Deuxième édition, page
2. L’idée que M. Karl Vogt attribue àM. de'Quatrefages se trouve exprimée très nettement, plusieurs fois, dans l'Unité de l'esp'ece humaine, de la page 12 à la page 33.
L’AME DES Bl'TES
Quatrefages appelle religiosité se trouve sans exception chez tous les peuples ; or, cela ne prouve pas du tout que ce sentiment corresponde chez l’homme à une nouvelle activité ou à une nouvelle faculté intellectuelle. Cela prouve seulement que, devant des phénomènes dont il ne peut saisir les causes, l’homme se fait des idées que l’animal ne se fait pas, parce qu’en raison de scs moindres facultés intellectuelles, l’animal ne se sent pas porté à réfléchir sur les causes de ces phénomènes.
« De fait, poursuit M. Yogt, mis en présence d’un phénomène, tous les hommes ne se comportent pas de la même façon : les uns en cherchent la cause, les autres ne la cherchent pas ceux-ci en assignent une, ceux-là une autre. Le crétin stupide ne fait aucune attention au tonnerre, le niais en a peur, comme d’un phénomène naturel puissant, dont il ne peut deviner la cause ; le païen déduit d’un x inconnu un Dieu du tonnerre ; le chrétien convaincu (M. Yogt confond chrétien convaincu avec chrétien ignorant) fait tonner son maître suprême, et l’homme intelligent., qui connaît la physique, fait lui-mème tonnerre et éclairs, lorsqu’il peut disposer des appareils nécessaires. Telle est la marche générale des idées religieuses, et je ne saurais réellement trouver aucune raison pour rattacher la religiosité au genre humain comme une faculté intellectuelle spéciale. »
Telle n’est point, quoi qu’en dise M. Vogt, avec celle passion d’incrédule sectaire qui perce en tous ses discours, la marche générale des idées religieuses; mais telle est bien, il faut le reconnaître, la déplorable conclusion oùl’on est acculé, si Ton admet une fois-, avec M. de Quatrefages, que 1 homme et l’animal pensent par une faculté intellectuelle commune. Car, ce fait admis, l'éminent naturaliste a beau dire *, il n’existe plus de barrière infranchissable entre l’homme et la brute. Les idées morales et religieuses n’étant, pour ainsi parler, qu’un cas particulier de la pensée, dès l’instant que la pensée est accordée aux bêtes, une circonstance fortuite, l’éducation, un événement quelconque, peut déterminer un progrès qui ne répugne plus à la nature des êtres, et faire jaillir dans des cerveaux de singes ou de chiens l’idée de Dieu et delà loi morale.
Si je ne me trompe, cette regrettable histoire de M . de Quatrefages prouve deux choses : d’abord que la plume des philosophes et des savants, tout comme la lyre des poètes, s’endort et s’oublie quelquefois; en second lieu, qu’il n’est pas si facile de tenir en cette matière un langage absolument correct et irréprochable ; et qu’il importe souverainement, à qui veut comparer l’homme e,t l’animal, de connaître sur ce point les idées et les formules des vrais maîtres de la doctrine l.
i. Les Matérialistes ont parfaitement compris l’avaptag© qui leur revenait de la concession faite par M. de Quatrefages. Aussi
L'AME DES BÊTES
C’est à les exposer et à les défendre que sera consacré notre dernier chapitre. Il montrera à -ceux qui ne savent apercevoir que des ressemblances entre l'homme et la bête, qu’il existe entre l’un et l’autre quatre différences essentielles : l’àme de l’homme différant essentiellement de celle de la bète par l’opération, par la nature, par l’origine, par la destinée.
J’admets, comme vous le voyez, que les bêtes •ont une âme. En l’admettant, je n’ignore pas que je fais trembler plusieurs d’entre vous qui ne comprennent pas, ils me l’ont dit eux-mêmes, comment, l’âme une fois accordée aux bêtes, je sauverai, en bonne logique, la prééminence de l’homme sur la brute. Mais tout l’embarras qui peut résulter pour moi d’accorder une âme à l’animal ne saurait me dispenser de le faire, s’il existe une raison démonstrative de lui. en reconnaître une; Or, cette raison existe.
En effet, l’animal vit : donc, il a une âme.
Vous n’avez pas oublié que, par âme, nous entendons le principe premier des opérations vitales dans les êtres vivants l, principe que. nous avons prouvé2 être distinct des forces physiques et chimiques, par cette raison commune à saint Thomas
M. Mathias Duval, à l’exemple de M. Karl Vogt, n'a-t-il pas manqué de la faire ressortir et de s’en prévaloir, dans son récent ouvrage : Le Darwinisme, p. 79 et suiv. Paris, 1886.