‹ L'ame humaineChapitre 175 sur 203 · S. Thomas, Cont. Gent., lib. IF, c · texte numérisé non relu

S. Thomas, Cont. Gent., lib. IF, c

2. Comp. Platon, Répub., VIL — Taine, de l' Intelligence, 4“ édit., p. 34-38.

cl concrète, et, si je puis ainsi parler, irréalisable en plusieurs.

Si donc l’on conçoit un être matériel, non avec l’existence circonstanciée qu’il possède hors de l’esprit dans la réalité, mais avec une existence tout idéale, où il n’apparaîtplus lié à telle matière, à tel point de l’espace, à* tel moment de la durée, ni avec des propriétés, des qualités, des relations déterminées, cet être, au lieu d’être individuel et concret, apparaît immédiatement comme abstrait et universel, c’est-à-dire pouvant se reproduire, se répéter dans les individus un nombre de fois indéfini; ainsi le triangle, le cercle, le levier, entendus d’une façon générale et abstraite.

Il faut donc dire que, si penser c’est concevoir l’immatériel, c’est aussi, par là même, concevoir l’abstrait et l’universel.

Mais il faut dire davantage.

Telle est, en effet, la double loi des êtres dûment constitués et à l’état normal, que leur activité s’exerce spontanément jusqu’à leur développement complet, et que les fonctions inférieures s’accomplissent et s’ordonnent d’elles-mêmes, suivant ce que réclament les fonctions supérieures, à moins que des circonstances extérieures défavorables ne s’y opposent.

Ainsi la plante se nourrit, fait sa tige et son feuillage, produit et féconde sa semence tout aussi naturellement que l’astre rayonne sa lumière, que le nuage verse sa pluie, que l’hydrogène et

L’AME DES BÊTES

l’oxygène se combinent sous l’action de l’étincelle électrique. Ainsi, dans l’animal, les forces physiques et chimiques préparent l'organe, l’organe la fonction, et les fonctions plus humbles celles qui sont plus élevées. Voilà ce qu’ont observé tous les hommes qui passent pour avoir regardé le monde à la lumière du génie; ce que disait Albert le Grand, quand il exposait la belle économie de l’activité humaine 1 ; ce que disait M. Claude Bernard, quand il décrivait le processus de la vie 2; ce que chantait Dante Alighieri, dans les vers immortels où il nous représente toutes les natures, dès leur origine, ordonnées entre elles, et inclinées vers l’action par l’éternelle puissance; et chacune emportée par un secret instinct vers la perfection qui lui a été dévolue :

Onde si muovono a diversi porli

Per lo gran mar dell’ essere; e ciascuna

Con istinlo a lei dato che la porli 3.

Qu’on explique le fait comme l’on voudra, le fait demeure toujours indéniable et reconnu par tous. Tout être se porte à l’action, par un entraînement de nature; et s’il est bien constitué et placé dans un milieu propice, son activité se déploie suivant un ordre parfait, dans le sens de la perfection particulière que son espèce comporte.

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