause aucun agent matériel, si haut qu’on le suppose placé dans le monde organique, mais encore qu’elle ne peut être éduite d’aucun sujet préexistant, et ne peut arriver à l’être que par création. Ainsi l’a toujours voulu sa nature. La première âme raisonnable qui parut dans le. monde fut donc non pas engendrée, mais créée.
Et comme Dieu seul, ainsi que nous l'avons vu encore, a le pouvoir de créer, c’est des mains de Dieu créateur, que sortit la première âme humaine l.
C’est pour échapper à cette doctrine de la création, par Dieu, des âmes humaines, que le transformisme a été inventé, et soutenu avec tant d’ardeur. Des savants de bonne foi nous le donnent clairement à entendre : « Qu'il me soit permis, écrit celui que nous avons cité plusieurs fois dans les pages qui précèdent, d’expliquer pourquoi, -■ en dépit de ma longue et sévère critique du transformisme, mes préférences lui sont acquises :